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Les Bas de Lignes …

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Les bas de lignes à noeuds pour la pêche de la truite en rivière: Tout pêcheur est un jour ou l’autre confronté à la conception des bas de lignes (bdl) à nœuds.

En général, cette confrontation intervient lorsque l’on a en partie assimilé le lancé, la pêche et la fabrication des mouches. Avant d’en arriver là, on achète des bdls du commerce qui coûtent malgré tout assez cher ou bien on utilise des blds à nœuds fournis par une connaissance. C’est en tout cas mon expérience. En général, je me suis toujours trouvé à un moment ou un autre aux limites des mes bdls suivant les conditions de pêche et je les modifiais avec plus ou moins de succès.

Quand j’ai décidé de faire mes propres bdls, j’ai acheté des bobines de nylon de différents diamètres suivant les recommandations de mon entourage et j’ai commencé à reproduire des bdls trouvés dans la littérature halieutique sans vraiment comprendre ce que je faisais. Plus tard, j’ai essayé de mieux comprendre la conception de ces foutus bdls. Je me suis alors confronté à un vide dans la littérature française et je ne savais pas par où commencer.

Fichiers associés à l’article :

NB : les fichiers excel sont fournis à titre d’information. Ils n’ont pas été élaborés dans le but d’être un logiciel à part entière.

Leur utilisation nécessite donc des connaissances de base en tableur informatique et aucune macro a été incorporée. L’auteur ne tient pas à être submergé de question à leur sujet. Merci d’avance.

Introduction

Cela fait maintenant plusieurs années que je lis et discute avec les pêcheurs de mon entourage sur le sujet. J’en ai conçu une petite synthèse que je propose dans cet article sur la construction des bdls à nœuds pour la pêche de la truite en rivières soit en sèches soit en nymphe à vue. Ma principale référence est l’article de Steven B. Schweitzer « Hyper-Compleat Principles of Leader Design » disponible sur le net (http://globalflyfisher.com/fishbetter/leadercalc/) paru en Septembre 2002. Ceux qui lisent l’anglais pourront voir que cet article n’est pas directement transposable en France à cause de la différence de la réalité halieutique entre les US et notre pays. Par exemple, il est écrit qu’un bdl de 9 feet avec une pointe de 4X ou 5X est le bas de ligne standard pour la pêche à la truite en rivière. Loin des standards français ! Par contre, c’est la description de la problématique de la construction des bdls de cet article qui m’a permis de progresser.

Steven B. Schweitzer rappelle que le but d’un bdl est de relier d’une manière la plus invisible possible la mouche à la soie. Il doit aider à une présentation propre, laisser la mouche évoluer de la façon la plus naturelle possible et transférer et dissiper l’énergie cinétique de la soie lancée vers la mouche. Pour une situation de pêche donnée (type et taille de mouche, type et distance du poste prospecté, vent) chacun cherche à présenter la mouche de la même manière malgré des équipements (cannes, soies) et des aptitudes au lancer différents. Par conséquent, il est évident qu’un bdl élaboré par un pécheur, ne vas pas réagir de la même façon avec un autre pécheur et qu’il n’y a pas de bdl universel à tout le monde et à toutes les situations de pêche. La difficulté est alors pour un pêcheur de savoir comment construire ses bas de ligne et quand les utiliser ou les modifier.

La principale difficulté pour élaborer un bdl provient du fait qu’il dépend d’une multitude de paramètres :

  • Du pécheur. En particulier son aptitude au lancer, à la vitesse de soie qu’il est capable de générer à partir de son équipement.
  • De la canne utilisée en particulier sa rapidité.
  • De la distance de pêche.
  • De la soie en particulier de sa souplesse, de son profil et du diamètre de son extrémité.
  • Des caractéristiques du nylon utilisé, en particulier sa rigidité sa flottaison et sa résistance à l’abrasion, voir la combinaison de nylons différents.
  • De la mouche utilisée, en particulier son profil (araignée, émergente, nymphe) et bien sûr de sa taille.
  • Du type de pêche pratiquée. En particulier le type de rivière (taille et rapidité) et de la pêche souhaitée (sèche, nymphe à vue).

Je me suis rendu compte que les descriptions des bdls que l’on peut trouver à droite et à gauche ne sont pas complètes. On devrait fournir avec les bdls, le type de pêche envisagée, le type de canne, la soie et les nylons utilisés. Reconnaissons que certains articles donnent ces informations, ce qui m’a conforté dans mon point de vue. Par exemple, Philippe Boisson dans le Pêches Sportives numéro 42 ajoute à la description classique de son bas de ligne «Long et sans concessions, destiné à la pêche à la nymphe à vue, ce bas de ligne ne convient pas à tous les équipements». Il décrit par la suite l’équipement utilisé et leur transformation en particulier au niveau de la soie.

