peche a la mouche
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Ecrit par Frédéric SERRE

Mis en ligne par Jean-Yves le 2004-11-25.

Nouvelle réglementation : quoi de neuf pour les moucheurs?

Un nouveau décret relatif aux conditions d'exercice de la pêche a été publié en juillet dernier. Annoncé comme le texte devant sauver la pêche en France, il était très attendu par les instances officielles de la pêche et plus particulièrement par le CSP qui en est à l'origine. Les modifications qu'il entraîne sont significatives pour la pratique de la pêche. Toutes ne concernent pas la pêche à la mouche, mais certaines risquent d'avoir des conséquences sur notre loisir ou sur la façon de gérer les parcours pour ceux d'entre nous qui participent à la gestion de cours d'eau ou de plans d'eau. Voici donc les principales mesures du décret n° 2002-965 du 02/07/02 paru au JO du 09/07/02.

Les pouvoirs des préfets sont renforcés.


Même si toutes ces mesures ne sont pas nouvelles, un grand nombre confirme et renforce le pouvoir des préfets dans le domaine de la pêche. Le représentant de l’état peut le plus souvent par un simple arrêté motivé :
  • prolonger de une à trois semaines les périodes d'ouverture des plans d'eau ou cours d'eau de montagne.
  • prolonger de une à quatre semaines la période de fermeture dans les cours d'eau et plans d'eau qu'il désigne.
  • interdire la pêche si le niveau de l'eau est trop bas
  • interdire la pêche d'une ou de plusieurs espèces
  • diminuer le nombre de captures autorisées
  • interdire la pêche en marchant dans l'eau
  • interdire à titre exceptionnel l'emploi de certains modes ou procédés de pêche ou exiger de tout pêcheur qu'il remette le poisson à l'eau.

pêche à la mouche Parmi toutes ces mesures, les deux dernières intéressent particulièrement les pêcheurs à la mouche. L'interdiction du wadding est parfois employée comme un moyen détourné de limiter l'accès à certains parcours aux pêcheurs au fouet. Ayant besoin d'un minimum de place pour pratiquer, ils sont de fait écartés de certaines portions de cours d'eau trop larges ou jamais nettoyées alors que les pratiquants au lancer ou à la grande canne ne sont guère dérangés. Ce genre de détournement de la loi ne devrait de toute façon plus se produire compte tenu de la possibilité donnée au préfet d'interdire certains modes ou procédés de pêche comme d'obliger le pêcheur à remettre le poisson à l'eau. Le bon coté des choses est que les parcours nokill ou réservés à la mouche sont désormais légaux. Mais le revers de la médaille c'est que peuvent désormais fleurir des interdictions diverses et variées plus ou moins xénophobes à l'encontre des pêcheurs à la mouche. Il sera d'ailleurs intéressant de suivre l'évolution du conflit entre les partisans et les adversaires de la pêche à la nymphe sur les rivières calcaires de l'Est de la France (Haute Loue, Dessoubre...) suite à la publication de ce nouveau texte. Même s'il n'y a aucune raison pour que cela se produise, toute dérive "anti moucheurs" peut faire l'objet d'une protestation auprès des AAPPMA concernées ou de la DDAF qui gère en général l'aspect réglementaire lors de la prise de décision.


