peche a la mouche
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Ecrit par JL Carré

Mis en ligne par nico_p le 2004-10-10.

A Big Trip In Western's 2/2

Deuxième partie du voyage : suivez Jean Louis et Dominique dans leurs périgrinations américaines. Slough Creek et ses cutthroats, la Upper Lamar : un bel itinéraire !

SLOUGH CREEK

Le lendemain, après une courte nuit au Mamouth Campground, nous prenons la direction de Slough Creek et ses mythiques meadows . Le camp du National Forest situé à quelques centaines de mètres en amont de Lower Meadow est très prisé. Il est installé en bordure de rivière, à deux pas de la Slough Creek trail conduisant aux prairies supérieures : First Meadow, Second Meadow et, au delà du parc, Third Meadow. Notre arrivée très matinale nous permet de choisir un emplacement ombragé au bord de la Slough, transparente comme du gin. Nous organisons rapidemment notre campement, après avoir placé nos provisions dans la Bear Box. Ces containers en acier qui équipent chaque emplacement sont destinés à préserver les ours de tout contact avec de la nourriture humaine, sachant qu’une fois qu’ils y ont goûté, il en redemandent ... et pas forcément avec les formes ! Nous prenons un peu de repos avant de tenter le coup du soir, juste au dessus du camping.

Les dernières tentes dépassées, la rivière nous révèle vite ses richesses : le long de la berge, plusieurs cuthroats attendent les éclosions.

Truite cutthroatElles semblent affectionner les mêmes postes que nos farios. J’en repère une estimée à 35 qui ondule tranquilement à l’ombre d’un cèdre. Les branches basses ne facilitent un posé correct dans la bonne veine d’eau. Plusieurs essais infructueux avec une petite nymphe finissent par caler mon poisson. Cette truite à du voir défiler bon nombre d’imitations, elle ne quite son poste qu’au moment où je me lève un peu brusquement pour aller voir plus loin. Dominique et moi pêchons ensemble l’amont d’une cassure , changeant de mouche au gré de l’inspiration. Des gobages discrets se manifestent, mais aucun insecte n’est visible. Me souvenant d’un papier de Fred sur cette rivière, je tente un minuscule palmer gris très aéré sur une pointe en 10/100°. Après un posé très détendu et une longue dérive, je vois une belle monter sur mon petit coq corrézien. Elle le happe tranquillement ce qui me laisse le temps d’assurer un ferrage en douceur. Elle se débat en surface puis se rend docilement à portée de main. Je la décroche en douceur : 35 cm. En regagnant la berge, j’ai une pensée aimable pour Fred. Nous l’avions croisé sur la Dourbie quelques années plus tôt, dès l’aurore on pouvait le voir sur la rivière avec un immense filet à papillons, identifiant les premières éclosions du matin.

Je décide ensuite d’explorer la tête du dernier plat juste au dessous des rapides qui marquent la fin du parcours. De mon côté, les berges envasées encombrées d’un entrelacs de troncs et de branchages et le courant quasi nul ne me paraissent pas très engageants. Je repère un gué et rejoint l’autre rive pour attaquer plus facilement la queue d’un gros courant. Mon palmer bien graissé ne séduit que deux petites rainbows. Aucun gobage ne vient troubler la surface lisse de la fosse. Un peu plus bas, une berge haute rongée par le courant me semble de meilleure augure. Je raccourcis mon bas de ligne, et noue un streamer de taille 6 en marabout noir sur une pointe de 18. Quelques pas en surplomb de la rivière et je fais fuir deux beaux poissons ; je poursuis en rampant dans l’herbe jusqu’à un immense tronc en partie immergé. Là sous deux mètres d’eau je distingue facilement le pied de la berge. Avant d’atteindre le lit de la rière, elle forme une sorte de marche dissimulée ça et là par de longues touffes de renoncules. Un lancer arbalète et mon gros streamer descend tranquillement jusqu’à la tête de l’herbier. D’un petit coup de scion je le décolle du fond, il entame à peine sa redescente lorsqu’une masse noire surgie de l’herbier se retourne gueule grande ouverte pour l’engamer.

