Ainsi va la vie… On a des envies des projets parfois très tôt, avant même de grandir, mais le temps passe et manque parfois, des priorités se font jour et les moyens sont mis à disposition d’autre chose, mais l’idée fixe reste là, bien vivante dans un coin de la tête. Après tout la vertu première du pêcheur, c’est bien la patience n’est ce pas ?
Et puis petit à petit, l’idée prend forme : achat d’un grand fouet et de ses accessoires, matériel de montage spécifique, livres sur les mouches dédiées et guides pour choisir la destination, longues soirées sur internet à rêver en hésitant sur les vertus de telle ou telle rivière lointaine. Et puis, au final le projet a pris forme et j’ai trempé mes vieux waders dans la Munster Blackwater la semaine dernière. Le manque d’eau depuis juillet n’allait pas me faciliter la tâche, mais heureusement un peu de pluie le jour de mon arrivée a fait bouger les poissons.
Bon, premier jour, rivière quasi impêchable jusqu’en fin d’après midi, où j’enregistrerai deux premières timides tirées dans une eau encore trouble, malgré des saumons qui sautent partout. Le lendemain, les eaux tendent à revenir en ordre, les poissons se manifestent en nombre mais p….n que le ferrage immédiat, ce réflexe de sandromane et de truiteux est dur à abandonner après 25 ans de pratique opiniâtre ! Bon, encore capot pour ce jour là, les poissons étant loupés ou décrochés très rapidement. Ca ne s’améliore pas par la suite et, foirant systématiquement toutes les touches un certain désespoir me gagne. Cela devient même un sentiment d’injustice le quatrième jour, quand je perd (encore !) un poisson après une vingtaine de secondes, le combat le plus long jusqu’à ce moment là…
Et puis le cinquième jour arrive, commençant d’ailleurs très, très mal (un deuil au téléphone, ça casse l’ambiance…). L’eau est devenue très claire et continue hélas de baisser. Tirée… Encore loupé… Bôf ! Survient une certaine résignation… Peu après, nouvelle tirée, la onzième (et dernière !) du séjour et je réussis à me contrôler et à lâcher la boucle avant de ferrer. Un reflet, un bouillon, un saut, quelques démarrages en force mais ce petit castillon tout brillant de quatre livres abandonne vite la partie face à ma 14’4’’ et mon bas de ligne en 30% et finit rapidement dans l’épuisette… Enfin ! Le rêve de gosse s’est accompli: j’ai pris un saumon à la mouche ! Je rigole comme un gamin. Vite! Une photo (sans le sortir de l’eau) et relâché, suivi d’une minute d’éternité après vingt-huit ans d’attente...
J’y retournerai. Au vu des résultat des autres, plus doués et plus chanceux que moi (jusqu'à 6 poissons le même jour pour un même pêcheur, dont 5 à la mouche), il ya certainement moyen de s'éclater. Et puis, le plus important, c'est le premier, non? Les autres viendront plus naturellement... Peut-être...
NB : j’ai lu quelque part sur ce forum que l’Irlande ne « vaut plus un kopeck pour la truite »… Hm… Je suggère à l’auteur de ces lignes de prendre son fouet et d’aller contre vérifier lui-même, il risque d’être plus qu’agréablement surpris tant en taille qu’en quantité.

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