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Ecrit par nico_p le 2005-07-04.
Léon : découverte de rivières mythiques (Orbigo, Esla, Porma)
J'ai eu l'opportunité de pêcher dans le Léon pendant une semaine au début du mois de juin 2005, lors de la "semana international de la trucha".
L'occasion de découvrir une région et des rivières attachantes, peuplées de truites au comportement et à l'allure parfois un petit peu déroutantes ... suivez le guide !
Le Léon : une région rurale
Le Léon est situé au Sud des Asturies et de la Cantabrie. Il bénéficie d'un important apport en eau provenant des montagnes formant plus ou moins la frontière entre ces trois régions. Cette eau forme des rivières superbes : notamment les rios Esla, Porma et Orbigo. Malheurusement pour les truites, une part importante de cette eau est détournée pour l'irrigation.
Léon est la seule véritable ville d'une région qui reste essentiellement rurale. Il y a un grand nombre de villages ou de bourgs d'importance variable et qui donnent l'impresion de conserver une véritable activité : on voit des enfants, des familles, des gens travailler dans les champs, etc. Je suis né dans les années 80 mais je pense que les ainés reconnaitraient dans le Léon une certaine France rurale des années 60-70.
Il y a une grande diversité de paysages dans le Léon : de la montagne sauvage (au Nord), à une campagne plus ou moins vallonnée (au coeur de la province), agrémentée de zones humides encore assez nombreuses. L'agriculture est bien présente et modèle les paysages. Il y a un certain nombre de champs de maïs, mais on n'en est pas encore rendu à la monoculture qu'on peut rencontrer dans certaines régions françaises. A noter qu'il y a de grandes peupleraies : nous étions à l'époque où les "cottonwood" lachent de la bourre en quantité, et il y en avit des épaisseurs très importantes au sol. Cela peut être très gênant pour la pratique de la pêche (surtout si il y a du vent qui en rabat des quantités sur l'eau !).
En conséquence, il y a encore une faune sauvage très diversifiée, notamment au niveau des oiseaux. Greg, l'un de mes compagnons de voyages, nous a ainsi décrit plusieurs espèces assez rares ou inconnues en France. Pour les non spécialistes on retiendra essentiellement la présence massive de cigognes (bien plus qu'en Alsace!). Sans les rechercher particulièrement vous en verrez plusieurs dizaines chaque jour. Dans un champ nous en avons compté une soixantaine d'individus simultanément !
Organisation de la pêche

Comme toujours en Espagne, le principal soucis pour les pêcheurs étrangers c'est la réglementation. Je vais essayer de vous expliquer ce que j'ai compris aussi clairement que possible.
- Pour pêcher dans la province de Castilla y Léon, il faut un permis de la province. Ce permis s'achète (notamment) au Gobierno Ambiante, dans la ville de Léon. C'est le bâtiment moderne très imposant photographié ci-dessus.
- Pour pêcher sur les parcours libres (sin muerte ou non) il suffit d'avoir le permis cité ci dessus.
- Pour pêcher sur les cotos il faut s'acquitter d'un droit de pêche journalier supplémentaire. Le problème : dans le Léon il y a une très forte demande pour les cotos. Conséquence : les cotos sont attribués par tirage au sort ... et le tirage au sort est effectué en début d'année, et est valable pour l'intégralité de l'année en cours.
Autrement dit : si vous êtes un touriste de passage, vous ne pourrez pas pêcher sur les cotos. Tous les parcours qui ne sont pas cotos ou "vedado de pesca" (pêche interdite = réserve) sont libres, et cela constitue l'essentiel du linéaire.
A noter également de très beaux parcours nokill libres (tramo libre sin muerte). Je vous conseille particulièrement celui situé sur l'Orbigo à Villanueva de Carrizo. Ces parcours sont assez fréquentés.
La pêche
Je vais vous livrer ci dessous quelques impressions que j'ai eu au cours de ma semaine de pêche dans le Léon. Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai pêché ici qu'une seule fois, et sur une courte période. Ce que je dis n'est donc pas parole d'évangile, mais simplement le fruit d'une expérience limitée.
Il faut également noter que, selon les habitués, juin 2005 n'était pas un bon cru : les rivières étaient à un niveau anormalement bas en raison d'une sécheresse exceptionnelle.
