AAPPMA La Gaule Alréenne : Restauration, le temps des résultats

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AAPPMA La Gaule Alréenne : Restauration, le temps des résultats.

Il y a quelques temps, je vous avais parlé de « La Gaule Alréenne » pour son travail sur le milieu aquatique et sa gestion, mettant en avant un chantier de restauration morphologique sur 500 mètres de la rivière « le Loc’h ».

Depuis le mois de septembre 2012, début des travaux sur la rivière, l’eau a coulé sous le « Pont Neuf », laissant le temps s’occuper des finitions.

Les premiers à venir profiter des lieux furent les insectes, trouvant là un habitat tout neuf prêt à les recevoir en masse : grappes de porte-bois, armées de gammares, grandes familles d’éphémères et j’en passe.
Les herbiers aquatiques sont apparus sur les parties les plus agitées et les plus ensoleillées pour, par la suite, créer de nouveaux courants entre les rochers déposés, qui à leur tour, ont troqué leur couleur sucre blanc contre une patine brune foncée ornée de belles mousses.
Pour compléter enfin le joli tableau, sont venus les poissons et les pêcheurs.

J’y suis allé un an après travaux, en juillet 2013. Ma curiosité de voir les effets du premier hiver sur le changement, me pressa vers la rivière.
Je fus heureux de voir le nouvel aspect qu’elle arborait : les blocs assis ça et là laissaient la ripisylve renfermer le lit dans une ambiance douce et intimiste. Le sable et les gravillons ont nappé les risbermes caillouteuses de larges sphères ocres et noires. Les rochers ont produit quelques jolies irrégularités donnant un faciès plus varié et des plus prometteur.

La rivière était belle, mais pas encore complètement, car les berges et le lit portaient encore les stigmates du passage de la pelleteuse à chenille. Le fond semblait encore compacté, les insectes pas encore bien représentés et les herbiers encore inexistants.

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Seulement 10 mois séparent ce moment du grand « cataclysme ». Tant pis, je pêche, trop content de découvrir ce renouveau.
Le résultat n’était pas extraordinaire, mais les coups sont très variés, m’offrant quelques truitelles et 2 ou 3 truites autour de la maille qui est à 23 cm.
Je n’étais pas très emballé par ma journée, peut être que les conditions n’y étaient pas, ou j’ai plus sûrement mal pêché. mes tentatives suivantes me donnèrent à peu près les mêmes résultats.
A la vue de la convalescence de ce grand corps malade, je relativise. Patience…

Deux ans après, en 2014, la rivière a pris de l’embonpoint, la faune et la flore se sont fixés considérablement sur les lieux. Et la nouvelle ne se fit pas attendre.

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Je me souviens d’une conversation que j’avais eue avec mon ami André et de sa réponse au sujet de ce nouvel Eldorado.
« Holala tu verrais le monde, il n’y a pas un jour sans une voiture près du pont. »
Exalté par cette nouvelle, je ne pouvais pas ne pas en faire de même. Si le parcours trouvait autant preneur, c’est bien grâce aux travaux de la Gaule Alréenne sur les ruisseaux pépinières qui avaient fini par « cracher » leurs lots de poissons neufs.
Effectivement les choses se sont mises en place, les éclosions bien plus fréquentes et plus variées, les callitriches et les renoncules mieux dispersées. Les truites pressent le pas aux poissons blancs, gobant goulûment sous les branches basses des gros chênes qui bordent le secteur.
J’ai pêché le parcours réellement 3 fois, en un coup du matin et deux coups du soir pour comptabiliser 27 truites, toutes tailles confondues. Alors oui, il y avait beaucoup de petites mais quasi la moitié maillées avec quelques spécimens entre 25 et 28 cm et la plus belle de 30 qui ne voulut pas passer sous le projecteur.

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30 cm en Bretagne, ce n’est pas gros mais c’est beau et quand je dis que je n’ai pêché que 3 fois, c’est parce qu’une fois j’y ai croisé près du pont un copain Ariégeois qui était venu en vacances dans le coin et à qui j’avais donné l’info pour qu’il pêche au plus près.
Nous avions parlé longuement sur le pont, ce qui annula ma sortie. Celui-ci me dit qu’il avait pris 4 poissons dont une belle truite de près de 30 cm, qu’il me montra sur son appareil photo.
Marrante, nos retrouvailles près d’une rivière couleur Guiness, loin de nos torrents pyrénéens et cette belle partie de pêche qu’il fit en même pas une heure, tiraillé entre son devoir familial et son exil halieutique.

En seulement 2 ans, la nature des travaux nous a offert bien plus que ce que j’espérais. 2 ans pour faire un constat, c’est court. Il faut, lors de travaux de ce genre, au moins 3 ans pour en tirer un début de conclusion.
Alors, on rêve forcément à mieux, même si la réalité se heurte à diverses problématiques comme le réchauffement de l’eau en période estivale à cause de la traversée de l’étang de la Forêt.

En réponse à la forte demande des pêcheurs pour avoir de beaux parcours, il semblait logique de préserver la ressource.
Conscient de l’importance et de l’intérêt que suscite un tel projet, La Gaule Alréenne a décidé à la quasi unanimité lors d’une AG, , de mettre en no-kill le parcours sur 800 m, toutes pêches confondues avec 1 hameçon simple sans ardillon ou écrasé, validé par arrêté préfectoral.

Dans le Morbihan, le travail de la Fédération de Pêche est énorme, notamment sur la continuité écologique et les actions sur le milieu. De plus, la communication est bonne, et la Gaule Alréenne n’a eu aucun problème à obtenir une réponse positive.

Pourtant, le nombre de « no-kill » mouche ou toutes pêches y reste limité à 3. Il existe bien un autre parcours sur le Scorff près de Guéméné, mais c’est plutôt une réserve active avec une maille à 28 cm et 1 poisson jour, ce qui est déjà bien.

Et, devinez donc où sont les 3 « no-kill » du Morbihan…? Sur les lots de pêche de l’irréductible Gaule Alréenne. Alors, si vous voulez les remercier de leurs actions et asseoir vos convictions, je vous encourage chaleureusement à prendre la carte chez eux via Internet.

Ce nouveau « no-kill » est à mes yeux un mix de plusieurs actions, car il n’a pas suffi à l’association de voter en son sein cette décision ; il fallut déjà faire connaître aux différents acteurs de l’eau le projet de restauration, le faire valider, le financer, demander l’accord pour le passage des engins aux propriétaires, comme pour les futurs panneaux de signalisation, faire des pêches d’indices, etc.

Cette aventure est une réussite et elle doit être partagée par le plus grand nombre pour légitimer son statut de projet commun.

Ce parcours est un peu la vitrine de la Gaule Alréenne, mais leurs actions ne s’arrêtent pas là car, grâce à son équipe de bénévoles, l’association entretient, favorise et comptabilise les frayères à truites et saumons, achète des baux de pêche, organise des journées découverte pour les jeunes, traite assidûment les problèmes de migration, etc.

Il est important de faire connaitre ces bons résultats pour pouvoir les donner en exemple, et donner de l’espoir ou de la confiance à ceux qui veulent se lancer dans ce genre d’investissement.
Je suis sûr qu’il nous appartient de choisir notre pêche.

A vous tous bonne saison 2015.
Cordialement,
Flyliner.

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