.: Retour à la région Alsace :.
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| Lauter - Bas Rhin (67) |
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29/08/2008
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Je viens d'effectuer ce qui sera probablement ma dernière sortie sur la Lauter. Je dresse donc un petit bilan.
Les eaux ont été hautes et teintées, cette saison. Les truites n'ont pas souffert de l'été. Celles que j'ai capturées étaient vraiment bien grasses et vigoureuses.
La partie qui m'a valu le plus grand nombre de captures fut le no-kill, situé dans le bourg de Wissembourg. Certains jours la pêche fut même vraiment facile tant le densité de truites est grande.
Les plus gros poissons capturés devaient dépasser de peu la trentaine de centimètres mais la grande majorité des prises se situent autour des vingt centimètres. Mais par deux fois j'ai aperçu des poissons nettement plus gros que je n'ai même pas pu tenter.
En revanche, je n'ai pas trouvé les ombres à l'aval d'Altenstadt. Il faut dire que je n'ai persévéré beaucoup dans cette quête. |
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| Bruche - Bas Rhin (67) |
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31/07/2008
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Un broc' de 50 cm environ, bien balafré, pris fin juin avant de partir en vacances.
Avez- vous une idée?...Cormoran...mais un peu étonnant, non. |
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| Rhin - Bas Rhin (67) |
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30/06/2008
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La capture d'une nouvelle espèce de poisson est toujours un grand plaisir, mais quand il s'agit d'une espèce dont on rêve depuis longtemps, c'est une joie profonde qui s'empare de moi.
Hier, j'ai pêché pour la première fois le Rhin à la recherche d'Aspe. J'ai commencé par un bras mort. A peine commené-je à scruter l'extrémité du bras mort que, devant moi, tout près du bord.... Je n'en avais jamais vu mais je l'ai immédiatement reconnu, une caudale impressionnante, un poisson vif, profilé pour la nage. Je m'aperçus qu'en fait il y avait une bonne dizaine d'aspes de cinquante à soixante-dix centimètres vadrouillant en surface dans cette zone. Hélas la berge est très encombrée et je n'ai d'autres choix que de monter (fébrilement) ma canne à lancer. Et là, chou blanc, leurre de surface, poisson nageur, rien n'y fait. Les aspes ne sont pas vraiment en phase d'ctivité alimentaire. De temps à autres, ils viennent taper les tout petits alevins en bordure, mais mes leurres les font fuir. Je monte un humback minnow, tout petit poisson nageur, pensant avoir trouvé une arme efficace, j'attrape seulement une belle perche. J'ai un suivi sur un tout petit stick bait. Et c'est tout. Finalement je monte ma canne à mouche, seul lancer possible, le roulé (que j'execute fort mal), et là bingo, le petit streamer brillant les intéresse, suivi. Bon sang ils est énorme, touche monumentale et décroché. Vu la puissance je n'ai pas osé ferré. Je suis en transe, mes mains tremblent, mes jambes tremblent. Respirer, respirer, se calmer. Nouveau poste, nouveau poisson, attaque immédiate, ferrage, bagarre, rush, coups de tête, je le maîtrise, nettement plus petit que le premier, il fait une cinquantaine de cm. Quel maginifique poisson, je dirai une sorte de chevesne hybridé avec du tarpon (pour la formedu corps plate) et du snook (pour la caudale et la tête un peu pointue). Banzaï! Je continue ma partie, j'en fais deux autres de taille équivalente et j'en manque deux autres nettement plus gros par manque de sang froid. J'ai mis un nouveau streamer, plus petit moins brillant et il semble fonctionner encore mieux. Sur un autre poste à une trentaine de mètres du bord, il y a un paquet d'algues et trois ou quatre aspes patrouillent autour de ces algues. De temps à autre, ils viennent taper dans les alevins. Trop loin et trop encombré pour ma canne à mouche, j'essaie au leurre de surface, au troisième passage, j'ai une attaque, violente, mais le poisson a manqué le leurre, seconde attaque le poisson envoie voler le petit stick bait, et le réattaque une troisième fois. Il est pendu! Sur une canne à leurre le combat est beaucoup plus bref, c'est poisson magnifique je le mesure avec l'écartement des doigts, aumoins 65 probablement soixante dix, j'ai oublié mon apn en limousin, je prends un cliché médiocre avec mon téléphone portable. Et retour du fish à l'eau.Banzaï et re-banzaï. Il est plus de treize heures, il n'y a plus de poissons en activité.
Je change de coin, dans un courant vif je prends deux autres aspes d'environ quarante cinq, encore à la mouche, les chataignes à la touche sont formidables. J'ai encore percé la roue arrière de mon vélo, je dois rentrer à pied mais je m'en contrefous, je suis heureux, heureux.
