Les infos sur les populations de poissons du nord ouest de l’Islande manquent cruellement, mais au vu du nombre de lacs existants, et du tissu de rivières qui les relient, nous ne devrions pas avoir de mal à trouver de jolies farios, et autres arctic charrs.

Partie 2 /4 : La quête du premier lac

L’arctic charr, omble chevalier, ou saumon de fontaine, peut atteindre des tailles impressionnantes, nous ne rencontrerons que peu de gros sujets….

Le jour du départ approche, tout est réservé par internet. Incroyable tout de même d’imaginer qu’en 2012, on peut se concocter un séjour « into the wild » juste à l’aide d’internet. Quelle époque nous vivons !

Maintenant que tout est réservé, il faut que j’utilise au mieux mon temps libre pour me confectionner une boîte de mouches efficace pour l’Islande.

On ne débarque pas à l’étranger avec sa boite de mouches françaises, ce serait un manque de respect envers les poissons du pays, qui recherchent une nourriture bien spécifique. Le moucheur se doit de comprendre et d’imiter ! Ce sont donc les espèces présentes et le type d’endroit que l’on pêche qui vont dicter la composition de la boîte à mouches du voyageur.

Pour ce voyage de pêche n°8, les espèces recherchées seront la truite fario (salmo trutta fario), sous 3 formes : lacustre, de rivière, et de mer. Quel panel fascinant ! Notre deuxième cible sera l’arctic charr ou omble chevalier (salvelinus alpinus).

A noter que les truites peuvent atteindre une taille respectable en Islande, et que les truites arrivées fraîchement de la mer ont une défense explosive, d’où un matériel robuste nécessaire.

Le type d’endroit que nous pêcherons est assez inédit pour moi, puisque nous rencontrerons sur notre parcours une majorité de lacs, et dans une moindre mesure, nous pêcherons les rivières qui les connectent.

Le panorama d’un lac Islandais, toujours écrasé par un ciel lourd, humide et sombre. Le pêcheur se fiche de la météo, il se régale par tous les temps !

Pour la pêche en lacs l’utilisation de streamers est donc essentielle.

Apparemment, les couleurs flashy comme le rose et le vert ont un bon rendu sur les arctic charrs…. Montons ces petites merveilles !

Effectivement, les couleurs flashy ont bien marché. En fait, toutes les couleurs pêchaient, les poissons ne font pas de prétentions en Islande, c’est l’instinct qui surgit.

Mais les poissons peuvent aussi se montrer très gobeurs dans les lacs, il ne faut donc pas oublier un assortiment de mouches sèches pour les jours où les ronds crèveront la surface….

Pour finir, comme nous aurons tout de même des rivières à pêcher, il nous faut aussi emmener une gamme de nymphes équilibrées en poids, pour peigner les courants des eaux glacées.

 

Voila qui nous donne après des heures de travail une boîte à mouches bien colorée, riche en bonnes bouchées pour les poissons voraces de l’île de glace.

Une canne en soie de 8 semble adaptée à la taille des poissons, et surtout assez puissante pour affronter le vent qui ne nous lâchera pas.

Il ne reste plus qu’a calculer les provisions emmenées : 13 jours que multiplient 2 repas, que multiplient 3 gaillards !

Nous répartissons les repas entre pâtes, jambon fumé, saucissons, et autres soupes aux nouilles.

Mardi 17 juillet, nos sacs sont prêts. Marco et Ludo sont venus un jour plus tôt de leur Charente natale, pour que l’on pêche ensemble les rivières du nord est, afin de s’échauffer.

Eh bien, nous avons eu droit à un bon échauffement, car malgré une eau teintée par les orages, nous avons fait un gros carton d’ombres et de truites…….

De l’ombre à l’omble il n’y à qu’une lettre…. Et quelques milliers de kilomètres !

Les ombres de plus de quarante plient le carbone, et hissent toutes les voiles dehors… Marco, ce diable, sort encore son épingle du jeu, et arriver à gauler un poisson de 45 cm en nymphe à vue dans une eau brouillée.

Marco, ou l’homme à la vue bionique, casse encore la baraque en prenant une truite improbable à vue. Normal !

Plus rien ne m’étonne avec lui en matière de pêche. Je sens qu’il va encore nous faire des étincelles en Islande (et il en fera…).

Une journée préliminaire sous les meilleurs auspices…. Nous passons sur notre route dire bonjour à Benjamin Clerget, moucheur-bloggeur invétéré, très sympathique comme tous les camarades de la grande famille de la mouche.

Minuit sonne à l’aéroport de Cologne, et notre avion décolle. Frissons et haut le cœur.

Est-ce l’adrénaline de l’aventure ou l’excitation de voler, surement un mélange des deux !

Nous quittons l’aéroport en rêvant aux poissons français… Une fois dans l’avion, de nouveaux rêves s’élaborent dans l’ivresse du voyage.

Arrivée sur le sol islandais dans l’aube de la nuit polaire quasi inexistante. La vue du hublot me rappelle une fois de plus les pays nordiques que j’ai parcourus, royaumes de la toundra.

