Retour aux sources

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Partir avec un sac à dos, une canne, des mouches, une tente, un briquet et quelques provisions. Retrouver le contact avec la nature, que l’on perd facilement avec le quotidien ; Goûter le temps de quelques jours à une forme de liberté peut être ? Avoir un but, et y parvenir comme bon nous semble. Cette fois le but était de marcher jusqu’aux sources de la Loire au Mont Gerbier de Jonc en Ardèche, en partant du Puy en Velay ( Haute Loire).

Un chemin existe : le Gr3 (1240km du Gerbier de Jonc jusqu’à Guérande en Loire Atlantique), un des plus vieux Gr de France à avoir été balisé. Amener la canne était une des conditions de ce trip, et donc de pouvoir pêcher le plus possible pour découvrir au maximum ce fleuve que j’ai tant pêché. Alors que le Gr3 passe plus de temps sur le plateau du Devès que dans la vallée de la Loire,  j’ai apporté quelques modifications personnelles pour le tracé de mon chemin pour qu’il me corresponde et me convienne au mieux ! 8 jours de libres pour réaliser cette marche : la seule contrainte.

C’est sans prétention que je vais vous livrer quelques infos sur la marche, le chemin, la pêche, le bivouac.

Coubon – Le Mas de Bonnefont

Je décide de partir de Coubon une commune limitrophe du Puy en Velay pour éviter toute la partie urbaine du Gr3 à la sortie du Puy en Velay. La Loire est alors une rivière large d’une bonne dizaine de mètres.

La Loire à Coubon
La Loire à Coubon
La Gazeille à Colempce
La Gazeille à Colempce

 

Le Gr 3 monte sur les hauteurs de Coubon pour ensuite bifurquer et descendre sur la vallée de la Gazeille, une rivière moyenne descendant du Mont Mézenc au sud-est de la Haute Loire. Ensuite, il remonte sur le plateau pour rejoindre les Salles de Saint Martin de Fugère.

Panorama sur les hauteurs de Onzillon
Panorama sur les hauteurs de Onzillon

Bivouac de prévu au Mas de Bonnefont, un ensemble de maisons niché dans un méandre de la Loire, proche de la source ferrugineuse de Bonnefont anciennement exploitée puis abandonnée à cause de son accès très difficile. Le Mas a été récemment rénové, pas d’eau, ni électricité mais le cadre vaut le coup !

Courant sous le Mas de BOnnefont
Courant sous le Mas de Bonnefont

Repos, préparation du bivouac, et pêche, peu fructueuse, la Loire est haute et froide, les poissons peu actifs pour ce mois d’août. Un feu, un livre, un bon pull réussissent à me plonger dans un état de plénitude et de bien être. Etre en pleine nature, seul, permet de pouvoir écouter, prendre le temps comme il vient sans obligation, ne pas se prendre la tête…

Vallée autour du Mas de Bonnefont
Vallée autour du Mas de Bonnefont

 

Mas de Bonnefont – Goudet

Une traversée d’un radier permet de rejoindre un sentier descendant de la vallée du ruisseau du Ceyssoux, ensuite celui-ci longe la Loire jusqu’à Goudet avec parfois de très beaux points de vue sur la vallée. Rencontre d’un coureur qui descendait du Mont Gerbier de Jonc, après présentations il me confie qu’il n’est pas passé par le Gr3 entre le pont de la Borie et Lafarre, car un chemin plus près de la Loire permet de rester à portée de vue de la Loire tout du long, on regarde la carte, je note le conseil.

Chemin personnel (en rouge vif) dans la vallée
Chemin personnel (en rouge vif) dans la vallée

La rivière est toujours assez large avec des très beaux courants, et de jolis radiers, des plages de sable ou de galets, dans une vallée encaissée et boisée de feuillus et parfois de pins. Goudet, petit village avec son château dominant la vallée.

Courant en aval de Goudet
Courant en aval de Goudet
Arrivée sur Goudet, panorama sur la vallée de la Loire
Arrivée sur Goudet, panorama sur la vallée de la Loire

Le bivouac peut aisément se faire sur le parcours no-kill de 1.2km en amont de Goudet, au bord du plat des Pradaux.

Très beau parcours, encaissé, avec des secteurs de petits canyons, et d’autre plus calmes permettant une pêche en sèche très agréable. Pour un mois d’août il fait assez froid et l’humidité tombe très vite le soir, le coup du soir s’est fait sur de petites éphémères claires imitées par des montages parachutes ou des voiliers en hameçon 18  de couleur olive.

