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Morsure

Le 25/03/2013 Dordogne - Corrèze (19) .|. Météo météao Corrèze (19)
Morsure
Il y a ces lignes, ces chapelets de bulles, ces courants, ces remous. Perpétuellement changeant et immuables. Le regard s'y accroche, suit la branche, la feuille sèche emportée par la brise au fil du flux. La pensée diminue, l'attention n'est plus la même.
Le cérémonial du rite aussi est immuable, ce fil, cette mouche, cette ligne cette canne , la main. Aujourd'hui, l' eau est si puissante , les branches battent l'eau en face et s'entendent de ma place, son répétitif, hypnotique...

J'entends le premier merle et les décharges des pics sur les troncs. Les collines virent, des violines, des blancs s'aperçoivent , la lumière n'est plus celle de l'hiver.

Puis je suis sorti de ma douce torpeur en les voyant ces brunes de mars accompagnées par leurs cousines grises; je les ai suivies du regard, surtout lorsqu'elles abordaient ces ressauts immergés où elles ralentissaient leur fuite, s'écartaient et s'en retournaient presque.
Ensuite il y eut d'autres remous encore plus désirables, ceux qui sont mobiles, où l'on voit un peu de noir apparaître.
Il y eut un chapelet d'insectes et la truite les engloutit tous sans exception, sans redescendre sur ses galets, en silence, juste cela dans le cours immuable de l'eau.
L'eau est entrée aussi par le haut de la combinaison quand j'ai décidé de tenter , elle est parvenue tout en bas aux orteils, presque douloureuse. Ma mouche s'est posée avec d'autres en amont, et lorsqu'elle a initié une griffure d'envol, le poisson l'a interceptée. je n'ai rien fait, j'ai même tendu le bras, rendu la main puis j'ai redressé le bras, la sensation du vivant de l'autre côté du miroir.

J'ai dû accepter de me faire mordre de nouveau par cette eau glaciale pour regagner la berge, pour regarder la beauté, le vivant, l'essentiel.




auteur : christophe douziech



Jouvenceau

Le 11/03/2013 Dordogne - Corrèze (19) .|. Météo météao Corrèze (19)
Jouvenceau
Je ne sens plus mes pieds, ou plutôt, ils semblent être plongés dans de la glace, tels deux blocs lourds. Les galets restent perceptibles au-travers des chaussures. Je regarde ce beau courant. Des nuées d'un gris bleuté, des troncs lumineux, des branches dépouillées brillantes fournissent un horizon à ce miroir. Soudain des mouches, elles descendent comme dans un rêve, nombreuses, soudaines, agitées, griffant la surface en s'envolant. Des éclaboussures apparaissent mais je ne les tenterai pas, ce sont les partenaires de la fin du printemps... Je cherche les manifestations silencieuses, les remous uniques qui ne se répètent pas, un peu lents. En voici un, puis un autre là-bas...
Les poissons prennent sous la surface, ils ne se montrent pas, dédaignent ces belles
mouches aux ailes marbrées. La sèche est remisée, une larve sombre prend place au bout de la ligne. Je la vois toucher l'eau, un peu mollement. Je lève le bras pour tendre le tout et suivre la dérive. Je dois y être, c'était par là, le poisson doit la voir, c'est certain. Comme au premier jour, c'est l'émotion de la tirée ressentie, lorsque la ligne s'incurve et que la mouche pivote, accélère sa remontée. Un lien puissant se réactive, les doux fantômes reviennent, plus rien n'existe, je me sens disparaître, bouleversé, aspiré par la rivière, sa force, sa beauté, son pouvoir.
L'éclosion dure un peu mais je ne remets pas ma sèche. Un lancer sur ma droite, puis un autre à gauche, deux, trois pas et je recommence. Une autre tirée, franche, la truite s'est prise sans que je ne fasse rien...
Un insecte disparaît en aval, je retire la larve hideuse pour des petites ailes dressées et l'espoir. Elle prend sur une dérive courte. La pêche est simple, le fil épais, les poissons ont faim et ne chipotent pas. C'est encore l'hiver...
Certains pêcheurs étaient souriants, le samedi de l'ouverture, ils auront pris des poissons de rêve, ceux dont tout pêcheur au fouet rêve, des truites sombres qui passent les soixante centimètres... Le rêve continue...
auteur : christophe douziech