Je retiendrai de cette partie de pêche l'étonnante méfiance de ces poissons. Et l'efficacité dans ces conditions particulières de poissons peu actifs dans une partie calme du streamer. Il me semble aussi que la désaffection pour les leurres étaient dues pour partie au moins à la tresse sur mon muilinet, peu discrète et probablement bruillante. Je retiendrai aussi combien la bagarre est nettement plus agréable avec un fouet qu'avec une canne spinning. Les poissons de cinquante à la mouche m'ayant procuré plus de plaisir que celui de soixante-dix au leurre. |
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| Aspe à la mouche ou au streamer ! |
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| Rhin - Bas Rhin (67) |
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09/05/2008
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Strasbourg, jardin des deux rives. C'est le coup du soir. Le fort vent d' Est, qui a soufflé toute la journée, est tombé et une légère brise, aussi chaude que l'a été cette après midi, lisse le fleuve.
Je lance l' imitation d' éphémère, et déroule la soie loin en aval. C'est le deux ou troisième passage sans que rien ne se passe. Alors je rembobine la soie sur le moulinet automatique. Je relâche une nouvelle fois la gâchette et voilà qu'une grosse attaque se produit. Le poisson est ferré. Il est gros mais la bagarre est peu truculente.
C'est marrant sur le film, on voit un de ces congénères qui l'accompagne sur la dale vers la berge. Peut-être veut-il savoir ce que le premier est en train de manger, ou peut-être vient-il constater sa déroute?
Le poisson a l'hameçon bien profondément planté, avec le dégorgeoir et surtout sans ardillon, je parviens à le libérer sans trop de mal et c'est le départ de la star sous un gros flash disgracieux.
J'ai la nette impression que cet aspe a confondu ma mouche avec un streamer. non?
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| Bruche - Bas Rhin (67) |
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09/03/2008
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L'ouverture est au pêcheur à la mouche, ce que la pluie est à l'escargot: une résurection.
Alors comme chaque année à ce même mois de Mars, me voilà réssuscité. Je revie.
J'attendais l'ouverture avec impatience, je ne parlais plus que de ça, j'en rêvais même.
Maintenant,je suis soulagé d'avoir repris le contact. J'ai passé mon weekend au bord de l'eau, et je me sent bien.
Techniquement, étant donné que nous ne marchons pas dans l'eau, jusqu'en Mai, j'ai décidé de pêcher en descendant. Pour commencer tranquilement, j'ai promené un streamer, sous la canne, puis une nymphe, et pour finir, une sèche, dans l'aprés midi.
Malgré la neige qui est tombée cette semaine en Alsace, et des températures négatives, l'eau était belle, mais fraiche. Les poissons étaient plus actif samedi que dimanche, sans que je puisse en donner de raisons.
Ce qui me motive le plus, en tout début de saison, ce sont les mémères, que l'on peut espérer apercevoir. En pêchant sous la canne, ne manière à suivre la mouche visuellement, avec un peu de chance on peut observer le flash d'un poisson qui ce retourne pour attaquer la mouche. L'eau forte entrainne rapidement l'artificielle, ce qui a pour effet de provoquer plus de loupés que de prises. Le résultat par contre est garantie: les poils ce dressent sur les bras, le coeur bat comme un tambour. Aprés les trois premières semaines, avec de la chance, on aura croisé 2, 3 ou 4 de ces poissons. Ces même mémères, nous ne les reverrons seulement lors des coups du soir, pendant la belle saison.
Donc, je suis retourné à la quête de ces flashs. Je suis retourné aux mêmes postes que l'an passé à la même époque.
L'ouverture, c'est le rêve. Le rêve de poissons, toujours plus beaux, d'une saison magique. Alors, est-ce que j'ai vu des flashs argentés, de poissons agressifs se ruant sur ma mouche ?... Est-ce que j'ai réussi à en attraper ?...
Franchement, ça n'a pas d'importance, parce que le principal est de savoir que c'est possible.
Je suis sûr que chaque poste marqué, abrite un poisson hors norme. J'en suis sûr, puisque j'en ai rêvé...
Je vous souhaite une bonne saison à tous.
Serge |
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| Bruche - Bas Rhin (67) |
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27/10/2007
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Cà y est; la semaine dernière j'ai réussi à piquer mon premier broc' digne de ce nom; après une multitude de décrochés et quelques sifflets.(voir streamer au forum montage-mouches)...
C'est vrai qu'il y a de quoi devenir accro de cette bestiole et que c'est une pêche à part entière.
Fin de semaine, fin d'après midi, fin du boulot, on souffle; je mets le matos dans la voiture et me voilà parti pas bien loin... la lumière va bientôt déjà commencer à baisser. Rapidement en action car il n'y a pas trop de temps à perdre, je prospecte rapidement mais sûrement les postes que je commence à connaître sur le seul parcours que je pratique.
Et force est de constater que mes copains sont absents ce soir: en général, j'en vois un ou deux petits qui suivent , ou attaquent en se retournant dans un remous qui fait monter l'adrénaline; parfois même un décroché, qui même s'il prouve qu'ils sont là,ce qui est déjà un plaisir en soi, fait sérieusement douter sur ses propres capacités à en leurrer un.
