Ne pas prendre le drone avant le saumon

Sous un tel titre pour le moins surprenant, je voulais vous livrer les réels méfaits sur notre passion, de la culture de l’égo via les moyens modernes de communication.

Auparavant en matière de chasse, et bien ailleurs, il ne fallait point vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Je me propose donc de vous narrer une réelle histoire parallèle de pêche vécue cet été ayant abouti à une «double bredouille venimeuse».

En quarante années de recherche du saumon, j’ai compris que certains parcours étaient plus facilement accessibles via un petit groupe. C’est souvent le cas, et pour l’Islande plus particulièrement, même dans des budgets de haute volée…

Un tel groupe ainsi formé, en général sympa, autorise : échanges, partages, unité pour le propriétaire des lieux, respect global des règles…

Et cette petite communauté dotée d’un « chef de bande » autorise le retour d’une année sur l’autre, à conditions de se tenir en gentleman même au titre d’invité payant… Et Dieu sait si le prix est élevé dans ce joyau halieutique qu’est l’Islande !!!!

La quatrième canne de mon petit groupe Français pour pêcher la Blanda grande rivière semi-glaciaire du nord de l’île a été laissée cette saison à la faveur d’un couple de pêcheurs limousins. Même si j’avais peu adhéré jusque-là au système de la canne partagée, ces « ex-amis » (vous comprendrez pourquoi à la fin de l’histoire…) sont rompus aux parcours islandais à la recherche de salmo salar et avaient parcouru en visiteurs l’année dernière la rivière.

Celle-ci dispose d’un bon débit (45 à 55 m³/s) et est parfois teintée comme toute rivière glaciaire. Spécifiquement la saison écoulée fortement arrosée du printemps à l’été concorde avec des débits d’eaux plus importants et des températures beaucoup plus basses qu’à l’accoutumée. Le complet maniement de la canne à deux mains est indispensable tout comme la lecture des grands pools, en deux mots le Gave au mois d’avril.

Notre couple pêcheur est avide de reportages internationalisés avec divers blogs dans différentes langues où ils mettent en avant leur nombreux périples halieutiques.

Les trois cannes usuelles de cette mi-juillet au top de la saison que je fédère font profiter de leurs expériences antérieures (pools, zones propices, prêts de matériel, meilleures mouches…) ces nouveaux venus. La densité des fuseaux varie du plus plongeant S3 au flottant pointe plongeante, rien de lourd et pour ma part je reste en mouche légère souple avec hameçon simple comme d’habitude.

Le séjour débute à l’heure même où la France devient pour la deuxième fois championne du Monde de football.

Aux premières séances de la semaine de traque, les prises sont minces mais quelques poissons de bon calibre sont mis au sec (86,88 et 92 centimètres dans le groupe).

Un Islandais relâchera aussi un 102 cms sur le principal affluent La Svarta. En fait notre quatrième et nouvelle canne s’impatiente de toucher un poisson et fait état de sa volonté de faire voler son drone stocké en permanence dans le sac à dos pour la future prise.

Les conditions s’améliorent petit à petit en milieu de séjour, le vent de folie se calme tout comme les giboulées de pluies glaciales et malgré le débit les poissons sont présents dans des zones propices au repos de la montaison.

Les trois habitués du groupe se ravissent de la puissance de ces saumons tous frais et puissants, mais notre couple commence à prendre ses distances. Une de leur deux cannes 13 pieds au « rabais chinois » casse et il méprise la pêche autre qu’en soie flottante.

Nos conseils, indications restent vains…

Le manque d’image et de tournage en action se fait sentir âprement.

Hélas les six journées de pêche intenses s’achèvent et la bredouille est bien présente. Elle est double : une en fuseau d’argent et une pour la communication…

J’avoue avoir connu la première à l’issue de voyages lointains, c’est frustrant, mais la seconde ne m’avait jamais effleuré !!!!!

Voilà la pêche du saumon ou communément des migrateurs ! (In English : it´s salmon fishing….).

Ce besoin de communiquer, montrer son image n’a en fait pas de limite…

Quelques semaines plus tard, je découvre ô surprise sur le blog de notre couple un « english » délirium d’attaques contre la rivière, son règlement, sa gestion et surtout les pêcheurs présents !!!!!!

De tels propos sont le fruit de l’inaction du drone à n’en pas douter, mais surtout d’un parfait manque d’objectivité. Je dénoncerai ces propos auprès de leurs auteurs et à réception de cette dénonciation l’article sur le blog disparaîtra !!!!!!!!

Les moyens aux prises de vues sont maintenant diversifiés, accessibles et très efficients pour notre passion.

Néanmoins, et surtout dans la pêche très aléatoire du migrateur, très peu nombreux sont les pêcheurs et surtout les très bons à mettre en œuvre ces moyens en phases de succès seuls. Cumuler de telles capacités sont choses rares, mieux vaut les dissocier. 

Ne pas démarrer le drone avant d’avoir attrapé le saumon pourrait être la morale de cette histoire que je vous laisse méditer.

Claude Ridoire