
YELLOWSTONE: UNE GESTION MODELE. |
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Situé dans les montagnes rocheuses à cheval
sur les états du Wyoming, du Montana et de l'Idaho, ce parc a été
créé en 1872 par le congrès américain. D'une
superficie de 8991 km2 (taille comparable à celle de la Corse), il
est géré de manière très rigoureuse dans le
souci de préserver le patrimoine existant pour les générations
futures. L'objectif est clair: maintenir le Parc dans l'état où
il était lors de sa création en limitant au maximum les interventions
de l'homme. Cela se traduit par des mesures qui peuvent être surprenantes
au premier abord. Par exemple, la réintroduction du loup lors de
l'hiver 1994, l'absence de lutte contre les premiers incendies de forêts
en 1988 (considérés comme des phénomènes naturels),
des réglementations très contraignantes pour l'homme (zones
interdites, camping et randonnées très réglementés...). Pour les écosystèmes aquatiques, la volonté est de protéger les populations de poissons autochtones comme la truite arc-en-ciel (Oncorhynchus mykiss), l'ombre arctique (Thymallus arcticus) et surtout la truite cutthroat du bassin de la rivière Yellowstone (Oncorhynchus clarki bouvieri). La réglementation de la pêche est basée sur le respect de ces objectifs. |
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| La truite cutthroat: un maillon essentiel
de l'écosystème du Parc.
A l'origine seul poisson du lac Yellowstone et de ses tributaires, la truite
cutthroat est un élément essentiel de tout l'écosystème
du Parc. Ce poisson principalement insectivore, fraye dans de petits ruisseaux
à la fin du printemps ou au début de l'été (exceptionnellement
jusqu'à début août comme nous l'avons constaté
cette année à Trout lake). Très vulnérables
lors de la reproduction ou lorsqu'elles se nourrissent en surface, ces truites
constituent un véritable trait d'union entre l'écosystème
aquatique et terrestre. Profitant de cette aubaine, les ours, les pélicans
blancs, les balbuzards et les aigles à tête blanche dépendent
directement de la santé des populations de truites cutthroats. Ainsi
la réglementation stricte de la pêche, mise en place au début
des années 70, a conduit à une sérieuse augmentation
du nombre de truites cutthroats et par voie de conséquence à
l'augmentation du nombre de pélicans et au retour des balbuzards
sur les bords du lac Yellowstone. |
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| Une réglementation très stricte.
Pour pêcher dans le parc, il faut être muni d'un permis coûtant
10$ pour l'année pour les personnes âgées de 16 ans
ou plus. La pêche est ouverte de fin mai à début novembre
(du 27/05 au 05/11 en 95) de 5h à 22h. Le lac et la rivière
Yellowstone ouvrent le 15/07 en raison du frai des cutthroats. Le nombre de poissons qu'un pêcheur peut avoir en sa possession, qu'ils soient frais, congelés ou en boîte, pris sur plusieurs jours ou non, est de cinq dont au moins trois doivent être des saumons de fontaine. Les pêcheurs sont ainsi incités à prélever uniquement les poissons destinés à une consommation immédiate. Tous les ombres capturés doivent être relâchés comme, à de rares exceptions près, toutes les truites cutthroat et les truites arc-en-ciel. Pour les autres poissons, peuvent être conservés: cinq saumons de fontaine d'une taille inférieure à 25 centimètres, deux truites fario, deux cristivomers, deux corégones (mountain whitefish) sans restriction de taille. Mais dans le respect de la limite de cinq poissons dont trois saumons de fontaine. La majorité des cours d'eau étant peuplés de cutthroats et d'arcs, la réglementation revient à faire du catch and release dans beaucoup de cas. Le tout s'accompagne de restrictions au niveau des techniques. La pêche dans le Parc est autorisée uniquement avec des leurres artificiels. Chaque pêcheur peut utiliser au plus une canne munie de deux hameçons. La pêche à la mouche est la seule autorisée sur les rivières Gibbon, Firehole et Madison. Les appâts naturels, jugés ici comme laissant peu de chances de survie aux poissons relâchés, sont interdits. Seuls les enfants de moins de 11 ans peuvent utiliser le ver sur quatre ruisseaux principalement peuplés de petits saumons de fontaine. Toutes les formes de plomb sont interdites. Il y a une pleine harmonie entre une pêche autorisée, devenue adulte et le respect des objectifs des gestionnaires du Parc. Les prélèvements modérés s'exercent sur des espèces introduites comme la truite fario, le saumon de fontaine et le cristivomer. |
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| Des règlements qui évoluent
rapidement.
