Canne à 2 mains : Les précisions de Claude Ridoire

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Après la mise en ligne de la vidéo sur la pêche de la truite et de l’ombre en noyée avec une canne à 2 mains tournée avec Claude Ridoire l’an dernier sur la Dordogne, les questions sont venues très nombreuses alimenter le post créé sur le forum Gobages.com

En attendant que l’on tourne le deuxième volet, qui sera plutôt tourné vers les différents lancers que l’on peut utiliser dans cette pêche, Claude a accepté de répondre à vos interrogations dans l’article qui suit.

Je le remercie du temps qu’il a passé pour nous faire partager sa passion et ses (immenses) connaissances.

Patrick

Pêche noyée à deux mains :

Merci à tous pour l’intérêt porté au premier tournage du sujet précité, malgré la journée la plus « pourrie » d’Octobre 2016. Cette entrée en matière sur Gobages.com a lancé bon nombre de questions …

Parfait, et dans l’attente d’une autre occasion de retrouver Patrick pour tourner la suite, il me semble opportun de répondre d’ores et déjà à certaines d’entre elles.

Le « Créateur » nous à doté d’infinies possibilités avec notre corps et la pratique de nos sports favoris en est d’autant plus facilitée pour autant que l’on tente d’utiliser toutes les fonctions…
J’ai pris deux grandes leçons à cet égard.
À cinq ans, tenir une canne à friture était déjà une performance afin de ne pas perturber la dérive de mon flotteur !!! Quand mon père sous le moulin familial me démontrait que d’agiter le fond avec les pieds m’attirait un maximum de beaux goujons, j’étais perplexe et perdait mon équilibre dans l’eau glacée !!!

Bien plus tard en fin des années 70, au bord d’une rivière norvégienne, je rejoignais Lucien Bonnenfant. C’était à l’époque le « pape » du saumon malgré son âgé avancé. Tout fier de lui montrer ma dix pieds déjà baptisée sur quelques migrateurs de bonne taille, je le vis sortir en grand gentleman du coffre de son élégante voiture allemande une série spéciale fabriquée pour lui par Hardy (rien que cela…) de vingt pieds !!!!! En action, même avec les premiers carbones, c’est un géant qui me doublait la distance de lancer…

Esprit de la canne à deux mains :

Outre l’outil complémentaire aux cannes à une main d’aujourd’hui que ce type de longueur procure techniquement en plus, elle demeure un autre positionnement de la pêche à la mouche avec des adeptes qui y restent attachés à tout jamais.

Plus nombreux dans le milieu des migrateurs où certains ne font plus machine arrière, il en existe aussi sur des poissons sédentaires (truite, ombres).

À mon sens les principales raisons étant les suivantes :
– De par l’histoire c’était l’outil à tout faire de nos anciens, pour notre Limousin, la Pelaude, pour les Écossais et Irlandais la « une main et demie »….
– C’est l’outil ultime des grandes rivières qui marie distance et contrôle soit la quintessence de la lecture de l’eau et des belles dérives,
– En comparaison au golf c’est l’outil de pêche qui moyennant du « practice  » amènera l’utilisateur vers une gestuelle élégante et efficace qu’il va parfaire au fur et à mesure de ses sorties.
– C’est l’outil polyvalent de référence qui pourra se satisfaire des variations de tous niveaux, de toutes les positions du pêcheur par rapport à la berge, emmener tout type de densité et longueur de propulseur et surtout s’adapter au mieux à tout volume et poids de mouches.
– A mon avis, c’est l’antithèse parfaite de la pêche hybride actuelle, au fil, sans besoin de soie « propulseuse », que je qualifie de génération « tungstène ». La canne à 2 mains est la pêche où la pénétration dans le lit du cours d’eau est minimale, avec des mouches légères portées à longue distance !!!

Il y a une vingtaine d’années déjà sur la côte ouest du continent américain et canadien dans la pêche de la steelhead, je voyais poindre des cannes à saumon dites « Light » et cette évolution est maintenant bien ancrée sur les truites sédentaires.

Des fabricants américains ont ainsi pris le contre-pied. En France en dehors de l’ami Guy Plas qui créait la Corrézienne dès les années quatre-vingt, le vide en la matière est complet.

J’ai bricolé, pour la mouche, pendant des années des cannes anglaise/toc très légères et progressives. Ceci avec de bons résultats mais dans des puissances trop faibles (10 à 13 grammes) pour des longueurs de treize pieds.
Le seul fabricant /concepteur qui a su écouter le besoin fut Pierre Sempe pêcheur aux appâts naturels qui manage parfaitement ce type de longueur dans une autre technique tout aussi fine.

Utilisation /Caractéristiques :

J’entends par canne à deux mains légères, le rang des longueurs de 11’6 à 13 pieds dans les puissances de 15 à 25 grammes.
Selon le couple puissance /longueur pour le moucheur ces cannes sont utilisables dans toutes nos diverses pratiques et en tentant un ordre chronologique d’avantages :
– dérives aval mouches noyées légères,
– pêche en sèche ou nymphe à une main,
– pêche au streamer y compris carnassier avec de longs montages,
– nymphe amont/aval avec mending pour dérive inerte,
– nymphe avec indicateur.

En outre une pêche au toc aux appâts naturels ou nymphes artificielles avec de tels outils est un régal.