C’est la première fois que je vois un poissson de cette taille m’offrir un tel spectacle à guère plus de trois mètres de la pointe de ma canne. Je ferre comme une brute, la truite s’immobilise un instant, donne plusieurs coups de tête rageurs, puis déroule dix bons mètres de soie. Je calme le jeu et la laisse se fatiguer dans le faible courant qui vient mourir sur la bordure. Frein réglé au minimum et soie bloquée d’un doigt sur la poignée de la canne je l’éloigne prudemment des obstacles accumulés par les crues contre la berge et parviens dix minutes plus tard à l’échouer quelques mètre plus bas. Cette cuthroat, un magnifique bécard de 46 cm, à une tête énorme et doit bien friser les quatre livres. A peine remis de mon émotion je me souviens alors que l’appareil photo est resté dans la voiture. Tant pis pour moi, je la contemple un instant puis l’exibe à bout de bras à l’attention de ma compagne, restée sur l’autre berge. Je la maintien quelques minutes dans l’eau claire puis la laisse regagner sa cache. Epuisée par sa lutte, elle ne sa hâte pas. Au moment où j’écris, je ressens encore sur mes paumes les légers frémissement de son corps revenant à la vie.

Le convoiLe lendemain nous nous préparons de bonne heure pour enfin découvrir First Meadow. Au départ de la piste, nous sommes plongés en plein Far West : plusieurs cow-boys se sont donnés rendez-vous pour une petite expédition jusqu’au 3ème meadow. Ils harnachent consciencieusement leurs poneys et les mules chargées d’eau et de provisions.

Nous avons mis nos chaussures de marche ; plusieurs articles consultés avant notre départ indiquaient que la montée était très raide. En fait, la piste est très large et le trajet comparé à nos expéditions sur les rivières de Madère , n’est qu’une promenade de santé. Trois petits quarts d’heure plus tard la Slough déroule sous nos yeux ces premiers méandres.

pêche à la mouche
Les premiers méandres de Slough Creek

pêche à la mouche
Un peu plus haut un attelage redescend vers la vallée.

Nous progressons discrètement sur le sentier qui longe la rive gauche. la rivière coule dans une large plaine d’altitude quasi déserte : au cours de notre journée nous ne croiserons que deux pêcheurs. Les gravières sont magnifiques ; chacune permet d’observer des cuthroats de belle taille croisant tranquillement en quète de nymphes.

pêche à la mouche-pêche à la mouche
Gravière de Slough creek et une truite cutthroat

Sur la Slough, au pied de chaque berge haute à l’extérieur des multiples grandes courbes que dessine le lit de la rivière, les poissons sont en activité tout au long de la journée. Après m’être rapidemment équipé, je m’installe en surplomb à plat ventre dans l’herbe, à l’aval d’une longue fosse peu profonde. De mon poste je peux voir dans l’eau pure pas moins d’un vingtaine de cuthroats allignées dans le faible courant qui longe la rive. Chaque poste - herbier, bloc immergé, légère cassure ou caillou de quelque importance - est occupé ; les montées sont régulières, ma fosse est animée de nombreux et bruyants gobages. Un cri sur ma droite me sort du rêve, Dominique, qui pêche un peu plus haut depuis une gravière, tient sa première cuthroat.

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Dominique avec une cutthroat

Je libère cette truite sauvage à la robe magnifique, et profite des quelques secondes où elle se remet de ses émotions pour immortaliser la prise et ma pêcheuse en action.

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Robe superbe pour cette cut de 40 cm

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Combat dans l'eau claire

La belle atteint tout juste quarante cm. Un bon moment et quelques truites plus tard, nous allons voir un peu plus loin. Le scénario se reproduit à l’identique, cette fois sur une petite émergente en bourre de sanglier assez sombre, présentée dans le film.

Certes les truites en poste ne manquent pas, mais leur pêche exige discrétion, précision et douceur. Nous avons rallongé nos pointes de 10/100° à 1 m 50, et nous devons fréquemment changer de mouche pour réussir à interresser les belles de la Slough. Le moindre dragage, fréquent compte-tenu des multiple micro-courants qui émaille la surface de l’eau, est sanctionné par un refus. Une mouche présentée plusieurs fois sans succès cale définitivement le poisson.

Bref : tout ce que j’aime !

A trois reprises je m’entête pendant une bonne demi-heure avant de réussir à faire monter de belles récalcitrantes. Vous l’aurez compris, nous ne sommes pas là pour faire des scores mais bien pour prendre un maximum de plaisir. Et de ce côté là, nous sommes loin d’être déçus.

