Avant de rentrer dans le “vif du sujet”, je tiens à remercier tous ceux qui ont choisi de m’accompagner tout au long des articles qui vont suivre afin de partager ma passion.

Au fur et à mesure de votre lecture, si d’aventure vous sentez des fourmillements dans les doigts, ne vous inquiétez pas, il s’agit du virus de la bambousite aigüe qui vous gagne !

PRINCIPE DE FABRICATION

Le profil le plus « classique » est hexagonal. Il est formé de 6 baguettes de section isocèle dégressive, assemblées et collées entre elles. La face visible de ces baguettes correspond à l’enveloppe externe du tronc de bambou, appelée cuticule, et qui présente des propriétés extraordinaires de dureté, résistance et souplesse.

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Il est à noter qu’il existe d’autres profils beaucoup moins usités, comme la section carrée (formée par 4 baguettes), octogonale (8 baguettes) …

… et certains qui relèvent de véritables défis. Ci dessous une section composée de 13 baguettes.

 

Et enfin une section tout simplement inouïe, voire irréelle, réalisée avec 36 baguettes ( soit 108 pour la canne entière ).

Les baguettes les plus fines constituant le scion font moins de 0,2mm d’épaisseur !

Ce bijou de précision et de complexité, surnommé “die rose” est l’oeuvre du Suisse Kurt Zumbrunn.

 

 

LE BAMBOU
1200 espèces indigènes de bambous existent dans le monde et…une seule est particulièrement adaptée à la construction de cannes à mouches. Elle pousse en Chine, le long de la rivière Sui, dans la province du Guangdong. Elle répond familièrement à l’appellation “tonkin” et scientifiquement à celle de “tonkin arundinaria amabilis”, ce qui peut se traduire par “aimable bambou”.
Sa qualité réside dans le caractère très serré de ses fibres, l’épaisseur de ses parois et la distance importante entre ses nœuds. Les troncs utilisés doivent être bien secs ( 3 à 5 années minimum ) et avoir un diamètre de 6 cm environ, ou plus.
Si l’approvisionnement du tonkin n’est pas toujours aisé, il est toutefois très facile de se procurer des troncs de bambous communs produits en France. Ces derniers sont une matière idéale pour les premières séances d’entrainement indispensables.

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LA REFENTE DES BAGUETTES

Les troncs sont tout d’abord refendus en deux au moyen d’un grand couteau de cuisine qui suit naturellement le fil du bois ( n’oubliez pas de jeter un oeil sur l’arrière-plan … ).

Les baguettes sont ensuite taillées sur une largeur de 6 à 8 mm au moyen de deux outils plats aiguisés ( tournevis type tom pouce par exemple ). Un peu d’expérience permet sans trop de difficulté de refendre chacune de ces baguettes par permutations successives des tournevis.

Les arêtes de ces baguettes étant redoutablement acérées, l’emploi de gants anti-coupure est indispensable pour les travaux de refente.

Pour la fabrication d’une canne “classique” en 2 sections, 12 baguettes sont nécessaires.

Il convient toutefois d’en faire quelques-unes en supplément car des “loupés” aux stades de l’ébauche et de la finition peuvent se produire. La trempe, que nous verrons plus tard, étant effectuée par groupe de 6 baguettes, je conseille donc d’en refendre 18.

Un mot également sur un procédé destiné à l’embellissement des cannes : le flammage.

Cette opération est réalisée avant la refente des baguettes au moyen d’un chalumeau qui vient brûler légèrement la surface du bambou sur laquelle des gouttes d’eau ont été préalablement parsemées de façon aléatoire. Le bambou prend alors une belle teinte foncée sur les zones dépourvues d’eau.

 

 Prochain épisode, le 2 janvier 2017 : 2/8 Le dressage, l’ébauche, la trempe.