Dans les articles de voyage il y a toujours quelques photos de beaux poissons, mais on n'arrive jamais vraiment à savoir si il s'agit de prises courantes ou exceptionnelles.
Je vais donc commencer la partie "pêche" de cet article en vous livrant un bilan chiffré brut qui vous permettra peut être de mieux évaluer l'intérêt halieutique des rivières dont je vais vous parler : personnellement, en 6 sorties de pêche, j'ai pris une petite dizaine de poissons entre 30 et 53cm (trois de plus de 50 cm), et j'en ai bien sûr raté plusieurs au ferrage , dont deux très beaux poissons (entre 55 et 60).
J'ai pris la quasi totalité de ces poissons en nymphe à vue, et je n'ai quasimment pas pratiqué de pêche de prospection (pêche de l'eau en sèche, pêche au fil, pêche en noyée). Ce n'était peut être pas la tactique la plus efficace, mais je me suis bien amusé ! Ceci posé, allons y!
Les rivières
A gauche, le puissant Rio Esla sur le coto "EDS", à droite le Luna en tête de bassin (coto de Villafeliz)
Comme indiqué plus haut, les rivières du Léon sont essentiellement alimentées par les versants Sud des montagnes des Asturies. Il y a trois rivières principales : l'Esla, le Porma et l'Orbigo. Il faut noter que toutes ces rivières ont un régime hydrographique très fortement perturbé par la présence de très grands barrages ainsi que par la pratique intensive de l'irrigation. L'Espagne est un pays sec et l'eau est une ressource précieuse.
Cela dit, nous n'avons subi aucun lâcher de barrage, par contre les niveaux ainsi que les températures des rivières sont un petit peu curieux. Ainsi, il y a toujours plus d'eau en juillet - août qu'en juin, car les besoins pour l'irrigation sont supérieurs.
Sur le Rio Orbigo nous avons constaté des différences de températures de plusieurs degrés entre des parcours situés à à peine 15 km à vol d'oiseau : 11° dans un cas (tout près d'un barrage), et 17° un peu plus bas (plus loin du barrage ... et après restituion de plusieurs canaux d'irrigation avec eau bien chauffée par le soleil !).
Il faut également souligner le fait que sur certaines rivières il y a plus d'eau en amont ... qu'en aval. Ceci est lié au détournement de l'eau dans de nombreux canaux d'irrigations. C'est assez déroutant au début.
Malgré tout, les rivières du Léon sont vraiment de belles rivières. Par endroit ce sont même de très belles rivières. Le lit est composé de beaux galets ronds, parfois accompagnés de roche mère (rare). Il y a également de nombreux herbiers assez variés selon la température et le débit de la rivière (renoncules, etc.). Les trois grands "rios" font entre 25 et 50m de large environ.
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A gauche : l'Orbigo en amont de Villaroquel, à droite : herbiers sur l'Orbigo (libre sin muerte de Villanueva de Carrizo)
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Enrochements sur le rio Orbigo à Villanueva de Carrizo
La rivière qui nous a paru la plus belle est le rio Esla. Sur le coto que nous avons pêché (EDS de Esla), la rivière a un lit d'une variété incroyable : se divisant en bras, coulant sur un lit de galets ou de graviers fins, formant des méandres, des îles. C'est absolument somptueux.
L'Orbigo au niveau de la ou nous dormions (sin muerte de Villanueva de Carrizo) a en revanche subi réemment une crue de grande ampleur et le lit est assez abimé, avec de nombreux enrochements ou seuils artificiels destinés à rompre la monotonie des grandes gravières dévastés par le flot (... mais ce parcours tient de beaux poissons !).
Pour un pêcheur français, on se croirait un peu sur des sortes de "mini Dordogne", avec toutefois un détail très important : la pêche à vue est possible. L'eau est très claire et n'a pas cette couleur thé qui caractérise la rivière espérance. Les galets sont le plus souvent ocre assez clair : ils ne sont pas assez sombres pour rendre les poissons invisibles. Cela donne évidemment à la pêche un intérêt supplémentaire.
Les insectes
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Exuvies de perle sur le rio Esla
Les rivières du Léon ont la réputation d'être riches en insectes. Compte tenu des conditions très défavorables que nous avons connu lors de notre passage nous n'en avons pas vraiment profité. D'après les habitués il y a ici une grande quantité et une grande variété de mouches : éphémères, perles (éclosions massives en mai d'après ce qu'on m'a dit), sedges, mais aussi d'autres genres d'insectes aquatiques comme des sylphonuridés (photo ci-dessous).