Les obstacles étant rares, la finesse du bas de ligne ne pose pas trop de problème. En milieu d’après-midi, je passe au 8/100° pour nouer une minuscule émergente sur hameçon de 28. Je repère un beau poisson installé sur une gravière peu profonde, juste à l’amont d’une faible cassure. Entre chaque tentative, je dépouille un peu plus la minuscule petite m... qui me sert d’appât. A genoux dans trente centimètre d’eau, au quatrième posé je suis au maximum de ma concentration et de ma patience ; et c’est un hameçon presque nu qui provoque la montée, sanctionnée pas un léger ferrage. Amenée en douceur jusqu’à mes pieds, la dame d’un joli bronze orangé fait 41 cm. Un petit baiser et elle repart tranquillement ... se remettre en poste un peu plus haut !

En fin d’après-midi, les rares gobages sont déclenchés par de minuscules points blancs en surface. Sous l’ombre portée d’un berge haute, je distingue les montées successives d’une mémère sur des émergentes invisibles. Son large dos brun vient crever la surface lisse toutes les cinq secondes avec un rythme de métronome. J’ai beau m’appliquer, mais rien à faire la belle ignore mes imitations les plus minuscules. Je tente un peu plus gros, ce qui a pour seul effet de la caler immédiatement. C’était sans doute écrit, je ne ferai pas ma douzième cuthroat aujourd’hui. Cela dit, avec onze truites relachées toutes comprises entre 38 et 41 cm, je me suis sacrément régalé. Dominique se contente de cinq belles, mais vu les conditions elle peut être fière de son score. Le soleil a disparu derrière les montagnes quand nous redescendons vers la vallée, épuisés mais heureux.

Le lendemain, après les inévitables courses (plus de deux heures de trajet allez-retour) et un petit peu de farniente, nous nous contenterons d’un bref coup du soir sur les méandres situés à l’aval immédiat du camping. Nous ne faisons rien d’extraordinaire et je passe la plupart de mon temps à poursuivre une bête estimée à plus de soixante centimètres. Se gavant de nymphes qu’il m’est impossible d’identifier (je n’est pas de tamis) la belle suit un itinéraire régulier sur toute la longueur d’un courant de bordure. Quand elle parvient en amont de son trajet, là où la hauteur d’eau n’excède pas trente centimètre, elle regagne le courant principal puis se laisse dériver jusqu’à son point de départ.

Elle reprend alors son circuit immuable, ouvrant sa large gueule à intervalles réguliers. Toutes les dix minutes, nymphe maintenue sur le fond, j’attends le passage du monstre pour animer légèrement mon imitation. J’ai beau varier le menu à chaque tentative, rien n’y fait. Un peu lassé, je change de tactique et lance en amont dans la veine d’eau où elle se déplace. Mais aucun de mes posés n’est suffisemment précis pour l’intéresser. J’abandonne au bout d’une bonne heure, la laissant à la convoitise de nympheurs plus habiles.Trop préoccupé par ma truite, je ne me suis même pas aperçu que pendant tout ce temps j’ai pêché en compagnie d’un bison de bonne taille qui paisse tranquillement à une vingtaine de mètres de là.

Coups superbes en sèche De bonne heure le lendemain, nous décidons de retourner à First Meadow ; cette fois en remontant par la rivière sur sa partie torrentueuse, au dessus du camping. La Slough présente là un tout autre visage. Dans des gorges étroites, son lit offre une succession de chutes, de rapides et de gours peu profonds encombrés de blocs de roche arrachés à la montagne par les crues. Pour notre première pause, je repère à mi-parcours un seuil accessible depuis la rive. Je monte une Assassine bien graissée sur une pointe de 14, m’installe sur un rocher au milieu du flot et pose ma mouche un peu en amont d’un gros bloc immergé.

A peine vingt centimètres de dérive et une petite rainbow saisit violemment mon imitation. A peine relachée, une autre lui succède. Dominique, après avoir vainement essayé puis perdu un streamer, monte à son tour un gros palmer, et partipe au festival.

AmbiancePendant une bonne demi-heure les prises s’enchainent sans discontinuer. Ces petites arcs ne dépassent guère les 25 centimètres, mais elles sont diablement vigoureuses ; le décor baigné par la lumière du matin ne fait qu’amplifier la magie du moment. Cependant, nous sommes assez vite lassés par ces demoiselles décidément trop faciles et nous reprenons notre ascension pour retrouver notre chère prairie et ses grasses cuthroats.

Parvenu au premier virage, j’ai déjà deux belles à mon actif ; mais ce jour-là je cesserai très vite de les compter. A quoi bon s’encombrer l’esprit de choses futiles quand tout vous émerveille alentour ? Progressant dans le lit de la rivière le long d’une rive assez basse, j’aperçois dans l’herbe foulée de la berge une masse sombre parsemée de baies colorées et encore entières ; un peu plus loin, la carcasse de wapiti que nous avions vue deux jours plus tôt a été déplacée. Aujourd’hui, il ne reste plus que les os et quelques lambeaux de peau. Au milieu de la gravière, une large omoplate et une partie des vertèbres blanchissent dans le courant.

