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Prospection.

Publié le 06/12/2017, par fly.only
Département : 24 - Dordogne. Rivière : Dordogne.

Le 06/12/2017,

Samedi jour 1. Après un rapide tour au marché de Sarlat pour refaire les provisions en saucisse de foie, direction la Belle où jumelles en main, je compte bien prospecter des secteurs que je connais très mal.

Je privilégie les points hauts pour avoir un maximum de visibilité. Malheureusement, les débits élevés (environ 120 m3/s) masquent la plupart des coups.

Il faut donc se rapprocher, arpenter, trouver des accès, se tromper une fois, deux fois, cinq fois pour trouver une piste, un spot hypothétique. Les paysages sont superbes, leur beauté se combine avec les trésors architecturaux du Périgord noir. Mais toujours pas le moindre gobage. Toujours pas la moindre mouche.

Reprendre la route, changer de berge, se repérer sur la vue satellite… C’est beau mais pas à ces débits.

Puis ce chemin de terre, le long de la berge opposée un rond, des ronds dans les jumelles. Finir la prospection de cette rive avant de sauter le pont. Puis pêcher. Avec de l’eau au genou, je peux attaquer des ronds gras de beaux poissons collés au bord. J’ai trois beaux poissons à portée.

Le premier est un ombre qui prendra ma mouche au moment où je relève. Il vient gentiment au creux de ma main me laisser admirer ses formes rondes. Le deuxième me prendra 10 m de soie au ferrage et explosera mon bas de ligne à la reprise sur le moulinet : soie bloquée dans la manivelle, ça ne pardonne pas. Truite ?

Le troisième est également un ombre très gentil. Je l’amènerai à mes pieds avant qu’il se déferre.

Vers l’aval, l’activité bas son plein malgré une éclosion clairsemée. Je piquerai 4 poissons de plus non sans mal car sur cette partie accessible, les poissons sont tendus. Il est évident qu’ils sont pêchés, très pêchés. Il faut vraiment bien dériver pour les faire monter et tous prennent du bout des lèvres ce qui se traduira par 4 poissons dépiqués dans les trois premières secondes de combat. La nuit glaciale qui arrive me fait sortir de l’eau. Il fera jour demain.

Dimanche jour 2. Gonflé à bloc, boite à mouche remplie de modèles fraîchement montées, je suis prêt pour en découdre à nouveau avec ces ombres tatillons comme je les aime. Le soucis est d’une part que le niveau est légèrement plus haut que la veille et surtout qu’il fait très froid. L’eau est glaciale et les températures à peine positives.

Après avoir enfilé deux paires de chaussettes et trois sous vêtements en polaire sous le wader, je rentre dans l’eau accompagné de Matthias. Les poissons sont toujours là mais il y a très peu de mouches. Les gobages sont sporadiques et les poissons très très très comment dire… GGRRRR ! Comme on a besoin de vues subaquatiques de beaux poissons,  je me concentre sur les plus jolis ronds sans avoir de succès. Avec le froid intense, tout est plus difficile. Le vent, les remous de la surface, le soleil rasant en face de nous, les poissons très compliqués tout se ligue contre nous.

Après de multiples permutations sur le poisson sélectionné, en me mettant au maximum de ce qu’il est possible de faire après trois quart d’heure sur le même objectif, j’arriverai à lui faire manger ma mouche et à le ferrer. Il aura fallu sortir une mouche « création originale » , attendre le moment sans remous en surface, sans vent et le taper plein fer sur dérive courte pour être tendu. Un truc de fou pour finalement le décrocher dans la première seconde de combat. Les boules.

Le constat est sans appel. Le ratio de poissons piqués / poissons en main est ridicule depuis 15 jours en fait, depuis que les éclosions ont changé ce qui correspond aussi au moment où les cormorans sont arrivés. Fini les grosses mouches et les poissons gentils, il faut taper dans du 20/22 pour les intéresser et ne pas faire de vagues lors de l’approche. On a à faire à des poissons peureux, sélectifs, mobiles mais qui ne se déplacent pas sur la mouche. Et qui se déferrent systématiquement. J’ai pourtant essayé pas mal de choses sur la conduite des combats, j’ai monté mes mouches sur trois modèles d’hameçons au profil différent mais rien n’y fait : j’échappe tout.

Bilan de la journée une jolie leçon de la part des ombres avec seulement deux poissons de décrochés pour moi et autant pour Matt.

Lundi jour 3 : c’est décidé, je ne reviendrai pas sur le spot des deux jours précédents bien que certain d’y trouver des ronds. Il faut profiter de l’éclosion de l’après midi pour trouver de nouveaux bancs.

Et c’est reparti pour arpenter les sentiers de gibiers le long de berges abruptes. Je me focalise sur un secteur peu profond où ça pue l’ombre mais sans certitude. J’ai bien scruté 800 m de rivière, mètre par mètre avant d’apercevoir les premiers ronds 300m en amont de ma position.

Vite changer la voiture de place, s’habiller et rentrer dans l’eau. Pourvu qu’ils soient gentils. Car ma fille est partie ce matin au lycée en me taxant ma veste. Et ma boîte de mouches récentes est restée dans la poche. Je pioche une mouche sur l’accroche mouche et je me concentre sur le plus beau rond. À la première dérive je vois passer l’étendard : pendu. Trois secondes après il est toujours au bout ce qui est une victoire en soi. Il est solide, met de bons coups de tête, dévale, dévale non pas ça… Perdu.

J’ai bien réfléchi à ce qui se passe et je pense qu’en fait plusieurs facteurs se cumulent. L’eau est froide, haute et les poissons vigoureux. Cela déploie beaucoup de force lors des combats.

Les hameçons de petite taille ne peuvent pas attraper beaucoup de chair au ferrage. Combiné à la rapidité pour recracher des poissons, quand ça accroche, c’est souvent un minuscule bout de peau. Il est logique que ça décroche plus souvent que sur les gros hameçons.

Il est 15 h 30, il me reste encore quelques poissons à attaquer. Malgré l’éclusée géante qui arrive, la fin des éclosions qui nous mettaient trois heures de champagne les bonnes journées, les emmerdes avec la modération du site qui m’affectent, je tente de savourer ce moment rare. On est début décembre, je suis au milieu de l’eau à pêcher des ombres en sèche. Je viens de passer trois jours à pêcher dans la somptueuse vallée de la Dordogne au coeur du Périgord noir. J’ai découvert de nouveaux spots, dégrossi 15 bons kilomètres de rivière depuis la berge accès compris, j’ai validé de nouveaux modèles de mouches. Et quelques poissons m’ont fait l’honneur de gober mes mouches.

Elle n’est pas belle la vie ? Une dernière photo de ce tronc déformé de manière atypique par l’usure de l’eau et je file au boulot. Ce soir, finalement, je dormirai bien.

Fred