Néamoins chacun de nous connait cet archarnement qui peut se transformer en réussite, avec un peu de chance: la lumière a baissé. La fin du parcours est bientôt proche mais il reste encore deux ou trois postes à prospecter ; après çà sera la fin et le retour quoiqu'il arrive...Et puis lancer, streamer qui reviens lêcher la rive en fin d'arc de cercle, pas bien loin à 3m environ, assez profondément mais l'eau est claire et je le distingue assez nettement qui ondule doucement.
Et c'est là qu'une espèce d'éclair, sortie de nulle part de sous les herbes du bord fait fuir des gardons gros comme la main que je n'avais jamais réussi à voir; çà saute de partout, c'est la panique à bord puis le calme aussi rapidement que c'était arrivé.Je relance pareil dans la foulée, confiant; rebelotte, les gardons ne sont plus là, mais j'aperçois le maître des lieux qui est nettement plus gros que ceux dont j'ai l'habitude, il a même tapé un peu dans le leurre mais il n'est pas piqué...et bien sûr c'est maintenant que le doute s'installe, quand relancer? attendre un peu? combien? va t il attaquer une troisième fois? car il a quand même "taté du leurre". On temporise, on attends un peu, mais pas trop, on doute aussi et à un moment on relance avec application.
Et c'est le bon! çà part dans tout les sens, il me prend quelques mètres de soie et monte un peu plus haut: c'est plus costaud que d'habitude... garder le contact, se déplacer, empêcher qu'il s'enroule complètement dans les herbes....
Finalement, il est à mes pieds, toujours dans l'eau,il n'y a que la tresse métallique qui dépasse de la gueule et je réfléchis comment le décrocher tout en sortant la pince à clips, car il a sacrément avalé: je ne vois pas du tout le stream'; il bouge encore un bon coup, je l'attrape pour le mesurer rapidement à la poignée de la canne posée à côté.... et le leurre c'est dégagé tout seul, je n'ai plus qu'à le redéposer dans son élément; Bye, il mesurait environ 60cm, mon record, j'en suis encore abasourdi. Il va bientôt faire sombre, c'est le retour !
Ci joint, son pote de la semaine d'avant qui mesurait 45cm; j'étais déjà très content.
ET surtout merci à tous, les conseils m'ont été bénéfiques. J'ai bien progressé cette année, mais zut je suis accro'... et j'ai de très nombreux décrochés... |
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| De l'eau enfin...pis belle en plus |
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| Fecht - Haut Rhin (68) |
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17/08/2006
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Ca y est enfin un super niveau sur la Fecht hier soir !
Après la pluviométrie élevée de ces derniers jours, le cours d'eau a retrouvé sa clarté et un niveau parfait pour pratiquer notre loisir !
Une occasion rêvée donc d'aller y faire un tour et :
- Pêcher en NAV comme les "vrais",
- Tester mes toutes premières Pheasant Tail qui ressemblent à quelque-chose sur hameçon 14 et 16, montées par moi-même avec mes grosses papattes (si, si c'est vrai),
- Réussir avec tout ça à piquer 4 poissons, plus 1 joli perdu (c'est toujours les plus gros que l'on perd, avez-vous remarqué ?).
Bon ok, pas des monstres, mais mes PREMIERES TRUITES EN NAV.
BR a raison, c'est une drogue dure.
Voili voilou, je voulais juste partager avec vous ces moments d'extase fébrile !
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| Folie féérique et coup du soir |
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| Rhin - Haut Rhin (68) |
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17/08/2006
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Elles m'appellent. Il est l'heure.
En général, elles sont plutôt ponctuelles.
Quelquefois, un peu en avance.
Aujourd'hui, il est 15h30 et leur appel résonne dans ma tête, vite rendue trop lourde d'injonctions et d'images qu'elles me font parvenir.
La télépathie ?
Assurément, j'y crois.
Tous les jours elles en usent et en abusent jusqu'à m'en faire craquer. Dès lors, impossible de me concentrer sur mes dossiers. Perdu à trvaers le flot d'images et le mantra incessement psalmodié : "viens, viens nous voir, ... viens, viens nous voir,..." je ne perçois plus le monde extérieur qu'à travers un filtre.
Le philtre, lui, a opéré sa magie.
J'ai beau faire, me lever, quitter pour quelques instants mon bureau, me concentrer sur le roulage d'un mégot que j'espère salvateur, rien n'y fait.
J'avais pourtant prévu, pour ce soir, une belle soirée pour me détendre : bougies, encens et lectures diverses avaient été préparées dès ce matin, pour me faire profiter, après une journée de labeur, d'une belle soirée de douceur...
Mais il est trop tard.
J'ai entendu leur appel.
Et elles le savent.
Pardon, déconnecté de la réalité, je ne vous les avais pas encore présentées : "elles", ce sont les Morganes, déesses des eaux.