Ultime

Le 01/01/2013 Waitinguru - NZ .|. Météo météao Corrèze (19)
Ultime
Elle se promène en son royaume opalin, disparaissant et apparaissant au gré des ombrages, au long des rougeoyantes radicelles des saules, picorant d`invisibles choses, la pointe de sa caudale en clin d'oeil provoquant.

En cette dernière matinée de l'année, des baigneurs profitent de la fraîcheur de la rivière, heureusement plus amont...

La truite descend vers moi, à portée. Une goutte d`eau sur sa route, la nymphe s`enfonce lentement, elle s'écarte lentement, un reflet taquin mais il me semble qu'elle s'arrête. Tendre pour vérifier si sa lourdeur répond...

On a laissé l'épuisette au van mais mon compère a la main sûre.

La rendre à son domaine, le sourire aux lèvres, dernière prise de l'année dans la brise et le chant des merles...
auteur : christophe douziech



Tiédeur

Le 15/11/2012 Dordogne - Corrèze (19) .|. Météo météao Corrèze (19)
Tiédeur
Si ce n'était le murmure de la rivière autour de la taille, nul autre son ne m'atteindrait.

L'immobilité est totale, absolue, accentuée par la tiédeur de midi. Les feuillages flamboient, leurs reflets pressent le regard. Vers l'aval, l'air paraît laiteux.

Une vision fugace, transpercé de lumière, du vin pourpre a crevé la surface, devant moi, silencieusement...

La mouche vient de se poser, comme à regrets, en amont...





auteur : christophe douziech



Pourrissant

Le 27/09/2012 Dordogne - Correze .|. Météo météao Corrèze (19)
Pourrissant
Grisaille et accalmie en ce jour de repos. Le vent a disparu. L'envie de sortir et de visiter les ombres d'une fin de gour, de lancer, de poser aussi.

En gréant ma canne, je vois qu'ils sont dehors, les plus jeunes éclaboussent avec fougue. A l'inverse, d'autres perturbent juste la surface de vagues remous, d'aspirations muettes.
Maintenant, dans l'eau, je distingue les cohortes de mouchettes descendant au fil des courants nourriciers. Je choisis de tenter les poissons proches des herbiers. Ma longue pointe devrait m'y aider tout comme l'absence de brise.

Beaucoup de plaisir, d'action s'ensuivent, des ombres en pleine forme, sauteurs, tenant le fond.
Certains sont juste sentis bras levé, contact fugace.
Des Assées vigoureuses agrémentent la session, je les apprécie désormais tout autant que les ombres ces cyprins d'eau vive et je ne peux que me désoler que certains, croyant être utiles ne les propulsent derrière eux dans les herbes...

Les renoncules ont perdu leur verdeur printanière, place aux feuilles échouées, aux plumes de cane agglutinés dans leur pourriture pâle. Dernière partie de la saison aux changements soudains, aux plaisirs intimes.
auteur : christophe douziech



Vigueur...

Le 18/09/2012 Rio Trombetas - Amazonie, Brésil .|. Météo météao Corrèze (19)
Vigueur...
C'est très loin, beaucoup d'heures passées dans des avions, puis ensuite des heures de pirogues pour accéder à ces rapides , à ces sauts parsemés d'îles boisées. Au fil de la remontée de la rivière, des arbres colossaux émergent de la forêt tels des géants tutélaires.
Je m'émerveille des dauphins roses se montrant non loin des embarcations.
Le cours d'eau est à la taille du pays, large comme le Danube me confie mon ami hongrois. La Dordogne me paraît bien petite...