Je suis un peu inquiet lorsque j’avise un couple de cavaliers qui montent vers 2nd Meadow. Nous échangeons un rapide “How ar’you do’in” . Oui, eux aussi ont vu le scat et remarqué quelques empreintes. Il pensent que c’est un ours noir et avec la chaleur qu’il fait, me disent-il, nous avons peu de chance de le renconter. Faisant par nature assez confiance aux gens du coin et conforté par leur assurance, je décide de poursuivre sans plus m’inquiéter. Un peu plus loin, un groupe d’oies sauvages se tient paisiblement sur une grève ensoleillée.

pêche à la mouche
Oies sauvages sur une gravière

J’informe quand même Dominique de mes découvertes, et au terme d’une autre journée de rêve, c’est moi qui donne le signal de départ. Le soleil a disparu derrière les montagnes depuis un moment, mais nous ne sommes après-tout qu’à trois quart d’heure du camping et je n’ai pas jugé indispensable ce matin d’emmener nos bombes au poivre ni les clochettes à accrocher au sac à dos.

pêche à la mouche
Le soleil a disparu ...

Ce manque de précaution me vaut quelques reproches sûrement mérités ; mais au bout quelques minutes de marche, la lumière encore assez forte, la beauté du lieu et son calme parfait, dissipent peu à peu notre appréhension. Il n’y a pas le moindre souffle de vent, et les moustiques semblent avoir disparus. Nous progessons en silence main dans la main en nous remémorant nos prises de la journée.

Nous abordons une portion rectiligne de la piste, lorsque j’ai l’impression d’entendre un vache brouter à ma droite. Je tourne la tête machinalement et stoppe très vite mon mouvement : à moins de quinze mètres, un ours se gave de baies sur le flanc de la colline qui longe notre chemin. Trop occupé à avaler goulument tout ce qu’il trouve, il ne relève même pas sa tête en partie dissimulée par les hautes herbes. Dominique qui n’a rien vu, me demande pourquoi je m’arrête. “Y’a un ours là, il est de couleur plutôt claire”, lui dis-je le plus calmement possible. Je sens sa main se crisper dans la mienne. Elle ose à peine le regarder. J’insiste pour prendre une photo mais apparemment je suis le seul à en avoir envie.

A regret je reprend la marche et veille à maintenir une allure calme. Après quelques pas, nous nous retournons une dernière fois pour jeter un coup d’œil à la bête qui continue imperturbablement son repas. La voix peu assurée Dominique me chuchote qu’il ne lui semble pas si gros que cela et que peut-être sa mère n’est pas bien loin. Son optimisme m’a toujours sidéré. Nous dépassons notre glouton sans éveiller sa méfiance mais tout le reste du trajet la crainte nous tenaille d’en surprendre un encore plus gros. Nous ne sommes rassurés qu’arrivés en vue du camping, une vingtaine de minutes plus tard. Là, nous faisons notre rapport au gardien du camp. En effet, c’est bien un grizly ; les rangers l’ont aperçu le matin même et lui donnent environ deux ans. A cet âge, il vit déjà seul et doit peser près de cinq cent livres. Le soir, quand tout le camp est endormi, les rangers inspecteront à la lampe électrique chaque emplacement s’assurant que rien n’est suceptible d’attirer l’animal près des tentes.

Malgré la fatigue et les émotions je ne cesse de faire défiler les souvenirs de cette journée particulière. Je n’ai pas de photo de notre impressionante rencontre, mais peu importe, je ne suis pas prêt d’oublier l’image de “mon” grizly broutant sur sa colline.

Upper Lamar

Le 13 août, nous passons notre dernière journée dans le Yellowstone, au bord de la Lamar. En France, je n’avais vu qu’un site sur le net où il était question de cette rivière. A notre arrivée à Billings, j’avais un peu discuté avec le patron de l’agence de location de voiture, un fameux moucheur selon sa collaboratrice. Il m’avait écouté gentillement lui lister les rivières que nous comptions pêcher, puis avait simplement ajouté Uppe’Lama’ ; à la fin de notre discussion en hochant légèrement la tête, il avait insisté : Try Uppe’Lama’.