Comme le souligne Steven B. Schweitzer, la conception d’un bdl ressemble à l’assemblage d’un puzzle ; il existe plusieurs manières de l’assembler, seul le résultat compte. Dans cet article, je communique la manière dont j’assemble mon puzzle en m’appuyant sur une représentation graphique du profil du bdl. Cette démarche n’est évidemment pas unique.

Composition d’un bas de ligne

Un bdl est composé de trois parties principales. Le talon, la section moyenne et la pointe. Ces trois parties sont constituées à partir de nylons de différents diamètres excepté la pointe qui est le plus souvent faite avec un monofilament. Charles Ritz préconise une proportion de 60% pour le talon, 20% pour la section moyenne et 20% pour la pointe. Cette proportion est le stéréotype du bdl dégressif. On verra plus tard que la décomposition proposée n’est plus réellement valide pour les bdls progressifs et leurs variantes petites rivières.

Raccord soie–bas de ligne

Le but du raccord soie-bdl est de transférer l’énergie cinétique de la soie vers le bdl afin qu’il se déploie. Et cette transmission est d’autant meilleure que la rigidité du talon est identique à celle de la soie. Le but est d’obtenir une boucle parfaite lors de ce raccord (voir photo 1). Ce raccord est fonction du type de liaison envisagée (voir article sur le site) et de la rigidité du talon. La rigidité du talon dépend de deux paramètres : son diamètre et la rigidité intrinsèque du nylon utilisé. On peut fixer le diamètre du nylon grâce au diamètre de l’extrémité de la soie. On prend en général la règle du 2/3 ou du 3/4 soit 66% à 75 % du diamètre de la soie.

pêche à la mouche
Liaison soie bas de ligne

Le diamètre fixé, on peut choisir la nature du nylon. Si le nylon est trop rigide, on peut le faire cuire et l’étirer à chaud à sa convenance. Attention car certains nylons supportent mal la cuisson ! L’idéal étant d’acheter le bon nylon pour sa soie. Mais si, pour d’autres pêches, on utilise des soies très différentes cela amène à avoir un stock important de matériel. Pour avoir des informations sur la rigidité intrinsèque des différents nylons lisez (http://globalflyfisher.com/fishbetter/leadercalc/) ou l’article de Philippe Boisson dans le Pêches Sportives numéro 53.

En plus de la rigidité, il faut tenir compte de la mémoire du nylon ainsi que sa résistance à l’abrasion. Cette dernière est pour moi secondaire pour la pêche à la truite sèche et en nymphe à vue sauf pour des gros poissons de plus en plus rares.

Un autre critère est la flottaison du nylon. Certains sont connus pour la capacité à plonger (utile pour la pêche à la nymphe à vue) et d’autres à flotter (utile pour la pêche sèches et aussi lors d’utilisation de soie naturelle qui ont tendance en fin de journée à pointer du nez).

Profil du bas de ligne

Après avoir choisi le premier élément du talon, il faut maintenant décider quel type de bas de ligne prendre. Il existe deux grandes familles de bdl, les progressifs et les dégressifs. Nicolas Pariset définit les bdls dégressifs comme « Ce sont des bas de lignes construits en brins de monofilaments de diamètres décroissant attachés les uns aux autres. La longueur des brins des bas de ligne dégressifs diminue avec le diamètre (sauf la pointe qui est toujours le brin le plus fin et le plus long) » et les bdls progressifs comme « Ce sont des bas de lignes construits en brins de monofilaments de diamètres décroissant attachés les uns aux autres. La longueur des brins des bas de ligne dégressifs augmente quand le diamètre diminue. La pointe reste le brin le plus fin et le plus long. » Pour ma part, j’ai eu besoin d’une représentation graphique de ces profils. Celle que j’utilise maintenant provient du monde du bambou refendu où les profils des cannes (diamètres de la section tout les 5 inches) sont représentées en longueur cumulée. La figure suivante représente la section de bambou en fonction de la distance entre l’endroit de mesure et le bout du scion pour cinq cannes de 7’6’’ soie de 4. On s’aperçoit que le diamètre de la canne augmente et on peut s’apercevoir des légères différences.

pêche à la mouche
Figure 1 : profils de cannes en bambou de 7 pieds 6 soie de 4

Quand on applique cette représentation graphique aux bdls, on obtient par exemple pour le bas de ligne de Ritz numéro 3 la courbe rouge en S sur la figure 2.

