L'éthique du pecheur à la mouche.
Le nokill ou catch and release.

Quels poissons?
  Les poissons qu'il faut relâcher sont les poissons de sport, c'est à dire les gros carnassiers (sandre, brochet) et les poissons de première catégorie (truite et ombre), ainsi que les migrateurs. Pourquoi ceux là en priorité?
Car c'est sur eux que pèse la pression de pêche la plus forte; car leur reproduction est moins efficace que celle des autres espèces (poissons blancs notamment); car ayant bon goût les autres pêcheurs ont tendance à les tuer systématiquement (ce qui, avec les tailles de capture francaises, équivaut souvent à tuer un individu ne s'étant jamais reproduit); car l'impact des prélèvements humains est très sensible sur ces espèces.
Un exemple: une gravière à ombre bien peuplée (mettons 15 individus) visitée par un pêcheur peu scrupuleux (on dit aussi viandard). En pêchant aux larves ou en nymphe, il peut arriver à mettre au sec son quota (10 poissons en général !!) en une petite matinée. Et il faudra attendre plusieurs années avant que la population retrouve son équilibre. J'ai vécu cette expérience sur la Maronne (Corrèze).


L'ombre, un poisson méconnu du grand public, et particulièrement sensible aux prélèvements.

     

Historique:

 

La pêche a toujours été une activité prédatrice. Le pêcheur, comme le chasseur, ne pratiquait son activité que pour se nourir. Il utilisait
pour cela les techniques lui permettant de rapporter le plus de nourriture possible à sa famille, sa tribu ou son clan.
Heureusement, les temps ont changé et les hommes n'ont plus besoin de chasser ou de pêcher pour se nourir. Cependant, ces activités
n'ont pas disparu. Pourquoi les pratique-t-on, alors? Pour le plaisir, bien sûr. Malgré tout, de nombreux pêcheurs de loisir continuèrent, et
continuent encore, à garder leurs poissons. C'est dans la seconde moitié du XXème siècle que des pecheurs à la mouche américains inventèrent le "catch and release" (prendre et relacher). Ils en avaient assez de tuer les poissons qui leur donnaient tant de plaisir. Comme l'expliquait l'un d'eux, Lee Wulff, "un golfeur ne mange pas ses balles de golf". Il en serait désormais de même pour les poissons, partenaires de jeu du pecheur sportif.


Un pêcheur dans son élément. Relachera-t-il les poissons qu'il va prendre ?

Une nécessité:
  Le catch and release permet de sauvegarder des populations de poissons sauvage tout en continuant à les pêcher. C'est un des principaux moyens de conserver des parcours publics bien peuplés, malgré un milieu dégradé et une forte pression de pêche.
.La dégradation des milieux
L'industrialisation, le remembrement, l'intensification de l'agriculture, le recalibrage des cours d'eau, la présence de barrages et microcentrales (qui empechent les poissons d'effectuer leurs migrations au moment du frai), la sévérité accrue des étiages estivaux (notamment due aux cultures de maïs), le salage excessif des routes en hiver et toutes les formes de pollution que nous connaissons ont un impact sévère sur les populations de poisson. Les rivières sont donc beaucoup moins productives qu'auparavant, et le comportement des pêcheurs, comme des autres usagers de la rivière, doit s'y adapter.
.La modernisation des techniques, la mobilité.
De plus, le progrès du matériel de pêche (nylons, cannes en carbone, hameçons de qualité...) et la baisse de son prix fait du pêcheur moderne le moins doué un prédateurd'une efficacité bien supérieure à celle de ses prédecesseurs.
Parallèlement, la voiture (4x4, par exemple) permet à tous de se rendre dans les endroits les plus reculés, ne laissant aucun autre sanctuaire aux poissons que ceux prévus par la Loi (les si rares et si courtes réserves).
.Le temps libre induit une plus forte demande.
Avec l'allongement de la durée de la vie, l'abaissement de l'âge des retraites, les 35 heures (...), nous n'avons jamais eu autant de temps libre. Nous entrons donc dans la civilisation des loisirs, et la peche y tient une place croissante. Ainsi, les effectifs et l'assiduité des pêcheurs devraient croître (c'est vrai pour la pêche à la mouche, moins pour d'autres techniques). De plus en plus exigeant, le pêcheur ne se satisfait plus de truites d'élevages déversées dans les rivières à la vite. Il souhaite prendre de beaux poissons, nés dans la rivière.
.Le prix du poisson en supermarché ;-))
Chez Leclerc, c'est moins de 10 francs la truite portion. Le poisson n'est plus un produit de luxe, et il faut abandonner l'espoir (?) de rentabiliser sa carte de pêche en terme de poissons prélevés.