Je n'ai pas noté la présence massive de gamarres malgré les herbiers, mais il y en a certainement. A noter également que, toujours d'après certains habitués, les mouches ont ici certaines tonalités qu'on ne rencontre pas très fréquemment en France : des couleurs rose ou chair en corps par exemple.
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Une mouche inhabituelle : sylphonuridé ?
Les poissons
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Même en dehors des sin muerte : relâchez vos rêves !
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A gauche : la toute petite bouche d'un beau poisson de l'Orbigo. A droite : une truite typique du Léon (Rio Esla)
Il y a beaucoup à dire sur les poissons que nous avons rencontré dans le Léon. La première chose qui frappe, c'est la taille de la bouche : elle est toute petite par rapport au corps, et même par rapport à la tête! On dirait presque des truites lenok, ou encore des hybrides avec des ombres communs.
La seconde chose qui frappe, c'est que ce sont vraiment des poissons très massifs, trapus, costauds, un peu comme les grassettes de la Touvre par exemple. Un poisson de 50 a vraiment "des épaules", et un corps très volumineux, c'est assez impressionant.
Tous les poissons que j'ai vu ou pris m'ont donné l'impression d'être sauvages : belle robe très typée, même allure (poissons trapus, petite bouche, nageoires absolument parfaites ... et énormes, etc.). Je ne pense pas qu'il y ait de bassinage de gros poissons adultes sur les parcours. En revanche nous avons tout de même été frappé par deux choses :
- Sur certains cotos nous avons vu des densités phénoménales de petits poissons (entre 15 et 20 cm). A noter pour l'anecdote qu'elles étaient tellement trapues qu'on aurait presque dit des black bas (certaines avaient la queue noire!).
- Sur ces mêmes cotos il nous a semblé qu'il y avait un trou dans la pyramide des âges : beaucoup de ces petits poissons, quasimment aucun poisson "normal" (entre 25 et 40 cm), puis un nombre "comparativement anormalement important" de poissons de taille supérieure.
Il y a d'autres poissons : quelques blancs et barbeaux, mais ces derniers n'ont pas été très réceptifs lorsque j'ai essayé de les attaquer.
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Truite du rio Orbigo sur son lit de renoncules. Robe et allure typique.
La pêche : aspects techniques
La première chose à savoir, c'est que dans le Léon les buldos (boyas) font vraiment partie de la culture locale. On en trouve à vendre dans presque tous les bars, à côté des paquets de clope, des briquets et des tiquets de loto. En conséquence, vous devez vous attendre à croiser pas mal de "buldozers" !
Autre chose : vous êtes en Espagne, et pour des pêcheurs français, les pêcheurs espagnols sont "un petit peu bizarres". N'y voyez aucun racisme, chauvinisme ou quoi que ce soit d'autre de ma part. Une anecdote pour comprendre. Vous êtes en train de pêcher (en remontant). Un bruit derrière vous : un pêcheur qui arrive, il vous salue et se met à pêcher juste derrière, comme si de rien n'était, quasimment dans vos bottes, là ou vous avez marché il y a cinq minutes à peine. Ca ne les dérange pas. Après tout, pourquoi pas. Là ou ca peut etre un peu ... dépaysant, c'est quand il déboule juste devant vous, vous salue, et pêche. Il n'y a là rien de vraiment malpoli de sa part, mais pour un pêcheur de truite français, c'est franchement déstabilisant!
Il faut dire que les poissons nous ont eux aussi paru un petit peu bizarres. Certains se calaient très rapidement à la vue d'un pêcheur, mais d'autres se comportaient un peu comme des ombres : ils s'éloignaient puis revenaient en poste et étaient alors à nouveau attaquables. D'une manière générale ce genre de comportement était tout de même assez exceptionnel, et un poisson alerté était le plus souvent un poisson calé.
Autre particularité qui nous a un petit peu déstabilisé : ces poissons sont assez rarement postés. Ils déambulent dans la rivière et gobent ou nymphent un peu en vadrouillant. Ce comportement est classique dans des calmes ou dans des retournes, mais en plein courant sur des rivières à herbier c'est quand même assez bizarre! Bien sur, tous n'avaient pas cette attitude (certains poissons étaient sagement postés dans leur veine), mais ce trait de caractère semble tout de même être assez prononcé.