Comparativement au rang des cannes à saumon classique (puissance 25 à 45 grammes) l’apprentissage est un peu plus complexe selon divers facteurs (influence des vents, courants porteurs, bdl fins…), mais en terme de précision et délicatesse de pose, comparable voire supérieur à une canne à une main courante à distance.
La pratique au bord de l’eau reste comparable à celle des migrateurs dans des zones similaires (fonds de radier, têtes de courants, obstacles dans courants……).

En deux mots c’est du même « tonneau » mais en plus fin …

Où et quand pêcher à deux mains ?

Globalement sur les grandes rivières avec des débits soutenus avec peu de recul arrière pour des distances supérieures à quinze mètres jusqu’à trente.

Longueurs :

Pour débuter en la matière je conseille vivement une Switch de 11’6 qui autorisera tous les types de pêche à une ou deux mains mais surtout des lancers Spey /double Spey cast, Snap T, Snake Roll dans toute les positions y compris sous des voûtes d’arbres en berges à fort niveau.

Des puissances de 15 à 18 grammes sont largement optimisées pour truites et ombres.

C’est un prototype de ce genre qui m’a permis en laissant dériver en inerte une nymphe la prise de ma plus grosse Fario à 82 centimètres sur 20/100 èmes.

Par la suite l’utilisation de cannes de douze à treize pieds répondra avec un peu plus de puissance (15 à 23 grammes) aux conditions plus délicates mais en se privant petit à petit cependant des possibilités en sèche à une main.

La soie ou propulseur :

C’est la question cruciale, récurrente et parfois butoir.

Il s’agit du chapitre essentiel de cette pratique. En mettant de côté tous les acquis relatifs aux numéros de soie, mais surtout le flou commercial qui l’entoure, parlons tout simplement avec notre système métrique en longueurs avec des mètres et en poids avec des grammes …

La puissance en grammes correspond aux capacités de la canne à propulser à l’optimal en lancers roulés (Spey cast,snake roll).

Pour des lancers au dessus de la tête, il est possible d’alléger de dix pour cent le poids de la soie par l’absence d’appui sur l’eau.

Pour des pêches courtes en sèche ou nymphe où vitesse et cadence s’imposent, un allègement supplémentaire de dix pour cent est possible aussi.

Par exemple une switch 11’6 marquée 15 grammes sera utilisable à cette puissance en noyée aval pour des lances roulés.

En sèche ou noyée au dessus de la tête à longue distance, une soie de 13,5 grammes conviendra et 12 grammes en sèche ou nymphe à courte distance.

En fait il suffit de retenir les deux cas extrêmes.

À vos pèse-lettres mais m’omettez pas la longueur du fuseau propulseur. Cette deuxième variable qui complète le couple poids/longueur est essentielle. Dans ces pêches encore légères la longueur à armer se situe selon l’expérience, la stature du lanceur, sa position par rapport au niveau de l’eau entre 2,5 et 3 fois la longueur de canne.

En reprenant l’exemple précédent de la switch, le fuseau de lancer hors tête de scion se situera entre 8,60 et 10,35 mètres. À cela il faut ajouter une longueur de canne de bas de ligne plongeant ou non avec sa pointe et la longueur de la canne.

Toujours avec le même exemple on se retrouve à armer un ensemble qui potentiellement pêche déjà entre 4,5 et 5 longueurs de canne soit 15,25 m à 17,25 m !!!

En final la partie courante (running line) fera la distance finale pour des distances usuelles totales de 25 à 30 mètres.

Soie ou fuseau de lancer :

À mon avis ce sera selon la largeur de la rivière, soit donc :

– Soie wf pour des cours d’eau moyen et distance de lancer entre 10 et 20 mètres.

– Fuseau (shooting) avec partie courante ( running line) pour les grands cours d’eau dans des pêches au delà de 15 mètres.

Alors qu’il y a quelques décades, se procurer une soie décentrée (wf) avec un corps d’environ 9 m (30 feet) était très facile, le choix excessif des profils actuels nous a privé de ce dont nous avons le plus besoin ici !!!
D’autre part, même si quelques rares profils correspondent à notre recherche les parties courantes (running) sont bien trop grosses en diamètre. Un diamètre de 60 à 70 centièmes glissant procure des shoots longs et aisés. Rares sont les soies maintenant qui disposent de ces critères…

Pour les fuseaux, la recherche est un peu plus aisée pour le couple poids/longueur prédéfini ci- dessus. La partie courante dans les valeurs souhaitées de diamètre ci-dessus est facile à trouver avec des jonctions boucle dans boucle de plus en plus discrètes. Celle-ci s’apparente maintenant à la texture et fabrication de soie parallèle.

Mais le plus intéressant, le plus simple et bien sûr le plus économique reste de se fabriquer soit même le fuseau flottant à partir d’une ancienne soie. Vous lui donnerez tous les critères requis de votre canne… J’avais à cet effet il y a une quinzaine d’année édité un article à ce sujet ( ndlr : à la demande de Claude, je joins la copie de cet article du n° 40 de PS en fin d’article).

Le sujet est vaste et complexe mais peut vous amener vers le »graal » suprême…

Claude Ridoire

Art. Pêches Sportives n° 40, sept-oct 2002 :

L’encadré :

Les jonctions par boucle :

Ndlr : désolé, la mise en page n’est pas optimale.