La fin des réserves autour des barrages, digues et écluses

pêche à la mouche "Toute pêche est interdite à partir des barrages et des écluses ainsi que sur une distance de 50 m en aval à l'extrémité de ceux-ci, à l'exception de la pêche à l'aide d'une ligne". Concrètement, il est mis fin à la présence des réserves de pêche autour des obstacles en rivière. Il est désormais possible de pêcher dans les 50 m à l'amont et à l'aide d'une seule ligne (dont une canne à mouche) dans les 50 m à l'aval. Sur son site Internet, le CSP justifie cette mesure par le fait que "c'est là que les possibilités de capture sont les plus favorables au pêcheurs." Difficile de nier cette évidence car les poissons, bloquées par l'obstacle et attirés par la présence de courants oxygénés se concentrent à l'aval des digues. Et que dire sur les cours d'eau à saumons et truites de mer? En période de basses eaux, les poissons y demeurent en attendant des conditions favorables. Avec la légalisation de l'échosondeur en action de pêche et la fin de l'interdiction de l'utilisation des gros hameçons triples, les mauvaises langues disent que se sont les braconniers qui vont se régaler. Ceux-ci pourront désormais accéder avec l'artillerie lourde à ces zones ou le poisson est vulnérable. La vente de quelques cartes de pêche supplémentaires valait-elle le sacrifice de ces sanctuaires ou survivaient des géniteurs en toute quiétude alors que par ailleurs, le déficit en réserves de pêche est grand ? La question est posée, il ne m'appartient pas d'y répondre. Il est toutefois possible de continuer à protéger certaines zones particulièrement sensibles pour les poissons et la sécurité des hommes. Le préfet peut en effet ponctuellement édicter des interdictions. Des AAPPMA ont obtenu, dès l'été dernier, le maintien de certaines réserves à l'aval de grands barrages infranchissables. Certaines fédérations vont maintenir les interdictions de pêche sur les cours d'eau classés à migrateurs et il serait rare que les producteurs d'électricité voient d'un bon œil l'arrivée des pêcheurs pataugeant à la sortie de leurs turbines. Il est même des départements dans lesquels ces secteurs seront ouverts à la pêche mais interdits à la mouche et au lancer. Si on voulait simplifier la pratique de la pêche, cela semble raté. Renseignez vous donc bien avant de pratiquer dans ces zones qui devraient pendant quelques jours à l’ouverture connaître une affluence record.


Des possibilités de pêcher toute l'année en eau close de première catégorie.


A condition d’accepter de soumettre son eau close aux dispositions de la loi pêche, il est désormais possible de pêcher sans s'occuper des dates d'ouverture et de fermeture qui s'appliquent dans les eaux libres. Ainsi, à condition de posséder une carte revêtue de la taxe piscicole, il est désormais possible de pêcher la truite et le brochet toute l'année par exemple. Cette mesure devrait ainsi favoriser la création de nouveaux réservoirs sur des plans d'eau classés en première catégorie. En allant dans ce sens, les gestionnaires de la pêche en France espèrent récupérer un peu des pêcheurs qui pratiquent dans des enclos sans avoir à acheter une carte de pêche. Cette mesure ne s'applique toutefois pas aux plans d'eau en relation avec un cours d'eau de première catégorie qui sont classés en eaux libres. La seule façon de créer un réservoir accessible en hiver demeure pour le propriétaire d'obtenir le statut de pisciculture à vocation touristique. Mais cette démarche est coûteuse car elle nécessite la réalisation d'une enquête publique avec une étude d'impact.


Une nouvelle réglementation en deuxième catégorie pendant la fermeture du brochet.

pêche à la mouche
Utiliserons-nous ce streamer en début de saison ?

Durant la période de fermeture du brochet en deuxième catégorie, la pêche aux leurres était jusque là réglementée par un décret dans lequel la pratique de la pêche à la mouche était nommément autorisée. A la lecture du nouvel article, force est de constater que la pêche à la mouche est passée à la trappe : "pendant la période d'interdiction spécifique de la pêche du brochet, la pêche au vif, au poisson mort ou artificiel et aux leurres susceptibles de capturer ce poisson de manière non accidentelle est interdite dans les eaux classées en deuxième catégorie". Alors pourra-t-on continuer à pêcher à la mouche en deuxième catégorie sans risquer de prendre un PV ? Oui, mais pas avec n'importe quoi à l'extrémité du bas de ligne. Il est clairement interdit de pêcher avec des imitations d'alevins ou de poissons quelle que soit leur taille. Exit donc tous les streamers figurant des poissons même montés sur un hameçon de 18. Il est également interdit de pêcher avec des leurres susceptibles de capturer un brochet de manière non accidentelle. Toutes les mouches très volumineuses, montées sur des gros hameçons type 1/0 à 6/0 quel que soit le modèle semblent interdites. Il semble également établit que la pêche à l'aide de mouches sèches, nymphes ou de noyées de taille raisonnable ne posera pas de problèmes. Pour le reste, tant qu'une jurisprudence n'aura pas clairement établit les types de leurres interdits et ceux autorisés, il est délicat d'affirmer les choses avec certitude. Le doute persiste donc sur la légalité de l'utilisation de certaines mouches-leurres de taille moyenne qui n'imitent pas des alevins. Peut-on utiliser des mouches types dog nobbler, censées représentées un ver ou une sangsue montées sur hameçon n° 6 ou 8? Que penser de l'utilisation d'un wooly bugger monté sur du 10 ou d'une imitation plus réaliste d'écrevisse montée sur un hameçon tige courte n°6? Ce sont les gardes qui apprécieront la limite de taille au delà de laquelle ces mouches-leurres sont considérées comme des mouches à brochet. Le meilleur conseil que nous puissions vous donner est d'éviter d'utiliser en deuxième catégorie durant l'interdiction du brochet des mouches trop brillantes ou munies d'yeux surtout si elles sont montées sur des hameçons de taille respectable. Dans tous les cas, de toute façon, il est impératif de relâcher un brochet qui aurait accidentellement succombé à l'attrait de ces mouches.