Apparemment les poissons sont assez difficiles à ferrer en sèche. Vu la taille de celles qui gobaient je n'en ai pas attaqué beaucoup, mais il est vrai quele taux de réussite au ferrage était très faible!
Du point de vue technique beaucoup de pêches sont possibles sur les rivières du Léon. Lors de notre passage l'absence d'éclosion rendait la pêche en sèche quasimment stérile (sur les beaux poissons, car en pêchant l'eau il y avait sans doute possibilité de toucher des petites). Mes copains ont eu quelques résultats en pêchant en noyée, en nymphe au fil ou en "tocroulette", mais lors de notre séjour ces pêches en aveugle ne leur ont pas permis de prendre de beaux poissons.
Il faut tout de même noter que le Léon est le pays de la mouche noyée (avec des mouches en pardo montées à l'espagnol, bien entendu!!). Cette technique semble être assez efficace ici, mais lors de notre séjour seuls de petits poissons s'y sont laissé prendre. Du reste, la faible hauteur d'eau faisait affleurer les herbiers en bon nombre d'endroits, rendant la pratique de la noyée assez difficile.
Les quelques belles truites que nous avons pu toucher l'ont toutes été en nymphe à vue (sauf une en sèche à la nuit). Malgré l'étiage, les poissons n'étaient pas très exigeant sur le diamètre du fil. J'ai commencé en 16 mais ca n'est pas assez souple pour faire de belles présentations avec des nymphes de petite taille. Le 14 était en revanche suffisant, donc parfait. Le jeu consistait à repérer un poisson et à expédier assez loin en amont une nymphe non lestée posée "en vrac" qui arriverait en planant dans sa zone. Je dis bien "dans sa zone", car comme expliqué plus haut bon nombre de poissons n'étaient pas vraiment postés.
Je me souviens notamment d'une belle truite qui nymphait sur une zone de presque 30 m² et que j'ai piqué après une dizaine de dérives. Elle vadrouillait tellement que je ne savais même plus ou poser. Quand elle s'est élevée dans la colone d'eau pour se saisir de ma nymphe je n'étais vraiment pas sûr du tout qu'elle s'était emparée de ma mouche. Le poisson s'est décroché au cours d'un joli combat, mais je me souviendrais longtemps de ce ferrage. Il y a de beaux coups de ligne à faire avec ces poissons du Léon ...
Je n'ai pas pu attaquer beaucoup de poissons car ils n'étaient pas franchement dehors lors de notre séjour, mais une grande proportion de ceux que j'estimais "presque actifs ou prenables" se sont montré vivement interessés par cette technique. Les nymphes utilisées étaient très quelconques et n'avaient apparemment pas beaucoup d'importance. Des pêcheurs plus doués que moi en nymphe à vue auraient probablement pu réussir encore mieux. Ces poissons ne doivent pas être souvent sollicités avec ce genre de technique fine, et ils y répondaient franchement lors de notre passage.
Le très gros regret que j'ai, c'est de n'avoir pas pu pêcher d'avantage le matin (quitte à ne pas faire les coups du soir). En effet lors de notre séjour les gros poissons étaient beaucoup plus "dehors" le matin que l'après midi ...
Par ailleurs avec le système des cotos je garde une énorme frustration de ne pas avoir pu revenir voir certains poissons ou certains parcours. Comprendre une rivière qu'on n'a jamais pêché en une journée, ca n'est pas évident.
Conclusion
Le Léon est une région d'Espagne très intéressante pour le pêcheur de truite. Le dépaysement est garanti, et il y a de très beaux poissons à prendre de la plus belle façon qui soit : en nymphe (ou en sèche) à vue. Il y a un "mais" : le système de cotos est franchement très compliqué et absolument inaccessible pour le touriste pêcheur de passage. Ceci dit il y a de nombreux parcours libres qui semblent malgré tout être correctement peuplés. Et il y a aussi des "libre sin muerte" qui valent le détour !
Il faut que je remercie toute l'équipe française des habitués de la "semana". L'organisation est vraiment rodée et on bénéficie à la fois d'une ambiance sympathique et de conseils avisés. Merci notamment à Bruno pour sa bonne humeur et à "Perlo" et "baetisniger" pour leurs conseils avisés.
Merci également à Lionel et Greg d'avoir supporté mes ronflements (à bon!!).
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