Nous nous sommes rencontrés il y a 25 ans de cela, à une époque où, plongé dans l'obscurité, elles me promettaient déjà de belles virées aux frontières de leur peuple : que de beaux sentiers elles me faisaient voir alors, longeant un ruisseau de ci, un plan d'eau, une plage, de là !
Sorti de mon refuge maternel, nous nous sommes quelque peu perdus de vue. Compréhensives, elles m'ont laissé à mon apprentissage.
Je les soupçonne aujourd'hui d'avoir manigancé, dès ces temps reculés, de mettre celui-ci à leur service.
Dès lors que j'ai su marcher et subvenir moi-même à des besoins primaires, qui deviendraient par la suite des sources de plaisir, elles ont entrepris de croiser mon chemin, de me rappeler.
Le prétexte qu'elles ont trouvé alors était muni d'une ligne fine, d'un petit toulousain, et me permettait de sortir de leur élément de menus fretins, brillants de mille feux sous le soleil de mon enfance...
Depuis, elles ne m'ont plus laissé en paix...
Aujourd'hui donc, elles ont fini par réussir à me plonger dans une sorte de transe. Voilà un moment déjà que mes dossiers se sont refermés, cédant la place à de multiples cartes géographiques ponctuées de lignes bleues.
Et là je sais.
je sais où aller.
Ou plutôt je sais où elles veulent me faire venir.
Ce petit courant phréatique, où s'épanouissent des callitriches, est un havre de paix pour quelques dizaines de jolis Ombres.
C'est là qu'elles m'attendent.
Fébrilement, je range mon cartable, me précipite en ma demeure, mes mains tremblent lorsqu'elles saisissent le liège de mon prétexte tout neuf, laissant une auréole humide de sueur sur sa fibre.
Quelques instants à bord du véhicule qui me conduit et voilà le vert tendre, l'herbe grasse, qui cache le petit courant repéré plus tôt.
Aujourd'hui, les Morganes ne doivent pas être de bonne humeur...
Sinon, pourquoi me priver d'une douce soirée, me faire déplacer pour... pour ca ?!
Je feins de mal comprendre, mais déjà leur voix cristalline résonne dans ma tête :"regarde, regarde ce que devient notre "patrimoine féerique" !"
Le radier est bien là, devant moi, l'eau qui s'y écoule, dans un murmure, reprend les plaintes des déesses...
En rive droite, un gestionnaire des hydrosystèmes, qui aura fait des études et recherches avancées pour saisir le monde aquatique, a jugé opportun de créer une digue, rectiligne, pentue, et dépourvue de végétation. Pire encore plus à l'aval, des clotûres empêchent de se rapprocher de ce qui était un petit paradis de l'Ombre à l'ombre des grands Saules, et sera bientôt voué à la production électrique.
Pour se racheter (ou pour soulager sa conscience ?), la fée électricité projette la création, outre d'une micro-centrale, de passes à poissons. Sans doute celles situées en rive droite du beau fleuve sont-elles insuffisantes pour laisser passer tous ces poissons, en fuite devant tant de réflexion et de projets...
Mon prétexte à la main, je ne peux que constater les conséquences de cette lumineuse idée. La soie n'en passera pas les anneaux ce soir.
Un mélange triste de honte et de culpabilité m'envahit devant les lamentations de mes hôtesses. Comment dès lors pourrais-je prétendre à prélever, ne serait-ce que pour un instant, un peu de la vie de ces poissons qui, de toute manière, ont préféré fuir cet odieux crime ?
Penaud, je m'asseois dans l'herbe.
Quand le soleil aura couché ses derniers rayons sur le fleuve, je me lèverai, doucement, et regagnerai ma tanière citadine, en silence, presque honteux de troubler l'ordre que la Nature, en bonne mère, aura établi.
Ma méditation se poursuivra certainement un moment encore...
Et puis ce soir, enfoncé dans mon oreiller, la délivrance arrivera...
Comme pour me consoler de cette soirée de repentir, ou bien pour m'en remercier, qui sait ? Les Morganes referont leur apparition.
Elles me conduiront cette fois vers de doux songes, vagabondant de pools majestueux en courants fougueux, observant et désirant m'immiscer, pour une seconde, c'est promis !, dans cette vie qui s'écoule, invariablement, là, entre deux massifs de renoncules...
Demain, vers 16 heures, ces douces fées, que je maudis quelques fois, reviendront m'appeler...
Peut-être me laisseront-elles alors, au comble de la folie, caresser la robe cuivrée ponctuée de rouge de celle qui vit là, bercée par les turbulences du fleuve...
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| Bruche - Bas Rhin (67) |
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01/06/2006
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Tous commença le dimanche 29 mai :
je trépignais d’impatience d’essayer ma nouvelle canne à mouche, que je venait de recevoir à l’occasion de mon anniversaire : une « fly 700 titanium ».