Plat du no-kill des Pradaux
Plat du no-kill des Pradaux

La prise de poisson devient alors accessoire. S’asseoir sur un rocher, attendre les gobages, les repérer, attendre que les poissons soient bien attablés, et puis observer les ronds bien gras engloutissant des éphémères se laissant naïvement dériver sur le nez des truites, me contente, me rend tout simplement heureux.

Truite du matin en sèche
Truite du matin en sèche

 

Observer la nature
Observer la nature

Goudet – Arlempdes

Carte du chemin emprunté (en rouge vif)

Après une nuit de pluie, réveil en douceur par les écureuils jetant sur la tente leurs restes de noisettes. La remontée se poursuit le long de la Loire, le chemin se perdant parfois dans des secteurs de rochers, puis serpentant dans une hêtraie très agréable, il suffit ensuite de traverser la Loire sur un radier (hauteur de genou max) pour pouvoir atteindre les remparts du premier château de la Loire : Arlempdes. Site très impressionnant : un piton volcanique formé d’orgues basaltiques de plusieurs dizaines de mètres. la Loire serpente à son pied. Ajoutez à cela un château en partie en ruines au sommet et une petite chapelle juste au bord de la falaise…

Les falaises d’Arlempdes et son château
Remparts du château
Remparts du Château d’Arlemdpes

Bivouac un peu à l’étroit sur le parcours amont de  Arlempdes. Deux amis m’ont rejoint pour finir l’aventure. Le  coup du soir est sympa avec toujours les mêmes éphémères,  des poissons un peu actifs en surface, des truites et un ombre…  Nous sentons que la Loire a perdu quelques mètres de largeur, et les courants sont beaucoup plus marqués qu’en  aval de Goudet avec une succession plus régulière de radiers  et de courants. Sa vallée est moins profonde.

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Secteur d’Arlempdes
Truite du secteur de Arlempdes, sur une olive hameçon de 16
Truite du secteur d’Arlempdes

 

Arlempdes – Lafarre

Cette journée, nous reprenons le parcours du Gr3, pas de chemin praticable par la vallée à ma connaissance. Le chemin remonte donc sur le plateau par Vielprat, puis bifurque sur la vallée de la Langougnole. Le plaisir de la randonnée est que nous marchons à notre rythme, et que l’on peut faire des arrêts pour toutes les raisons, notamment lorsque nous trouvons des champignons. Trompettes de la mort et cèpes sauront très bien agrémenter le plats de pâtes du soir, cuites sur le feu de camp.

Cuisine sur le feu, rien de telle!!
Cuisine sur le feu, rien de tel!
Récolte de trompettes de la mort, et quelques châpeaux de violets
Récolte de trompettes de la mort, de cèpes et quelques chapeaux de violets

Passée la vallée de la Langougnole, un vieux pont arc, fermé, car menaçant de s’écrouler, et une montée suffisent pour arriver à Lafarre. En redescendant sur la Loire vous pourrez trouver un parcours no-kill très sympa avec une succession de grosses veines et de petits courants peu profonds sympas en coup du soir.

Pont sur la Langougnole

Quelques averses de pluie et du soleil, un temps incertain qui faisait sortir des éphémères claires encore et toujours, mais les poissons ne sont pas dehors. Le soir : feu, préparation des champignons, cuissons, et rencontre avec des pêcheurs de Goudet venus faire le pré-coup du soir sur le parcours.

La fin du No-kill de Lafarre
La fin du No-kill de Lafarre

Echanges sympas sur des astuces pour faire les nœuds barils, les raccords fil-fil, et les micro-boucles. C’est aussi ceci la randonnée : des rencontres étonnantes, et très sympathiques, le hasard fait bien les choses parfois.

Truite du no-kill
Truite du no-kill
Vallée entre Arlempdes et Lafarre
Vallée entre Arlempdes et Lafarre

Je crois que Lafarre a été le meilleur endroit pour bivouaquer car on a de l’espace pour mettre la tente, c’est assez ouvert donc le soleil sort assez tôt au dessus de la vallée, et l’endroit est assez spacieux.

 

Lafarre – Pont de la Borie

Le chemin repart et traverse le ruisseau du Nadalès, ruisseau qui à cet endroit forme de véritables gorges, avec des toboggans, des petits canyons, et autres formations assez impressionnantes pour un ruisseau de cette taille. Ensuite le chemin repart sur le plateau, bordant des forêts plein nord. Encore une fois des girolles et des cèpes agrémenteront nos pâtes pour la soirée.

Les girolles
Les girolles

Nous suivons le chemin, passant du même coup en Ardèche et quittant la Haute Loire, jusqu’à Chanteloube, puis nous continuons sur un chemin conseillé par un coureur rencontré à Goudet qui m’a conseillé de passer par là pour rester au maximum au bord de la Loire et avoir un éventuel bivouac de possible ! Pas de regret, sentier très sympa.