La pêche s'avère très difficile, les eaux sont anormalement hautes pour la saison et compliquent nos approches, nos prospections. Bon nombre de poissons sont dans l' iguarapé, la forêt inondée, chassant bruyamment , inaccessibles, dans les fouillis de troncs et de branches enchevêtrées.
Parfois, on tombe sur une bande active à portée de tir et les prises s'enchaînent alors dans la une joyeuse frénésie... Cela ne dure guère, tout juste une dizaine de minutes. Tout cesse aussi vite, les gueules avides sont reparties ailleurs accabler d'autres bancs de poissonnets. On quitte les couasnes et on regagne la grande rivière, ses barres rocheuses...
Là même des gangs de tucunarés ou peacock bass rôdent et attaquent le popper ou le streamer avec une brutalité inouïe mais il faut battre du terrain, pêcher, pêcher.
Le poisson ferré, rien n'est pourtant gagné; il faut à tout prix l'empêcher de rentrer dans les massifs de goyaviers où la casse est certaine. D'autres pirates sont à l'affût ou en maraude à l'aval des bouillons, des piranhas destructeurs de mouches, des aïmaras ou bien encore des matrinxas à la recherche des crabes sombres des rochers.
La nuit tombée, au bivouac, nous constatons à la lueur des frontales les ravages des dentitions sur le popper de Gabor ou sur les mouches en fibres de Charly. Nos deux compères pêcheurs aux leurres se sont eux aussi faits "atomiser" et voler de grands poissons nageurs, leur tresse n'a pas tenu...
Le tucunaré est un sacré poisson de sport, un black bass survitaminé, tout aussi lunatique et caractériel...
Je tente de trouver le sommeil, la forêt ne dort pas bien au contraire....



auteur : christophe douziech



Nectar

Le 06/07/2012 Dordogne - Corrèze (19) .|. Météo météao Corrèze (19)
Nectar
Ils sont là entre les serpents des renoncules à jaillir subitement pour engamer, pectorales déployées, d'invisibles larves, ces ombres ardoisés ou brun roussâtre.
Les voiliers les laissent indifférents, seuls ceux tardant à s'extraire de leur habit sombre se font happer dans des remous gras.
Parfois, des fourmis les rendent fébriles et ils gobent alors avec tant de fougue, dorsale ensoleillé, accélérant pour se saisir à un bon mètre d'eux de ces ailes brillantes... Je pose un peu large, levant la canne sur chaque turbulence et parfois...

En ce début d'été, la rivière est en ordre, débordante de vie et je ne m'en lasse pas.
auteur : christophe douziech



Aimant

Le 15/06/2012 Dordogne - Corrèze (19) .|. Météo météao Corrèze (19)
Aimant
Les jours se suivent, les eaux passent, grosses, souvent piquées mais ô combien tentatrices en ce mois de juin humide. Adossé contre des troncs moussus pour éviter les gouttes, je rêve et je surveille ces remous paresseux et ces courants plus au large.

Les branches griffent en cadence monotone les eaux de bordure, il faut trouver une trouée en se tenant de biais pour éviter d'être bousculé et de pouvoir tenter un poser. Plusieurs poissons s'activent au-devant, les plus beaux, les silencieux," les têtes, dos, queue" toujours à des années de lumière... Les passages connus sont impraticables à moins de mouiller fortement.
Reculer à regrets, de l'eau chatouillant le haut de la combinaison ou plus rageant encore quand la mouche s'agrippe dans les frondaisons, les araignées paniquant et se laissant filer sur le cou du pêcheur. La truite est remontée sur cette phrygane blonde, petit pêcheur tu ne m'auras pas!