Malgré l’appel du bureau (eh oui je prépare mon bac de francais), je contactai mon amis moucheur (AeC63cm), avec qui nous avons l’habitude de concocter des plans de pêche « foireux » comme nous les qualifions pendant nos instants de plaisanteries.
Apres de longues négociations avec nos parents respectifs, je consultais les horaires SNCF et préparais frénétiquement mes affaires pour le lendemain, en finissant par boucler deux énormes sacs (c’est que les waders prennent de la place !!).
Je réglais ma sonnerie pour 4h30, et essayais de m’endormir : je me tournais et me retournais harcelé par les eaux.
Je finit par me réveiller en sursaut après avoir décroché un saumon, pour me rendre compte qu’il était déjà 5h08.
Je dégringolais les escaliers furieux, en attrapant deux bananes pour assurer ma survie, et commençais chargé comme un mulet à me traîner jusqu’à la gare.
Une fois dans le train, j’ai passé tous le trajet jusqu’à la prochaine correspondance à chercher le contrôleur pour acheter mon billet (je n’avait pas eu le temps de le faire en arrivant).
Dès le wagon stoppé, il me restait exactement 3 minutes « top chrono » pour rejoindre AeC dans le prochain train.
J’ai donc piqué un sprint dès l’ouverture des portes, manquant de rester accroché avec mon chargement…Ce jours là, on du voir à la gare de Molsheim, un individu chargé de deux sacs de rando et d’un fourreau suspect, courir comme si sa vie en dépendait…. (il faut dire que depuis se jours traumatisant ou j’ai dû sauter d’un train qui redémarrait, ça ne rigole plus).
Ce n’est qu’une fois arrivé que j’exposais à AeC le problème de la nourriture qui viendrait inévitablement à manquer : Heureusement ma tante ne résidant pas très loin, je trouvais à me ravitailler.
L’espoir revînt, et nous partîmes enfin vers la rivière pour ne commencer à pêcher qu’à 7h10… C’est là qu’on se dit: "vivement le permis !!"
La Bruche ressemblait hélas plus à un torrent de boue qu’à ce que j’espérais dans mes rêves : je pestais contre cet hiver qui visiblement en Alsace tarde à s'en aller.
Je pêchais quelques minutes en nymphe au fil puis aperçus dans un plat formé par un petit barrage, juste sous la frondaison, deux poissons qui gobaient. Je descendis le mur rocheux sans les quitter du regard manquant de me précipiter à la baille .
Les mains tremblantes je fixais une petite araignée ressemblant approximativement à ce qui volait et immédiatement après avoir déployé mon bas de ligne, je ferrais une petite fario qui repartit vivement, puis une arc en ciel 2m plus loin un peu plus conséquente… C’est à ce moment là que je vit ma boite à mouche glisser de ma poche et se diriger tous droit dans les rapides.
J’étais sur une petite élévation en béton recouverte d’eau, tenant ma canne d’une main et de l’autre tentant de rattraper ma boite. Finalement j’eu beaucoup de chance ; car après une course poursuite effrénée, AeC finit par me la ramasser près du bord, pendant que je finissais de sortir ma truite.
Celle ci n’était pas bien grande, mais j’étais content qu’elle est survécue depuis l’ouverture. Je la relâchais donc dans l’espoir qu’elle grandisse un peu.
L’averse faisait rage après une matinée sous un ciel menaçant.
Je me risquais seul cette fois (AeC dû rejoindre son cours d’svt) dans des coins que je ne connaissais pas.
Apres une lente progression dans une jungle d’orties et de ronces, je tentais de me mettre à l’eau : la berge descendait à pic dans l’eau troublée : j’y risquais malgré tous mes waders, là ou un trou dans la barrière végétale me le permettait.
Je descendis prudemment sans sentir le fond. Je finis quand même par tenir sur la pointe des pieds pour ne pas détremper mon sac. J’avançais lentement plaqué contre la berge pour échapper au courant. Chaque racine, chaque branche m’était d’une aide précieuse. Tantôt nageant, tantôt marchant, je décrétais que le niveau d’eau semblait toujours être le même, sinon pire. Je cherchais donc une issue dans la barrière de balsamine me faisant face, pour quitter cet endroit maudit.
Apres ce qui pourrait s’apparenter à de l’escalade, (qui a dit que la pêche n’était pas un sport ?) je revînt en territoire connus…mais le moral au plus bas !
C’est alors qu’en traversant le pont de Dinsheim, j’aperçus quelques gobages inespérés.
Je me jetais à l’eau un peu plus en amont pour les rejoindre discrètement : je fixai une mouche sèche en poil de lièvre qui n’eu pas de succès, sauf un petit ombre décroché après une jolie chandelle.
Ne voyant pas dequel insecte était constitué le repas de ces messieurs, je proposais au hasard une fourmis noir. Peu de temps après, je distinguais la prise de ma mouche dans l’onde brouillée par la pluie…
…Quel bonheur de sentir ces perles d’eau fraîche ruisseler sur mon visage.