Chemin emprunté en rouge vif

La végétation est vraiment différente, avec une influence méditerranéenne assez présente, des buissons. Il fait un peu plus chaud, plus sec et la vallée est beaucoup moins creusée. Bivouac deux méandres avant le Pont de la Borie. Le coin est sympa, la Loire est beaucoup moins large, moins de débit, les vasques sont marquées par de grosses veines et les trous sont assez profonds. Les rives sont plus boisées.

Vallée de la Loire en aval du pont de la Borie
Vallée de la Loire en aval du pont de la Borie
Bivouac aval du Pont de la Borie
Bivouac aval du Pont de la Borie

Si vous voulez bivouaquer dans ce coin, je vous conseillerais de pousser deux kilomètre plus loin sur le chemin et de dormir rive droite dans le méandre juste avant le pont de la Borie, une grande plage d’herbe et de galets, très ouverte, spacieuse vous attend.

 

Pont de la Borie – Ste Eulalie

Initialement, j’avais prévu cette étape en deux jours, mais ces étapes étaient sans pêche car le Gr3 quitte complètement le cours de la Loire pour couper à travers les montagnes en partant du Lac d’Issarlès, pour arriver sous le Béage et bifurquer vers le Gerbier de Jonc.

Le lac dIssarlès
Le lac dIssarlès
Le pont de la Borie sur la Loire
Le pont de la Borie sur la Loire

 

Mais des problèmes de santé pour l’un d’entre nous, nous a contraints de changer les plans, ne pouvant plus marcher par manque de force. Nous avons décidé après réflexion de faire du stop pour avancer… Donc pour cette portion je ne peux pas vous dire grand-chose sur le plan randonnée. C’est ainsi que nous nous retrouvons à lever le pouce à la sortie de Lac d’Issarlès. Au bout d’un certain temps, nous avons été pris, tout les 3, jusqu’à la sortie du Béage, puis ensuite du Béage jusqu’à Ste Eulalie. Ainsi, nous avons pu avancer rapidement en peu de temps ce qui nous fait quand même plus de pêche et de repos…  A Lac d’Issarlès, vous trouverez tous les magasins nécessaires au ravitaillement.

Paysage vers Ste Eulalie
Paysage vers Ste Eulalie
Le Suc de Montfol
Le Suc de Montfol

Le paysage a totalement changé, avec beaucoup moins d’arbres, des sucs de phonolite (anciens volcans). A Ste Eulalie, la Loire est un gros ruisseau serpentant dans les prés alternant les petits courants et les grands plats bordés d’ajoncs. La pêche avec une imitation de sauterelle est amusante. Un no-kill en aval de Ste Eulalie possède une assez belle population de très jolies truites pêchables éventuellement à vue si le vent ne s’en mêle pas (ce qui est assez rare).

Confluence entre la Loire et le ruisseau d Aigue Nègre, le Gerbier de Jonc au fond
Confluence entre la Loire et le ruisseau d’Aigue Nègre, le Gerbier de Jonc au fond
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La Loire en aval de Ste Eulalie
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No-kill en aval de Ste Eulalie

 

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Belle truite du no-kill de Ste Eulalie

Le Gerbier de Jonc (sommet à 1551 m) est un dôme de phonolite, lieu assez fréquenté par les touristes, lieu géographique des sources de la Loire. Il n’y a pas qu’une source, mais en réalité il y en a un bon nombre, qui après quelques centaines de mètres forment un petit ruisseau qui n’est autre que la Loire… Difficile de s’imaginer qu’elle va parcourir 1006 km jusqu’à l’océan… D’en haut nous avons un panorama à 360°, ce qui nous permet de voir la différence entre la topographie beaucoup plus douce au nord (Haute Loire) qu’au sud (Ardèche) avec des vallées très profondes.

Panorama du Haut du Gerbier de Jonc
La vallée de la Loire vue du Gerbier de Jonc
La vallée de la Loire et ses sources vue du Gerbier de Jonc
Panorama des sources de la Loire et sa vallée
Panorama des sources de la Loire et sa vallée

Un trip qui se finit aux sources de la Loire, voir son évolution géographique, morphologique, très sympa et permet de mieux comprendre et connaitre cette rivière que je vais encore pêcher c’est certain !

Un retour aux sources qui permet, pendant quelques temps, d’avoir le sentiment d’être libéré de toute contrainte ; une tente, un feu, un chemin, la nature, une rivière, éventuellement une canne, et nous voilà plongé au cœur de la magie. Laissez-vous vivre ! Et osez l’aventure !