Paul, à Livingstone, m’avait aussi parlé de cette rivière : Lamar Valley is very big, Lamar is big, Lamar’trout are big... Deux informations concordantes données par deux bons moucheurs locaux, il n’en fallait pas plus pour me faire rêver. Nous allions donc conclure notre séjour dans le Montana par la Lamar. Je pratique la mouche depuis quinze ans, j’ai fait là le plus beau coup du soir de ma vie...

Après quelques rapides échanges avec sa compagne, Paul m’avait dessiné une large courbe un peu au-dessus des batiments du Yellowstone Institute. Tu verras un petit bois, avait-il précisé, c’est le seul coin à l’ombre de la vallée, tu peux pas te tromper. En effet, après quelques miles dans l’immense vallée de la Lamar, nous repérons facilement l’endroit situé à environ cinq cents mètres de la route Nord-Est, la plus belle du parc. Nous avons un peu trainé ce matin et il est un peu plus de midi quand nous posons notre sac à dos à l’ombre d’un peuplier. Après avoir inspecté les bas de lignes, nous choisissons nos postes.

Le tronc ou la truite de Dominique gobaitDominique choisi d’explorer notre berge, à l’ombre du bosquet, préférant rester à bonne distance de l’autre rive où paisse tranquillement un troupeau de bisons qui doit bien dépasser les deux cents individus.

Je traverse précautionneusement une partie de la rivière pour m’installer en bordure d’une petite île. Il fait très chaud et aucun gobage ne se manifeste. Je tente ma sauterelle favorite sur une dizaine de postes bien marqués sans succès quand j’entends un retentissant “J’en ai une !”. Dominique, canne pliée, ramène à ses pieds une belle “cut” qu’elle estime à 38 cm. C’est une des Big BlacK de Paul, lancée sur un gobage repéré le long d’un tronc immergé qui lui vaut cette première prise.

Piqué dans mon amour propre de mâle dominant, je mets une pointe plus forte, noue un modèle identique et pêche concsienceusement les abords d’un amas de branchages un peu en amont de mon poste... sans succès. Au grands maux les grands moyens : je remplace la Black Flie par un streamer noir en marabout. Ce n’est pas possible qu’un tel poste soit désert. Je me hisse sur le premier tronc à ma portée et lance mon streamer juste un peu au dessus. Je peux parfaitement le voir descendre et j’attends qu’il atteigne la proximité du fond pour commencer à l’animer.

Dès que ma mouche prend vie, une truite que j’ai à peine eu le temps de voir sortir de sa cache se jette dessus gueule ouverte. Rapidemment maîtrisée, elle accuse un bon 35 aux marques repérées sur nos cannes depuis la Slough. En une petite demi-heure, j’en relache trois autres de taille comparable. Comme il n’y a toujours pas d’activité, nous optons pour un petite pause goûter à l’ombre des peupliers.

Quand nous reprenons la pêche vers 16 heures, nous décidons d’explorer ensemble un énorme amas de troncs près duquel des poissons se manifestent bruyamment. Nous séduisons là quelques autres cuts alternativement sur des sauterelles et des black flies ; les plus belles dépassent tout juste les 40 cm.

Bison au bord de la rivière Remontant un peu sur la rivière en prévision du coup du soir, je m’installe peu avant l’entrée du virage. L’érosion due aux crues a creusée une berge haute de plusieurs mètres qui me tient hors de la vue des bisons.

En refaisant les nœuds de mon bas de ligne, j’entends de temps à autre leurs grognements rauques si caractéristiques. A quelques mètres de moi, j’ai repéré une truite qui gobe activement des émergentes. Elle se tient dans une cassure du courant au ras d’un effondrement de la berge. Monté en 14/100°, je change de mouche plusieurs fois sans pouvoir la séduire. Depuis l’autre rive Dominique me demande sur quoi elle peuvent bien être.

J’écarte les bras en signe d’impuissance. J’aimerais bien le savoir moi aussi d’autant que l’activité s’intensifie dans la faible hauteur d’eau qui défile plus lentement à droite du courant principal. A cet endroit, chacune des grosses pierres visibles sur le fond semble abriter un poisson. J’essaie plusieurs émergentes, des spents, des fourmis, des sèches...rien à faire.

Tout mon courant de bordure, large d’environ 4 à 5 mètres est maintenant en ébulition. Il est un peu plus de 17 heures quand je ferre enfin ma première truite, sur un gros sedge brun émergent. Une remise à l’eau rapide et un nouveau posé détendu est vite récompensé par un gobage rageur ; cette fois-ci, c’est un peu plus gros. Je mets cinq bonnes minutes à récupérer puis réanimer un beau mâle de plus de 40 cm. J’en profite pour crier l’info à Dominique qui ne tarde pas à connaître le même succès.