Régulièrement, le soleil venait percer l’épaisse couche de nuage de ses rayons, illuminant la scène : le premier ombre vînt à l’épuisette.
Finalement six ombres firent honneur à ma mouche.
Après cette journée passée entre ciel et eau ,je rentrais trempé, épuisé, mais heureux…
Palmer
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| Fecht - Bas Rhin (67) |
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26/05/2006
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RENDEZ-VOUS …
Gracias Auelo. Merci Grand Père, de m’avoir transmis la passion de la pêche. Se sont les premiers mots qui me sont venus à l’esprit.
L’endroit est magnifique. Ce que je viens de vivre est magnifique. Je suis assis par terre, sur les galets découvert du bord de la rivière. Mon cœur tambourine dans ma poitrine, et je prend le temps de regarder un instant ce poisson magnifique.
Voilà, il est repartit dans son élément. Je sais maintenant que la prochaine fois, que nous nous rencontrerons, tout sera différent. Je sais ou le trouver, il sait qui je suis.
Je ne tiens pas compte du temps, de la lune, de l’heure, quand je décide d’aller à la pêche. J’aime passer du temps au bord de l’eau, et observer. J’ai le sentiment que celui qui prend le plus de poisson, fait parti de ceux qui passent le plus de temps dans l’eau. J’aimerai que mes waders n’ait pas le temps de sécher. J’ai noté dans mon carnet la date de cette journée, un vendredi 4, la lune était croissante, 5 jours après la lune noire, c’était une belle journée ensoleillée. Comme à mon habitude, je suis au bord de l’eau en plein milieu de la journée.
Ce qui me plait quand j’arrive à l’emplacement ou je me gare, quand je viens ici, c’est que ça se trouve en plein centre d’un petit village vosgien.
L’ambiance y est constante et calme, sans pour autant y être non plus chaleureuse. Je sais qu’à force de m’y rendre, et de proposer la même image, et le même comportement, les gens que je croise me connaissent , et m’ont accepter.
J’apprécie vraiment ces moments. Pour moi le bonheur de ma journée commence maintenant, par le bonjour au petit vieux qui sort de chez lui quand j’arrive, et quand je croise son chat quelques minutes après.
Je sais, car j’ai déjà discuter avec lui, qu’il ne pêche pas. Pourtant je le croise chaque fois, et je suis sûr que le sourire amical que nous partageons est sincère.
Il me semble que j’attends, alors que je prépare mes affaires, qu’il sorte. C’est un peu comme un rituel. Les rapports avec son chat sont les mêmes . En général je suis déjà prêt, la canne à la main, et me rend à la rivière.
Je le croise toujours au même endroit, alors que je passe dans son jardin. C’est un gros matou qui se comporte comme si j’étais un proche. Il ne va tout de même pas jusqu’à se laisser caresser, mais le principal se trouve dans les codes que l’on interprète, sans avoir à les prononcer.
Maintenant, j’ai les pieds dans l’eau. Même si j’ai du mal à prendre le temps nécessaire pour laisser derrière moi les contraintes citadines, je tâche de ne pas débuter ces moments sans respecter un moment de calme.
Je commencerai là, sous le pont du chemin de fer. Ce n’est pas un pont immense. Si je lève ma 9 pieds, le scion touchera le métal de la charpente. La Fecht elle-même n’est pas une grande rivière. Elle est ici, en moyenne, de 5 ou 6 mètres de large.
Sur le parcours de 500 mètres, que je me propose de suivre, il n’y a que 3 ou 4 trous, de 1 mètre de profondeur. C’est une petite rivière très intime, en pleine forêt, dont certains arbres couvrent littéralement le cours d’eau, formant une voûte ombragée, sous laquelle il est très intéressant de progresser, pour proposer une mouche sèche suivant des coulées n’excédants pas 1 mètre.
C’est un bonheur, de savoir, que des endroits pareil existent.
Sous ce pont j’ai déjà rencontré une belle truite, juste sous ce gros bloc de pierre. Aujourd’hui puisque je débute ici je ne m’y attarde pas et me déplace assez rapidement vers l’amont.
Devant moi se trouve l’endroit le plus large de la rivière. Sur 50 mètres de long la largeur sera d’une dizaine de mètres. Il y a peu d’eau. C’est une série de petites accélérations. De petits blocs de pierres, les uns après les autres, offrants de tout petits plats de 1à 3 mètres. Evidemment il s’agit là, de pêcher sous la canne, et de faire de toutes petites dérives.
D’une manière générale, j’utilise de petites mouches, que je ne vois plus une fois posée sur l’eau. Je ne lance pas bien loin et me débrouille pour voir ce que je compte provoquer, un gobage. Si l’eau est agité, je monte une deuxième mouche, en potence, cdc blanc.
Pour le moment je n’ai pas ce genre de problème puisque je peux observer une activité évidente.