Des cristivomers (Salvelinus namaycush) ont été découverts
dans le lac Yellowstone il y a deux ans durant l'été. Ces
redoutables prédateurs non originaires du lieu représentent
une sérieuse menace pour les populations de truites cutthroat originaires
du lac. Vivant au fond, ils représentent peu de nourriture pour les
grizzlys, pélicans et aigles à tête blanche. Leur introduction
clandestine met donc en danger tout l'écosystème du Parc.
Sur le champ, dès août 94, les réglementations de la
pêche ont été modifiées. Tous les cristivomers
attrapés dans le lac Yellowstone doivent être gardés
et présentés au bureau des Rangers pour étude. Après
une réunion qui s'est tenue l'hiver dernier, les biologistes envisagent
pour maintenir une solide population de truites cutthroat, de limiter au
maximum l'expansion des cristivomers en organisant des pêches au filet,
en détruisant les frayères. Les services du Parc offrent une récompense de 10.000$ pour toute information utile à l'arrestation des personnes responsables de cette introduction. De ce côté de l'Atlantique on ne plaisante pas avec la gestion du patrimoine naturel. Ce n'est pas Pierre, Paul ou Jacques qui décide de " mettre une bassine de silures, de cristivomers ou de huchons ". Ce cas précis illustre bien le fait que dans le Parc National du Yellowstone, la faune passe avant l'homme. L'intérêt halieutique du cristivomer, aux yeux de certains, est peut-être supérieur à celui de la truite cutthroat mais les conséquences à long terme sont envisagées pour l'intégralité de l'écosystème. La pêche est un outil de gestion et non une fin en soi. Elle bénéficie toutefois pleinement de ces mesures de protection. |
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Une pêche de qualité.
Chose inconnue pour un pêcheur européen, il est possible de
pêcher des populations intactes de truites sauvages dans un cadre
de rêve. Les cours d'eau sont exempts de toute pollution, sans barrage,
sans béton. La seule crainte à avoir est la rencontre avec
un ours. La pêche est facile pour un moucheur français habitué
à des poissons craintifs et surpêchés. Ici tout se passe
bien. Les poissons prennent encore les mouches sèches. Un modèle
très efficace est un simple palmer gris. En nymphe, certains secteurs
comme le second meadow* de Slough creek sont de véritables parcours
école. Les berges herbeuses, surélevées, la clarté
de l'eau et la générosité des cutthroats offrent des
moments inoubliables. Seul problème à résoudre: pêcher
les éclosions de perles inhabituelles en France.Malgré cette apparente sauvagerie, la pêche bénéficie d'un suivi scientifique et sociologique sans égal. Presque tout a été étudié depuis trente ans. Les effets des différentes réglementations, la fréquentation des cours d'eau, les taux de capture, etc. Forts de trente années de statistiques dans diverses situations, les gestionnaires peuvent prendre des décisions en toute connaissance de cause. En 1994, 90.800 permis ont été vendus pour 237.700 jours de pêche. Une grande majorité des pêcheurs interrogés (77%) se déclare satisfaite par la pêche dans le Parc. Le temps de pêche moyen est de 2,7 heures par jour avec un taux horaire de capture de 0,84 poisson. La taille moyenne des prises est de 13,3 inches (33,5 cm). 95% des poissons ont été relâchés. Une réglementation stricte, basée sur le catch and release, même si elle peut apparaître contraignante est un gage de pérennité pour les populations de poissons et donc un gage de qualité pour la pêche. Les taux de survie sont supérieurs à 97% avec les leurres artificiels comme le montrent les études réalisées sur la haute rivière Yellowstone. |
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Un paradis menacé? Outre le danger représenté par l'introduction des cristivomers
dans le lac Yellowstone, deux autres menaces se profilent à l'horizon