Dès qu’elles sont piquées nos cuthroats, plus vaillantes que sur la Slough, filent dans le courant principal et dévalent sur plusieurs mètres. Pendant ces premiers rushs on ne rien faire d’autre que garder le contact. Pour éviter que les combats ne s’éternisent trop, nous grossissons le diamètre de nos pointes. Durant une demi-heure le festival continue puis les gobages se raréfient pour reprendre de plus belle quelques instants plus tard. Cette fois-ci elles prennent des émergentes à ailes de couleur crème sur hameçon de 16.

Je conseille à Dominique de laisser légèrement ouvert le noeud d’attache de la mouche, sous-dimensionnée par rapport au solide 18/100° qui termine nos bas de lignes. Au même moment je remarque qu’un peu plus bas ma truite récalcitrante a repris ses gobages discrets , toujours au raz de la portion berge effondrée. Je n’ai pas envie de perdre du temps à la contourner et tente un poser aval très détendu. Ce n’est qu’en extrème limite de dérive que ma mouche disparaît dans un tout petit remous. J’attends une seconde avant d’assurer un ferrage en douceur... elle est prise. Après une courte bagarre en surface suivie de deux ou trois rushs puissants, je ne suis pas peu fier de mesurer puis remettre à l’eau cette beauté de 45 cm aux ouies orangées. Peu avant 19 heures, de gros sedges en chevreuil foncé nous valent queques émotions fortes. Peu après avoir relâché une truite de 48 cm - la plus grosse de cette soirée - ma compagne me crie qu’elle en a une autre. “Elle tire fort !” ajoute t-elle...

Dans la lumière rasante du soir j’observe ma pêcheuse préférée litteralement arc-boutée sur sa Winston de dix pieds. Sans la lâcher des yeux, je sors l’appareil photo et m’apprête à lui porter secours. La traversée n’est pas aisée, mais son manque d’expérience sur des poisssons de cette taille m’inquiète un peu. En effet, je n’ai pas eu le temps de faire un pas qu’elle a déjà réussi à tirer sa truite hors du courant. Je distingue nettement le large remous qui se produit presqu’à ces pieds. “Elle est très grosse !” me lance t-elle. Bon sang mais je n’en doute pas ! Je lui crie de laisser du mou, mais elle ne m’entend pas ; les deux mains crispées sur sa canne, elle contient tant bien que mal les assauts répétés de la belle qui finissant par regagner le courant, dévale en force sur une courte distance. Je vraiment la sensation de percevoir le claquement sec du 18/100° au moment où il cède. La canne s’est brusquement détendue et la voix pitoyable de ma douce me parvient à peine pour m’annoncer la triste évidence.

Paysage en fin daprès midiLa lumière décline sérieusement et les bisons commencent à se regrouper aux abords de la rivière. Je juge qu’il est plus prudent de s’en tenir là et de rejoindre la rive où m’attend ma compagne. Au moment où je la retrouve, quelques daims sortent des fourrés tout en se maintenant à une distance respectueuse. Aux aguets, ils attendent patiemment que nous ayons libéré les lieux. Il n’y a plus un souffle d’air, et à cette heure la température est idéale. Discutant à voix basse, nous nous dirigeons vers le petit bois de Paul, en suivant au plus près de la rive le sentier dessiné par le passage répété des troupeaux.

"Je suis sûre qu’elle dépassait largement les 50 cm, peut-être même qu’elle faisait les soixantes" ! "J’te crois sans problème ma chérie... mais bon, t’as quand même fait la plus grosse." Quelle soirée ! Tu te rends compte, j’avais encore jamais vécu ça. J’en ai pris plus de vingt entre 30 et 45. C’est le plus beau coup du soir de ma vie, et de loin.”

Arrivés à proximité de l’arbre où j’ai suspendu notre sac, un énorme bison nous oblige à un large détour dans la prairie. Dans la lumière du couchant nous sommes les seuls intrus. Sur la route, au loin, quelques touristes ont arrêté leurs voitures. Ils sortent leurs jumelles pour observer la faune... et deux frenchies insouciants, rentrant de la pêche cannes à la main. Au loin le ciel s’embrase comme pour nous dire adieu.

pêche à la mouche
Au loin le ciel s’embrase comme pour nous dire adieu...

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25/07/2008-13:07:01
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