Je rentre rapidement dans le jeux pour un résultat immédiat. J’attrape sur les 50 mètres quelques petites truites, sur des gobages bien réguliers. Je pense connaître le parcours, et ce suffisamment pour sentir quelque chose que je ne sens pas d’habitude.
Je commence à me dire qu’il me faut être attentif, puisque la nature me propose de l’être. Je viens donc de finir la petite montée. J’arrive maintenant au premier trou. C’est un site bien marqué et vraiment très intéressant.
Après un arbre couché dans l’eau qui marque une transition nette avec la partie que je viens de franchir, tout change. J’étais en plein soleil, sur une partie dégagée, maintenant c’est l’inverse. La rivière est couverte d’arbres, et je suis face à un plat, complètement lisse. Il est hors de question de m’en approcher sans précaution. Je dois me placer correctement afin de faire mes premiers faux lancée. En remontant, j’arrive par la gauche. Les truites se trouvent, le plus souvent, sur l’autre rive, en tête de pool. C’est aussi là que le fond est le plus important, 1 mètre, sur 6 m². Je dois poser ma mouche suivant cette dérive, en sautant la veine principale.
Je me trouve à une dizaine de mètres. La pointe de mon bas de ligne est en 10/100°. Je propose une petite éphémère marron clair, sur hameçon de 22. 2 ou 3 passages suffisent à faire réagir la mémère en poste. Je me redresse rapidement, élève ma canne le plus haut possible sur ma tête, et commence à travailler, en tenant la soie de ma main gauche.
Trop tard, la tension est trop grande, et trop rapide. Je n’arrive pas à donner du mou. Mon 10/100° claque sèchement, après quelques secondes de tension. Poisson perdu. Je rage de mon manque d’efficacité. Je sais que je suis dans l’attente de moments comme celui que je viens de manquer. Quel dommage.
Je mets un petit moment à me ressaisir, et accepter de ne pas avoir été à la hauteur. J’analyse un peu la situation et ressent le frottement de la soie entre mon index et mon pouce. Sous la tension imposée par le poisson je la sens qui craque sous mes doigts, je la sens qui saute. Ces à-coups ont provoqués la casse. La soie aurait dû glisser gentiment.
Evidement, contrôler dans si peu d’espace , et si peu de temps un poisson qui devait dépasser les 40 centimètres… Le prochain coup rembobine la ligne rapidement, et ne fait pas le margoulin en voulant jouer les funambules. Je réalise aussi que des choses se trament et qu’il me faut être plus attentif. Cette journée ne ressemble pas à celles que je vis ici la plupart du temps.
Je me dis que si la mémère était de sortie, sa sœur peut l’être également. Je change la pointe de mon bas de ligne, et en augmente la puissance. Je passe en 12/10°. Ce diamètre m’a permis par la passé de contrôler de beau poissons. J’ai confiance, et garde forcément la même mouche.
La partie de la rivière qui suit est assez particulière, et change encore de physionomie.
Entre le plat que je viens de pêcher et le prochain il y a une centaine de mètres. Entre les deux ça ressemble à un torrent. La rivière est étroite, 5 mètres en moyenne, très rocheuse. Des arbres la couvrent totalement, et même s’il est possible de fouetter, l’action se fait parallèlement à la surface de l’eau. Il n’est plus possible de sortir de la soie, et pêcher sous la canne, les pieds dans l’eau impose une progression discrète.
Dans ces moments je pense aux indiens. Je suis un indien. Un peu branché néoprène et carbone, mais je suis un indien.
Ce n’est pas là, une partie que j’affectionne particulièrement. Peut-être parce que je n’y prend jamais rien. C’est très compliqué. Le fait de ne pas pouvoir réellement lever le scion de la canne pour éviter que la mouche ne drague est assez compliqué.
Les jolis poste ne manquent pas, mais les dérives doivent être réussit du premier coup, sur des distances très courtes. Piquer un poisson et le maîtriser, la canne au raz de l’eau, c’est encore autre chose. J’avoue n’y être jamais parvenu.
Bref, à journée particulière effort particulier. Je me lance, et décide une fois n’est pas coutume de ne pas sauter ces 100 mètres.
Rien ne m’arrive, et je pêche un peu comme un robot, et sans réelle conviction. Ne pas tomber, ne pas faire de bruit, ne pas attraper de branches, ne pas claquer la mouche au posé, …attention à la branche, mince la mouche drague, loupé …
A mi-parcours, toujours sur la rive gauche en montant, je suis maintenant derrière un gros buisson qui me cache quasiment la partie de la rivière qui se trouve à l’amont. Je vois une belle accélération en plein milieu. De chaque coté, deux remous. Celui de droite je ne peux le prospecter d’ou je me trouve, car je n’arriverai pas à éviter le courant central. Celui de gauche est plus beau, je le discerne à peine, au travers du buisson qui m’en sépare. J’ai la place de poser ma mouche convenablement, et de faire une belle dérive, sans pouvoir suivre ma mouche du regard.
