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Le diable se loge dans…

Publié le 16/05/2018, par fly.only
Département : 46 - Lot. Rivière : Dordogne.

Le 16/05/2018,

Lundi 31 avril, j’ai beau chercher dans tous mes cartons de fly tying un paquet d’hameçons n°4, retourner le casier ou je range mes pochettes, il faut que je me rende à l’évidence, je n’ai plus de quoi monter mon streamer fétiche.
Faute de gamakatsu, je me rabas sur des Partridge de belle facture. Ils ont le même profil en plus ouvert. Le top. À l’arrache en cette veille d’ouverture, je monte 5 streams que je range dans ma boite.
Samedi matin j’ouvre un œil, inspecte les sites météo et je n’en crois pas mes yeux. Je montre les images à ma femme et même à moitié réveillée, elle convient que la situation est hors du commun. Près de 10 ans que je n’ai pas vu ça au printemps. Il va se passer quelque-chose. C’est le moment de tout lâcher pour aller à la pêche.
Dimanche, petite descente avec Jef et on tombe sur ce très beau poisson qui même sans être exceptionnel nous regonfle à bloc suite à de nombreux échecs au stream sur la truite.
Mais un truc me chagrine. À l’issu du combat, la truite m’a rendu un stream désossé. La courbure de l’hameçon est torsadée, vrillée. Suite à un accrochage dans une branche avec un autre hameçon, j’ai remarqué que ce dernier c’était ouvert m’obligeant à le réformer. Bref, cette référence ne fait pas l’affaire. Le fer est bien trop mou. De toute façon j’ai perdu tous les streams montés pour l’ouverture.
Hier soir, gros dilemme au moment de monter un nouvel exemplaire. Je tente un montage avec un gama stinger. Comme la hampe est plus courte, je surcote d’une taille. La silhouette est la même mais le fer est vraiment fort. Ça ne met plaît qu’à moitié.
Ce matin, pas de vent, le temps est couvert. J’ai un contentieux à régler avec un poisson qui est parti avec un de mes trains de noyées. Donc direction la Belle. L’eau est très légèrement teintée et sur la montée à cause des pluies récentes.
L’assemblage des courants de ce poste m’oblige à décomposer l’animation en deux parties : un lancer amont suivi de petits tirées pour amener le streamer au niveau du fond tout en étant attractif, puis je passe à une animation en deux temps assez classique (une tirée sur la soie, un coup de scion) pour simuler la nage d’un poisson en perdition. C’est dans la deuxième partie du ramené que j’ai pris la première tape, un truc discret style choc sur un galet. Puis il y a eu l’arrêt, comme si j’étais accroché au fond.
Sauf que le fond s’est mis à bouger, à se contortionner dans ces ondulations basse fréquence qui demeurent l’apanache des grands poissons. Toujours au fond, ces lourdes ondulations ont duré moins de 5 secondes et comme je n’avais pas ferré, tout s’est relâché. C’est bizarre ce sentiment de vide qui s’abat sur vous dans ces moments là. Tout s’écroule d’un coup en même temps que le poids de tous les efforts consentis s’abat sur vos épaules.
J’imagine alors ce grand poisson sous l’eau, avec mon streamer dans la bouche en train de batailler avec puis de le recracher sans se piquer. Une vision cauchemardesque. Pourquoi il ne s’est pas piqué ? Même sans ferrer, il aurait dû se piquer à force de le machouiller durant tout ce temps et sur la piqûre démarrer en trombe et se ferrer. Ma mouche est neuve.
Je ramène l’imitation : hameçon émoussé. Incroyable, il n’y a pas un quart d’heure que je pêche avec. Ce sont pourtant d’excellents hameçons que j’utilise sans soucis sur d’autres modèles. En plus, je les contre leste pour qu’ils nagent la pointe en l’air.
Sauf qu’avec cet hameçon fort de fer, mon lestage habituel n’a pas suffit à inverser la nage. La courbure et la pointe ont fait office de quille dirigée vers le bas. Le petit détail qui suffit à émousser un hameçon en deux temps trois mouvements sur un modèle lesté.
Mais même émoussé ça aurait pu marcher. J’étais apparement tendu. Pourquoi le poisson ne s’est pas accroché quand même ? Il doit y avoir autre chose. Sans doute un problème de géométrie lors des animations. Dans 80% des tapes à vide c’est la géométrie des mouvements qui est en cause. Mais quoi ?
Ces questions me hantent jusqu’à ce que je regarde mon scion lors des animations deux temps. Quel boulet je fais.
Pour animer la mouche du scion, j’avais deux possibilités : soit bouger le scion vers l’amont, soit vers l’aval. J’ai pris la mauvaise option, celle qui crée un angle entre la canne et la soie. Or pour un ferrage optimal, il ne faut jamais d’angle. JAMAIS, plus jamais…
On fait si peu taper de ces gros poissons sur nos streams qu’en décrocher un prend de suite des allures de catastrophe. Surtout quand c’est à cause de tout petits détails.
Pour me consoler un peu, je me dis que j’aurai quand même côtoyé deux grandes truites en deux jours ce qui est exceptionnel. Merci les cieux ?
Mais il n’y a plus aucun doute, pour une pêche aussi exigeante que celle de ces gros poissons sauvages de nos parcours publics, le diable se loge dans les détails. J’en suis désormais convaincu
Fred