pêche à la mouche
Figure 2 : Formules du bas de ligne Ritz numéro 3, longueur cumulée

et longueur cumulée normalisée et représentation graphique

J’ai préféré partir du talon pour la longueur et représenter le diamètre en sens inverse. Sur la figure 2, j’ai aussi représenté un des bdls de Nicolas Pariset de presque 6 mètres de long. On voit tout de suite que cette représentation n’est pas satisfaisante pour des bdls de tailles différentes. Afin de m’affranchir de cela, j’ai normalisé (ou divisé) la longueur cumulée par la longueur totale du bdl. Cette opération donnant directement les proportions des différentes parties qui forment un bdl (le talon, la section moyenne et la pointe).

pêche à la mouche
Figure 3 : Profils normalisée d’un bdl progressif et d’un bdf dégressif. A gauche avec pointe à droite sans pointe

On s’aperçoit sur la figure 3 gauche que le bas de ligne Ritz respecte assez bien la proportion 60/20/20. Tandis que le bas de ligne de Nicolas Pariset ne présente pas de caractéristique très marquée, il y a une progression progressive du diamètre en fonction de la longueur cumulée. La rupture de pente très présente sur le bdl de Ritz est pour moi une des caractéristiques des bas de lignes dégressifs tandis que l’absence de rupture est une des caractéristiques des bas de lignes progressifs.

Pendant la rédaction de l’article, Nicolas Pariset m’a suggéré d’enlever la pointe lors de mes représentations. L’idée sous-jacente est que c’est le talon et la section moyenne qui donnent les caractéristiques aux bdls. Ce sont ces deux parties qui transmettent l’énergie cinétique à la pointe. La fin de la section moyenne ainsi que la pointe dissipent cette énergie cinétique pour permettre le posé souhaité. Cette pointe est construite à partir de nylon en général souple soit d’une seule pièce soit avec une pré-pointe. Dans la représentation à droite, la pointe a été enlevée et ne permet pas d’obtenir des nouvelles informations sur ces deux bdls tellement différents. Cela ne sera pas le cas sur les autres bas de ligne que j’analyse de cette manière plus loin.

Longueur du BDL

La troisième question qu’un pêcheur se pose est la longueur du bdl. Vaste question qui dépends de plusieurs paramètres.

En premier, il faut tenir compte de la pêche envisagée si c’est en grande ou en petite rivière, en général il est accepté pour les grandes rivières, des bdls de 5 à 6 m (voir plus, suivant la capacité du pêcheur à étaler ces bdls) et pour les petites rivières, des bdls de 3 à 4 m. La pêche en nymphe à vue nécessite la plus part du temps des bdls plus longs à cause de la longueur de la dérive entre le point d’impact et le poisson. Cette longueur est plus grande qu’en sèche, pour des raisons de discrétion, d’immersion et de dérive inerte de la nymphe.

Deuxièmement, les longueurs des bdls sont à modifier suivant le type et la taille de la soie utilisée. Pour les soies naturelles, ces longueurs sont à réduire à cause du faible diamètres de leurs extrémités (les soies Thebault sont vraiment très fines) et leurs « signatures » sur l’eau qui sont plus faibles que celles de soies synthétiques. Pour un type de soie donnée (naturelle ou synthétique), les longueurs du bdls sont à augmenter si la soie est plus grosse. Une soie de 5 contient plus d’énergie cinétique qu’une soie de 3 à même vitesse de soie et a aussi une « signature » plus grande.

Je pense qu’il vaut mieux utiliser un bdl (de 5 m, par ex) qu’on étale bien plutôt qu’un bdl plus long (de 6m, par ex) qu’on étale mal. On ne gagne qu’à s’énerver et à mal pêcher. Je pense aussi qu’il faut choisir une longueur de bdl adaptée à nos capacités à lancer. J’ai rencontré un pêcheur qui doit nécessairement faire une traction (augmentation de la vitesse de la soie) pour étaler son bdl dans des conditions normales. Je ne sais pas ce qu’il fera le jour où le vent sera de la partie ou qu’il devra prendre une mouche plus étoffée. Je crois qu’il faut choisir sa longueur à partir de ses capacités à lancer « moyenne » et se laisser de la marge.

Influence du type de cannes

Le type de canne utilisé est un paramètre à prendre en compte. Si c’est une action rapide, les grands bas de lignes progressifs, qui sont lents, sont à utiliser. Par contre si c’est une action lente, il vaut mieux utiliser des bas de lignes dégressifs qui sont en général rapides. En fait, l’action du bdl est à l’opposé de l’action de la canne. Puisqu’on souhaite tous effectuer le même poser (par exemple un poser délicat en sèche) avec des équipements différents, c’est aux bdls de compenser, en partie, ces différences.

