Saumon : la protection au menu


Le salon de la pêche à la mouche qui s’est tenu les 13, 14 et 15 février à l’Espace d’Auteuil à Paris a permis à l’équipe Gobages de rencontrer plusieurs acteurs de la défense du saumon atlantique. Rien de tel pour nous donner envie d’approfondir un sujet épineux : à l’heure où la graciation des poissons de rivière commence à rentrer dans les mœurs en France, qu’en est-il avec la pêche du saumon ?

L’AIDSA, précurseur de la protection du saumon en France

Attardons-nous, pour commencer, sur l’Association Internationale de Défense du Saumon Atlantique. L’un de ses membres, Michel Salzman, nous a dressé un état des lieux des actions menées par ce groupe de pression militant depuis plusieurs décennies pour un retour du Saumon sur les rivières de la façade Atlantique.

Depuis sa création dans les années 60 par Richard Vibert (célèbre pour ses boîtes), l’AIDSA a mené de nombreux combats, essentiellement en recherchant des financements pour la mise en place de dispositifs de protection du poisson roi :
• Recherche de fonds pour la création de passes à poisson comme celle de la Calonne sur la Touques
• Appui à l’écloserie d’Osserain, dans les Pyrénées Atlantiques.
• Rachat des droits de pêche au filet dans le bassin de l’Adour et concertation qui permet depuis plus de trois ans de faire lever des filets des professionnels lors de la montaison.

« Les gens se foutent de la protection du saumon !»

L’association lutte désormais au sein de plusieurs COGEPOMI, les comités de gestion des poissons migrateurs. Cette instance, créée dans huit grands bassins en 1994, est chargée d'établir le plan de gestion des poissons migrateurs, en eau douce et en mer. Elle rassemble les collectivités territoriales, l'administration gestionnaire et les différentes catégories de pêcheurs, usagers, concessionnaires et propriétaires concernés ainsi que des scientifiques. Sur le plan international, l’AIDSA est membre du North Atlantic Salmon Fund.

Aujourd’hui malheureusement, l’association compte de moins en moins de membres. « Les gens s’en foutent » nous confiera, un peu dépité, Michel Salzman. Il enchaîne : « lorsque nous avons commencé à prôner la graciation des poissons, nous avons perdu beaucoup d’adhérents ». conséquence de ce désintérêt, la revue Saumon, éditée par l’association, a sorti son dernier numéro l’an dernier. Les frais d’édition étaient devenus trop importants. Ultime espoir, la communication de l’AIDSA pourrait reprendre en 2004 à travers un site à la page d’accueil prometteuse : saumonmag.com

 

« Les relations sont tellement passionnelles… »

Sur la question des perspectives pour les rivières françaises, Michel Salzman est partagé : « Je ne crois pas trop à la Loire et à l’Allier, il y a vraiment trop d’obstacles, à commencer par le bouchon vaseux. Seuls les affluents avals ont vraiment une chance à jouer ». Il est en revanche beaucoup plus optimiste pour le Nord-Ouest : « La gestion des cours d’eau bretons est une réussite. C’est le secteur où nous avons le moins besoin d’intervenir car les acteurs locaux sont déjà très bien organisés : c’est une réussite ». D’après lui, les rivières normandes ont aussi un fort potentiel.

Dans le Sud en revanche, le combat est loin d’être gagné. Revenant sur les transactions menées avec les professionnels pour lever les filets dans le bassin de l’Adour il évoque le climat si particulier qui régnait lors des réunions: « les relations dès qu’on aborde le sujet du saumon sont tellement passionnelles… ». Les bagarres autour de la réglementation de la pêche sur les Gaves sont également nuisibles au retour de la sérénité.

La Dordogne qui voit à présent plus de mille saumons remonter (avec parmi eux de très gros spécimens) est une autre source de satisfaction car « sur cette rivière, on est parti de zéro ». Parallèlement, il faut noter que les aménagements coûteux destinés aux saumons ont eu des retombées très positives sur beaucoup d’autres espèces, au premier rang desquelles l’alose ou la lamproie de Planer.

Mais cet équilibre reste fragile. En 2003, la canicule estivale a gravement nuit aux remontées et chiffres des années à venir pourraient en subir les conséquences.


Une initiative intéressante : la graciation des saumons au Québec

Seconde belle rencontre du salon, le stand de Gilbert Fournier, un guide de pêche québécois qui prône la libération des saumons pris par ses clients.

Cette initiative originale mérite d’être soulignée car il faut bien reconnaître que les voyages de pêche à l’étranger donnent souvent lieu à de véritables massacres.

Ici, l’idée est particulièrement intéressante car le guide ne se contente pas de proposer la graciation des saumons sur les parcours nokill, il l’encourage dans tous les secteurs où il conduira ses clients.

Dans son dépliant de présentation il nous rappelle les intérêts de la graciation des saumons :
• Elle préserve la diversité génétique pour assurer la pérennité des stocks dans les écosystèmes changeants
• Les castillons qui repartent vers la mer peuvent devenir des individus de grande taille et revenir
• Plus il y a de saumons, plus la pêche est fascinante. Les chercheurs ont montré que le même saumon relâché dans de bonnes conditions peut être capturé et relâché plusieurs fois
• Les prédateurs s’intéressent moins aux gros géniteurs grâce à la présence des petits
• Les grands saumons et les castillons se déplacent en bancs pour la sécurité
• La diminution des effectifs peut entraîner des comportements anormaux tel que l’arrêt prématuré de la montaison. Faute de colonisation, certaines sections de rivières pourraient devenir stériles et les saumoniers y perdraient des coins de pêche privilégiés.

Souvenons-nous enfin que la graciation des poissons rentre dans le cadre d’un développement durable qui permettra aux générations futures de continuer à pouvoir profiter de ce poisson tellement extraordinaire.

Comment gracier un poisson en général et un saumon en particulier ?

• L’hameçon n’a pas d’ardillon ou bien celui-ci est écrasé
• Amener rapidement le poisson à soi et le libérer vite
• Garder le poisson dans l’eau
• L’épuisette en coton a un filet sans nœuds
• Décrocher l’hameçon avec précaution et couper le bas de ligne si nécessaire
• Tenir le poisson dans l’eau sans le serrer
• Le maintenir dans une position naturelle face au courant pendant qu’il récupère

 

Pour en savoir plus

Sur les actions de défense du saumon : le site rivernet.org

Contacter l’AIDSA :
195 rue Saint-Jacques
75005 Paris
Tél : 05 31 65 21 36

Gilbert Fournier, le guide canadien qui prône la graciation : www.saumon-gaspesie.qc.ca

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.:: Article de Jean publié le 09/04/2004 ::.


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