pour les truites du Parc.Tout d'abord il y a un projet de mine d'or à deux miles (3 km) du coin nord-est du Parc. Le risque est grand de voir s'installer l'exploitation avec son cortège d'engins, de routes et de flots acides. Seraient alors menacés Peeble Creek, la Lamar river et la Yellowstone river. Troisième danger imminent aux portes du Parc: le " whirling disease " ou tournis des truites. Causée par un protozoaire (Myxobolus cerebralis), cette maladie se traduit par la nage incohérente en cercle et la mort des jeunes truites dont le cerveau est comprimé par les cartilages crâniens gonflés de parasites. Venant d'Europe, le tournis touche principalement le genre Oncorhynchus (truite arc-en-ciel, cutthroat, saumons du Pacifique). Le genre Salmo est plus résistant en raison de la longue coévolution avec le parasite. Ce fléau est terrible: 90% des truites arc-en-ciel sauvages de la rivière Madison sont mortes en deux ans en aval de Quake lake. Seulement quelques dizaines de kilomètres et deux lacs séparent cette zone infectée du cours de la Madison dans le Parc. Un pélican, un balbuzard ou les wadders de pêcheurs ont peut-être déjà transporté les spores de ce mal incurable dans les eaux du Parc. |
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Même s'ils peuvent être discutés, les objectifs des gestionnaires du parc ont le mérite d'être clairement définis, tout étant mis en oeuvre pour les atteindre. Que se soit pour limiter la progression des espèces introduites ou éradiquer les cristivomers du lac Yellowstone, les réglementations sont au service des espèces autochtones. Evoluant rapidement, ces règles tiennent compte de la santé de l'écosystème dans son intégralité. Les volontés des pêcheurs (conservations des prises, pêche aux appâts naturels) sont secondaires. Les décisions sont prises par des biologistes qui étudient sérieusement et sans parti pris les effets de la pêche. Après plus de trente ans d'expérimentations sur diverses réglementations, ils ont choisi le catch and release avec interdiction des appâts naturels. Cette gestion permet de maintenir de vigoureuses populations de truites sauvages tout en garantissant un accès démocratique à une pêche d'excellente qualité. Leurs arguments et leurs résultats sont sans contestation possible. Les bénéficiaires de cette gestion ne sont pas seulement les truites et les pêcheurs. Il y a aussi tous les promeneurs heureux d'observer ces superbes poissons qui gobent plusieurs heures par jour à fishing bridge, les pélicans, les aigles à tête blanche, les balbuzards et les ours. Que faisons-nous en France pour protéger dans nos parcs les populations de truites et d'ombres autochtones? On tente l'introduction d'une énième espèce exotique, on se " limite " à 10 poissons par pêcheur et par jour avec interdiction de pêcher au filet et à la main... No comment! Il est vrai que les loutres, les aigles et les ours ne sont plus un souci pour nous depuis longtemps. Combien de temps attendrons-nous avant d'engager des études sérieuses sur les conséquences de la graciation des truites fario en France, excellente solution pour sauver nos dernières truites sauvages en continuant à pêcher librement à un coût modique? |
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| Frédéric SERRE. | ||
04/07/2008-23:07:51
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Chose inconnue pour un pêcheur européen, il est possible de
pêcher des populations intactes de truites sauvages dans un cadre
de rêve. Les cours d'eau sont exempts de toute pollution, sans barrage,
sans béton. La seule crainte à avoir est la rencontre avec
un ours. La pêche est facile pour un moucheur français habitué
à des poissons craintifs et surpêchés. Ici tout se passe
bien. Les poissons prennent encore les mouches sèches. Un modèle
très efficace est un simple palmer gris. En nymphe, certains secteurs
comme le second meadow* de Slough creek sont de véritables parcours
école. Les berges herbeuses, surélevées, la clarté
de l'eau et la générosité des cutthroats offrent des
moments inoubliables. Seul problème à résoudre: pêcher
les éclosions de perles inhabituelles en France.
Outre le danger représenté par l'introduction des cristivomers
dans le lac Yellowstone, deux autres menaces se profilent à l'horizon
pour les truites du Parc.