La réglementation francaise: rigide et inadaptée
En France, chaque pêcheur a droit a un quota quotidien de poissons dont la taille est supérieure à la taille légale (la maille). Ces deux critères sont inadaptés. Le quota, tout d'abord, est souvent de 10 par jour, ce qui est énorme. La taille légale ne permet pas, le plus souvent, aux truites de se reproduire au moins une fois et elle empêche la rivière d'avoir un stock de géniteurs suffisant.
Il existe d'autres formes de réglementation autorisant des prélèvements et qui fonctionnent, par exemple aux Etats Unis. Mais le système francais est atrocement rigide, et les associations de pêche et de pisciculture (APP) qui souhaiteraient innover dans un sens moins conservateur (augmenter la taille légale, diminuer les quotas ...)
sont rembarrées par les instances (cf. le cas de l'APP du Lignon, dans le Forez).
Seules des études scientifiques longues et coûteuses peuvent permettre de proposer une gestion adaptée à la rivière considérée, mais il n'est pas normal que les initiatives progressistes prisent par les APP (cf le Lignon) soient barrées au profit d'une gestion qui a fait la preuve de son inefficacité.

Face à tout cela, il est donc de la responsabilité du pêcheur de relâcher les poissons qu'il prend.


Le mauvais exemple...



Comment le pratiquer. Les précautions à prendre.


Un dégorgeoir particulier,le ketchum release. (Cliquez dessus pour l'acheter).

Relâcher un poisson, c'est bien. S'assurer qu'il pourra repartir dans de bonnes conditions, c'est mieux. Si la pratique du nokill se généralise, elle ne pourra rester rentable pour le milieu que si les pêcheurs traitent leur prise avec respect. Sinon, le nombre de poissons décédés à la suite d'une capture deviendra trop important.

En pêchant à la mouche, on limite le plus gros risque: l'engammage profond. En effet les poissons n'avalent jamais très profondément les mouches (sauf dans certaines techniques particulières pratiquées en lac, comme le booby), et le poisson est le plus souvent piqué au bord des lèvres, dans le cartilage. Il ne faut cependant pas faire n'importe quoi :

Ne pas serrer le poisson, car cela peut provoquer des lésions internes plus ou moins bénignes qui peuvent avoir pour conséquences la mort du poisson, même plusieurs jours plus tard. Dans le milieu naturel, un animal blessé même légèrement est souvent condamné.
Dans le même ordre d'idée, on essayera de ne pas sortir le poisson de l'eau, le relacher le plus vite possible, le toucher le moins possible, abréger le "combat" avec le poisson.

Pour faciliter les choses, on peut écraser les ardillons des hamecons, utiliser une épuisette à maille soudées (pour ne pas fendre les nageoires du poisson), utiliser des dégorgeoirs spéciaux comme les ketchum release (qui sont scandaleusement chers). De toute facon, au cas ou votre mouche serait trop difficile à décrocher, coupez le fil. La mouche se dégradera toute seule, attaquée par l'eau et par les sucs secrétés par le poisson.
Certains pêcheurs recommandent de se mouiller les mains avant de saisir le poisson afin de ne pas lui retirer son mucus protecteur, mais il semble en fait qu'il soit préférable d'avoir les mains sèches. En effet, la quantité de mucus retirée est négligeable (des études américaines très sérieuses ont eu lieu sur le sujet) et le fait d'avoir les mains sèches donne une meilleure prise en main du poisson, ce qui permet de le relacher plus vite et en le serrant moins.


Une belle truite fario qui va bientôt retrouver son élément..
     

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