Je pose là ou il me semble devoir le faire. Je ne vois pas la dérive, et estime son parcours, avant de redresser ma canne comme je le ferai en fin de dérive. Je garde à l’esprit, tout de même qu’une belle est peut-être après ma mouche. Immédiatement mon cœur me dit que non seulement c’est le cas, mais que c’est du sérieux. Je n’ai que la place de prendre contact, et de tendre ma ligne.
La différence avec les poissons habituels est immédiate. Les premières secondes sont intenses. On ne contrôle rien. L’énergie du poisson est telle qu’on est transportés, on passe en mode instinct.
D’ailleurs je ne prends aucun soin à sortir de ma cachette. Je ne suis plus un indien. Je suis un moucheur heureux à qui la nature propose un deuxième défi. La truite monte comme une fusée se caler sous le bouillon qu’elle connaît si bien, en plein milieu du courant. Elle sait que là avec peu d’effort elle prend une dimension supérieure.
Ce truc qui la dérange et qui lui pique la bouche ne résistera pas à sa puissance décuplée. Moi, tout comme elle, je sais aussi ou me placer pour me sentir fort, et que je dois dégager ma canne. Je me rappelle surtout ce que je dois éviter de faire.
Je suis maintenant sur la berge d’en face, sur une petite plage, que ne surplombe pas d’arbres. Ma canne je la tiens le plus haut possible, et ma soie est déjà entièrement dans ma bobine. Je ne tiens pas ma soie entre mes doigts, comme tout à l’heure, mais la bobine de mon moulinet. Quand elle me prendra de la soie, je dois éviter que mon moulinet ne s’emballe. La belle ne bouge pas d’un poil. J’adore ce moment, la capacité des gros poissons à tenir le fond, et de proposer ce premier défi. La sensation de tenir une branche, et le doute qui suit. Accroché, piqué ?… Tirer, donner du mou ?… Ces secondes sont magiques, car se sont celles que l’on attend.
Si je reste là , à attendre, elle aussi ne bougera pas. De plus je sais que sur un fil fin, la bagarre dure plus longtemps.
Par conséquent la truite risque de s’épuiser énormément. Donc, même si le reste ne va pas me plaire forcement, il me faut lui expliquer que le truc qui pique, piquera malgré la force du remous qu’elle utilise. Je tends la ligne autant que je le sens. Elle réagit mais ne bouge pas.
Le temps de réaliser que je suis en train de courir sur l’eau à sa poursuite, ma soie est entièrement sortie. Mon moulinet chante, et la truite vient de se rappeler la règle numéro deux. Elle dévale la rivière sans marquer d’arrêt en montrant une puissance réellement stupéfiante pour un si petit animal.
Je ne veux pas penser à ce moment. Penser, que quelques minutes plus tôt j’avais du mal à simplement marcher au même endroit. N’y pense pas, n’y pense pas, tu vas te vautrer.
Je l’a suis, je l’a suis totalement. Je suis elle et vois ce qu’elle voie. J’anticipe ses réactions. Je vois à peu près ce qu’elle peut faire. Elle ne se prive pas et utilise tout les artifices qui lui sont proposés. Elle connaît tout les recoins de la rivière. Je ne me casse pas la figure et arrive à suivre la cadence. Ce coup-ci , je suis bien présent, aussi alerte qu’elle . Je veux la connaître.
50 mètres plus bas, et quelques minutes plus tard je suis de nouveau à l’endroit même ou j’ai loupé sa sœur. Il y a là une grosse souche, et je sais pertinemment qu’elle va s’y loger. Si je la sort de cet ultime piège je vois que je peux conclure le combat.
Elle n’aura pas la force de remonter, et en aval il y a le grand calme. Elle ne loupe pas la souche et s’y entortille. Maintenant la partie technique doit laisser un peu de place à quelques chose que je ne peux résoudre. Je suis sûr elle, je peux la toucher. Elle est dans la souche, sous ma canne. Si elle sort d’elle même je l’attrape, si sa casse je hurle.
J’ai dû être un gentil garçon, et suis digne d’elle, car elle se dégage et de ses dernières forces glisses en aval au milieu du calme. Je dresse ma canne au maximum de manière à tenir son museau hors de l’eau, j’attrape mon épuisette, me place sous elle. C’est fini.
Je sort de l’eau, pour la décrocher, et la prendre en photo.
Dans le filet je cherche désespérément ma mouche. Je ne l’a trouverai qu’après avoir rendu sa liberté à la belle. L’hameçon est cassé, juste derrière le montage.
Aujourd’hui j’ai rendez-vous avec la belle, mais je ne le sais pas encore. J’ai rendez-vous avec une fario magnifique, une reine des eaux, près de laquelle maintes fois je suis passé sans jamais avoir été suffisamment éveillé pour la voir.
Je ne sais pas grand chose d’elle sinon qu’elle fait un empan de plus que ma poignée de liège.
Je sais aussi où la trouver, et que demain nous avons rendez-vous…
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