Aller voir plus haut dans la courbe, essuyer une autre averse, surveiller les nuées, sourire au chant du loriot annonçant l'accalmie et un poisson à couvrir...
Parfois, l'action de pêche ne dure qu'un bref instant, magique, intense, la canne quitte l'appui du chêne et revit sous la soie tendue.



auteur : christophe douziech



Instants volés

Le 04/08/2011 Dordogne - Corrèze (19) .|. Météo météao Corrèze (19)
Instants volés
Du gris, de la pluie... Une pluie fine enfin qui ravit aussi les traqueurs de cèpes...
Les nuées enveloppent les sommets des collines, le pantalon de pêche est trempé avant même de gagner la berge.
La brume nappe la rivière, le courant semble nul, la sensation de pêcher un étang ou bien une rivière lente et chaude de plaine. Le fil plonge soudainement, la nymphe est si peu lestée que ce ne peut être les galets du fond. Une perche en colère, toutes épines dehors, une maraudeuse s'en est avidement emparé.
L'averse s'interrompt, sur l'eau sombre quelques insectes pâles s'agitent. Des remous se forment, je ne résiste pas et fixe une mouche de surface. Tout est ralenti, différé, des groins clairs engloutissent l'artificielle au ralenti et il faut encore attendre un court instant avant de tendre et de ressentir les soubresauts à l'autre bout. Des "ombres du pauvre", des assées noirâtres au ventre nacré se prêtent à mon plaisir.
Des voix à l'amont du plat, du bruit. Je quitte l'eau et me planque sous les frondaisons. Des dizaines d'embarcations de couleurs vives en plusieurs vagues passent ignorant ma présence. Les coups de pagaie s'estompent, le rouge, le jaune et le bleu cèdent devant les verts, les gris.
Plus bas, avant la glissette, entre les chevelures, un gobage, vif, fidèle en sa place attire mes pas. Ma dérive devait convenir, c'est plus puissant, la joie de voir un saut tendu frangé de pourpre, parfait pour clore la session. Les canoës arrivent, les coups sourds au long des coques, la quiétude envolée...


auteur : christophe douziech



Doux acide

Le 18/06/2011 Dordogne - Corrèze (19) .|. Météo météao Corrèze (19)
Doux acide
La semaine est finie.

Les multiples lacets de la route descendant vers la vallée défilent, les cieux sont bien gris, les guitares acidulées des Raveonettes emplissent l'habitacle.

Je n'ai pas mis un pied dans la rivière que le vent de la pluie brouille le miroir. A pas lents, c'est la remontée en tâchant d'amoindrir mes vaguelettes.
Ma ceinture baigne désormais, le cri rouillé de la poule d'eau cachée dans les vergnes me rappelle que je suis repéré malgré mes précautions...

L'averse se calme. Je reprends ma station verticale au sein des tresses aquatiques qui mollement ondulent.
Deux bulles, un beau remous visqueux à quelques mètres en amont sur ma gauche. Récidive un peu plus à gauche. L'ondée m'évite le suçotement de l'émergente que je parviens à déposer prestement.

Un autre beau remous, je tends et c'est une fuite lourde vers la rive profonde où gîte ma copine la poule d'eau. Puis plusieurs sauts viennent déchirer l'onde calme. Mon fil tient, ma canne travaille et couche la truite en surface. Changer de main, libérer la droite pour tenter d'immobiliser le poisson. Effleurement de la queue, pas bon ça, la truite déteste et repart. Cette fois-ci, je choisis la caresse et l'emprisonnement des pectorales. Pour fixer ce bon moment dans la petite boîte numérique, il me faut retraverser la rivière et faible débit m'avantage fortement.

Dans les derniers mètres, de plus en plus courbé, j'échappe ma prise et c'est en laisse que je la conduis entre les galets. Une "vieille main" et ami me "cherche" de l'autre rive pendant que je photographie. La fin approche, ramener la créature en eau plus haute, enlever la mouche, la soutenir face au courant ralenti, ouvrir les mains et la suivre un bref instant sur les cheveux verts.

"Bolard" je fus...



auteur : christophe douziech




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