Des absences remarquées.

Même si la nouvelle réglementation modernise la pratique de la pêche, il est des mesures pourtant nécessaires qui brillent par leur absence. Deux points particuliers auraient mérité qu'on s'y attarde : la situation du sandre et la notion de taille légale de capture. En effet, si la situation de la protection du brochet a été clairement évoquée dans le nouveau décret, le statut et la protection du sandre sont toujours très flous. En fonction des départements, le poisson peut-être protégé par une taille légale et une période de fermeture ou non. La période de protection, lorsqu'elle existe, ne recouvre pas toujours la totalité de la période du frai si bien que les abus maintes fois constatés sur les frayères ont de grandes chances de perdurer dans l'avenir. De même, la contradiction entre deux articles du code rural concernant la taille minimale de capture n'est pas levée. En effet, un article fixe la taille minimale de capture à 23 cm pour la truite (avec des dérogations possibles à 18, 20 ou 25 cm) et de 30 cm pour l’ombre tandis qu'un autre indique que le poisson doit s'être reproduit au moins une fois. De très nombreuses études montrent que dans certains cours d'eau riches, des poissons ayant atteint la taille légale de capture ne se sont jamais reproduit. Une étude de 1974 établissait clairement ces incohérences pour l'ombre sur l'ensemble du territoire. Plus récemment, une étude scalimétrique sur la Dordogne met en évidence l'insuffisance de la taille légale de la truite. Toutes les demandes allant dans le sens d'une augmentation au delà de la limite de 25 cm se sont soldées par un échec au motif que l'article fixant la maille à 25 cm maxi prévaut sur l'autre. Dommage que ce toilettage des conditions d'exercice de la pêche n'ai pas permis de régler ce problème. Cela réjouira les partisans des parcours nokill car actuellement il n'existe pas beaucoup d'autre alternative légale pour protéger une population de truites au delà des 25 cm fatidiques. Les parcours sélectifs qui existent ici ou là avec la capture d'un poisson par jour de plus de 35 ou 40 cm continueront à exister sans fondements légaux autres qu'un simple règlement intérieur d'AAPPMA. Cela condamne ces associations à refuser toute réciprocité car un règlement intérieur n'est applicable qu'aux membres de l'association. Quant à la double taille qui permet de créer à l'étranger des parcours à poissons trophées tout en autorisant des prélèvements, elle ne semble pas pour demain. En France, la culture du plaisir de pêcher de beaux poissons avec un rythme de capture élevé souvent obtenu par la remise à l'eau des géniteurs n'a pas encore pris le pas sur l'exploitation de la productivité des milieux. Mais il reste tant de lignes à écrire dans les prochains journaux officiels. Si tout avait été fait, les dirigeants qui vont sortir des urnes en ce début d'année 2003 seraient désœuvrés dès leur entrée en fonction. Cette première réforme aura permis de légaliser les parcours mouches ainsi que les parcours nokill sans remettre en cause la pêche à la mouche en deuxième catégorie durant la période de fermeture du brochet. D'ailleurs, maintenant que la situation des leurres à brochet est clarifiée, j'aurai moins de scrupules à pêcher la truite en deuxième catégorie avec de petits streamers qui n'imitent pas un alevin bien sûr.

Avant de pêcher il vous faut consulter l'ARP (arrêté réglementaire permanent) du département dans lequel vous pratiquez ainsi que le règlement intérieur de l'AAPPMA à laquelle vous adhérez.

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07/09/2008-03:09:51
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