Variation du diamètre des BDL

Pour la variation du diamètre, on admet en général des diminutions de 5 à 10/100 entre les brins du bdl. On peut trouver des exemples de bdl où la diminution de diamètre peut aller jusqu’à 33% soit une suite 50-33-22-15-10 [Steven B. Schweitzer]. Je n’ai pas moi-même expérimenté ces différentes variations

Combinaison de différents types de nylon

Un bdl n’est pas généralement construit avec un nylon unique. En général, le talon et une partie de la section moyenne sont faites avec un nylon plus ou moins rigide et l’autre partie de la section-moyenne et la pointe avec un nylon plus souple.

Symptômes d’un « mauvais » bas de ligne

D’après Steven B. Schweitzer :

  • Votre bdl ne se déroule pas du tout: c’est peut être dû à un talon trop souple ou une partie moyenne trop rigide ou trop grosse.
  • Votre bdl se déroule bien du moins en partie : section moyenne trop lente pour la mouche considérée. Réduire la section moyenne en augmentant le talon.
  • Votre bdl tape l’eau : le bdl est trop rapide.

Quelques bas de lignes

J’ai analysé plusieurs bdls que j’ai trouvés dans la littérature avec la représentation graphique proposée plus haut. Je n’ai pas testé tous ces bdls sous leur forme originale. Je les modifie car je n’utilise pas un équipement standard ; je pêche en soie naturelle avec un bambou refendu progressif rapide. J’utilise un bdl de 4,5 m de long avec un talon en 40/100 pour les grandes rivières calqué sur bdl progressif décrit plus bas et je bidouille en général la partie moyenne pour les petites rivières.

Progressifs

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Figure 4 : Profils normalisés de bdls progressifs. A gauche avec pointe à droite sans pointe

La figure 4 présente plusieurs bdls progressifs de longueur de 5 à 6 m. Sur la figure sans pointe, on peut s’apercevoir que ces bdls sont tous très voisins. La principale différence provient au niveau du brin le plus gros pour le Pêches Sportives Grande Rivière 1 qui est le plus long amenant à une pente légèrement plus importante. Il faut noter ici que le bdl de Nicolas Pariset utilise une pré-pointe en 14/100.

Dégressifs

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Figure 5 : Profils normalisés de bdls dégressifs. A gauche avec pointe à droite sans pointe

Les bdls dégressifs modernes ont une pente beaucoup plus importante que les bdls progressifs. Il en suit que le talon est beaucoup plus long. Il existe une plus grande variété dans cette catégorie de bdl que pour les progréssifs. Les bdls Cognard ont une rupture de pente assez marquée pour le brin en 25/100 qui fait 10 cm (standard) et 15 cm (nymphe). J’ai déjà essayé le standard et j’en ai été assez satisfait (Winston IM6 soie de 5 avec une Mastery 5). Le Nicolas Pariset présente lui aussi une rupture de pente mais dans le sens inverse.

Petites Rivières

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Figure 6 : Profils normalisés de bdls Petites Rivières A gauche avec pointe à droite sans pointe

Ces bdls sont faits pour être rapides et très précis. Ils sont, pour ma part, une variante des bdls progressives. Je pense qu’ils ont été élaborés par des pêcheurs utilisant du matériel rapide avec lequel des bdls dégressifs ne devaient pas donner des bons résultats.

Profils américains

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Figure 7 : Profils normalisés de bdls Américain : A gauche avec pointe à droite sans pointe

On peut dire que les américains utilisent principalement des bdls dégressifs très marqués Ritz. N’ayant pas des poissons hyper-selectifs, ils n’ont pas à se tracasser la tête. D’ailleurs, dans certaines rivières américaines comme Hat-Creek, Silver Creek et Henry Fork’s (entre autres) qui nécessitent des bas de ligne assez discrets, certains pêcheurs américains rencontrent des grosses difficultés.

Conclusion

Le choix ou la conception d’un bdl dépend d’une multitude de paramètres. J’espère que cet article vous aidera à concevoir vos propres bdls en profitant de l’expérience des autres mais en sachant où et comment les modifier.

J’espère aussi que la représentation graphique vous permettra de visualiser l’action des bdls que vous utilisez et pourquoi pas devenir le standard de visualisation sur Gobages.

Relâchez et Protégez vos rêves !!!

Formules des bas de lignes présentés

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Auteur: Benoît Bédat (BB64)

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