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Juste une dernière danse.

Publié le 09/12/2017, par fly.only
Département : 24 - Dordogne. Rivière : Dordogne.

Le 09/12/2017,

D’où qu’elles proviennent les prévisions ne sont pas bonnes. Les sites de débits montrent que les éclusées des barrages en amont sont en chemin et tous les sites météo annoncent de très importants cumuls de pluie pour demain et la semaine à venir. Il n’y aura sans doute aucune autre opportunité de pêcher l’ombre cette année.

Le débit est pourtant assez élevé ; voisin de 115 m3/s sur le secteur mais j’ai envie d’une dernière danse avec les ombres.

Il est 13 h lorsque je quitte les chapiteaux bruyants de la fête de la truffe de Cuzance. L’odeur enivrante du champignon persiste encore dans la voiture depuis ce matin bien que sa source ait disparue. Elle me suivra toute la journée.

14 h, les premières mouches sont au rendez vous comme les premiers ronds. Compte tenu des débits, bien peu sont accessibles et tous les poissons qui sont à portée ont déjà connu le fer.

Le premier pourrait être qualifié d’ombre du syndicat d’initiative. Il gobe à un peu plus de 10 m du bord, en face de l’arrivée principale de ce spot. On ne voit que lui quand on arrive. Depuis que je le connais, je ne lui ai jamais fait la blague. J’ai toujours fait une erreur qui l’a irrémédiablement bloqué.

Il faut dire qu’un courant véloce coule entre le bord et sa position qui s’établit en bordure d’un calme au delà de la veine infranchissable pour le pêcheur.

Très concentré, je sais que je n’aurai qu’une seule occasion de le faire monter. Si je le rate, comme tout poisson hyper éduqué, il deviendra impossible à faire.

Jouant le tout pour le tout, je mets d’entrée la bombe atomique du moment. Mes premières dérives se passent étonnamment bien. Malgré la configuration du poste pas évidente, mes dérives sont longues et propres. Le seul soucis, c’est qu’il bouge sans arrêt dans son calme. On pourrait d’ailleurs à ce titre le prendre pour une truite si sa nageoire dorsale ne crevait pas la surface de temps en temps.

Il ne me manque plus qu’à le cadrer. Il regobe une première fois tout à l’aval de son poste. Puis il fait en remontant. J’attends qu’il se repositionne en plein milieu de la veine lisse pour l’attaquer afin d’optimiser la visibilité de ma petite imitation.

Là, c’est parfait, on dirait une vraie. Gloups. Étonnamment aussi mon ferrage rencontre une solide résistance. La défense de ces poissons dans ces eaux froides est bestiale. Celui ci joue tout en force, tantôt luttant contre le courant, tantôt dévalant.

Ne pas penser au pire, juste combattre. Il ne va pas se décrocher celui là. Centimètre par centimètre, je le ferai remonter et venir sur le bord. Mon F11 est planté en plein milieu de sa mâchoire supérieure au niveau de la pointe du nez : il l’a lui aussi prise pour une vraie.

Cette prise a une saveur particulière parce que ce poisson n’était pas le plus simple que j’ai eu à attaquer cet automne. Je suis gâté pour la der des der.

D’autres gobages réguliers se produisent au milieu de la rivière. Le seul soucis, c’est que pour y aller il faut vraiment s’engager dans du wading profond. En soi, cela ne me fait pas peur mais vu les turbulences que cela entraîne, cela cale beaucoup de ces poissons peureux. C’est ce qui va se produire avec les deux premiers. Une fois à portée, fin des ronds.

À petits pas mesurés, je me dirige vers un autre poisson. La progression lente me permet de profiter pleinement du spectacle. Par petits paquets, les petits éphémères à ailes dressées fondent sur son poste. C’est un régal de suivre des yeux celle qui se dirige vers le poisson et qui immanquablement disparaîtra dans le prochain gobage.

À chaque fois, la taille de la dorsale qui affleure indique qu’il s’agit d’un beau poisson. Il est lui aussi très mobile. Il peut gober plusieurs mouches de suite en se laissant dévaler sur 5 mètres, se décaler vers le milieu, remonter, revenir vers moi en montant vers l’amont. En fait il gravite autour d’une turbulence en surface qui traduit la présence d’un herbier sous l’eau un peu en amont.

Il s’alimente dans trois veines distinctes laissant penser qu’il y a plusieurs poissons. Celle du milieu est turbulente, celle au delà est assez lisse tout comme celle de mon côté. Je remarque assez vite que je vois mal ma mouche dans les turbulences de la veine centrale. Stratégiquement, il vaut mieux choisir de l’attaquer dans une veine lisse. C’est décidé, je vais attendre qu’il vienne près de moi cela sera un jeu d’enfant de bien dériver sur ce billard le long de l’herbier.

En attendant qu’il soit bien placé, cela me donne l’occasion de parier sur les prochaines victimes de cet ombre. 10 m en amont du poste, je sélectionne le petit voilier qui connaîtra un funeste sort au moment précis où il passera sur le poisson. Gloups !

Enfin, comme prévu, le poisson est revenu du bon côté de l’herbier et cela a été au tour de ma mouche de se faire happer. Au piquant, le paisible poisson s’est transformé en furie. Coups de têtes, vrillages sur lui même, rush vers la berge opposée et pour finir chandelle.

La vue de son corps arqué dans le soleil rasant sera le dernier souvenir qu’il me laissera. Décroché.

Les derniers ronds des ombres s’évanouissent déjà. Comme un clin d’œil à la prochaine saison, une sulphure entame sa dérive à mon niveau. Rendez vous l’année prochaine maintenant selon toute vraisemblance pour vous revoir canne à sèches en main. Et merci pour cet automne fabuleux que vous m’avez offert comme pour cette dernière danse.

Fred