Tout est facile et si bien indiqué dans ces pays puritains et organisés… Il nous est très facile de trouver le bus qui va nous emmener au fin fond de l’Islande.

La capitale qui reste tout de même bien verte et propre s’efface pour laisser place à la vraie nature, où les nuances de vert s’expriment encore plus clairement dans la toile du paysage.

Tout est volcanique ici. On imagine facilement que toutes ces montagnes sombres érodées par les vents polaires sont les vestiges des coulées de laves refroidies et figées depuis bien longtemps.

Ambiance « dark » !

N’oublions pas que l’Islande est une île jeune. On peut encore y observer les balafres récentes de la tectonique des plaques dans le relief.

Les nombreuses cascades sont la preuve de mouvements de terrain récents en termes de géologie, mais tellement lointains pour nous, pauvres humains.

Les cascades ont rythmé nos vagabondages de lacs en lacs…

Au delà de la géologie qui attire l’œil, c’est la quantité d’eau qui va choquer le moucheur.

La moindre anfractuosité est occupée par l’élément de vie. A peine quitte-t-on des yeux l’horizon marin, que le regard tombe sur un fjord, rebondit sur un lac, et glisse vers une rivière. Quels ricochets de bonheur pour un moucheur !

Etant un fervent croyant de la capacité de l’eau à dégager des ondes positives, je dois avouer que je me sens bien dans ce paysage. Il y a cependant un bémol a cette symphonie aquatique : le niveau des rivières est très bas, et beaucoup de lacs sont à sec.

Un local nous annonce que la sécheresse sévit depuis quelques mois en Islande. Dommage pour la pêche. Espérons que nos lacs ne seront pas trop touchés par cette disette aquatique.

Notre bus s’enfonce vers le nord, et longe la côte déchiquetée.

On ne distingue même plus la différence entre les fjords et la mer.

Si le noir volcanique des montagnes s’efface pour donner place au vert organique de la toundra .

Nous arrivons au petit village marin de 800 âmes. Avec son pont sur la charmante rivière Blanda (qui nous est interdite car on y pêche le saumon)

Il ne nous reste plus qu’a trouver le bus qui va nous mener à l’étape finale de notre parcours ou l’énergie de nos jambes prendra le relais sur celle des hydrocarbures.

Cependant, pas de bus en vue, mais un minuscule van, affrété spécialement pour nous. Nous devons être les seuls types assez fondus pour aller s’enterrer le bas, doit penser le chauffeur.

S’il savait les images que l’on a dans la tête, et l’état d’excitation dans lequel on est, le pauvre.

Les rêves de truites-panthères deviendront réalité sur le sol islandais…

Le « wild » islandais nous déroule son tapis vert… La route serpente le long de la côte. On essaye de faire comprendre à notre chauffeur qu’il faut nous déposer au pont sur la rivière.

C’est un vrai gars du cru : roux, peau blanche, et bien sûr, il ne parle pas un mot d’anglais.

C’est le fou rire dans la voiture…

Nous insistons, et passons avec une méthode que nous pensons efficace. On revient aux basiques, la feuille et le crayon : « You take us to the bridge on the river ».

Je décortique ma phrase dans un anglais lent et haché, tout en mimant une rivière sous un pont. Non, c’est peine perdue !

Le gaillard nous déposera tout de même quelque part le long de la rivière….

Nous voilà seuls, prêts à en découdre avec la nature vierge, sacs bien accrochés à nos carcasses.

Notre première vision de l’Islande sans traces de l’homme. Enfin, on respire.

Nous avons déjà l’itinéraire en tête. Simple et efficace : remonter la rivière jusqu’à trouver le lac. A peine la marche commence que le paysage dévoile une beauté indécente. Des monts aux multiples nuances de verts, ridés par l’érosion des rivières glaciaires. Quelques taches coriaces de neige font face à la chaleur accablante de ce mois de juillet (12°C).  La marche est très agréable (pour le moment) sur ce petit sentier bien dessiné le long de la rivière, qui est simplement un chemin de pêcheurs.

Nous découvrons sur les premiers mètres de la piste  nos compagnons qui nous suivrons durant tout le voyage : des courlis qui gazouillent sans répit au rythme de nos pas.

Les oiseaux seront nos seuls compagnons durant notre odyssée dans le « wild » islandais

Mais ce n’est pas un chant de bienvenue qu’ils entament. Malgré leur air attachant, et le joli fond sonore qu’ils diffusent, ces oiseaux sont bien en train de défendre leur nid.

C’est incroyable comme ces piafs osent aller au devant de l’ennemi pour protéger leur progéniture. Je doute que nous humains, soyons capables d’intimider un être dix fois plus grand que nous, dans le seul but de protéger notre descendance.

Je voudrais lui dire à ce bel oiseau que je ne lui veux aucun mal, du moins beaucoup moins qu’à certains humains.

Nous  avons du mal à nous situer sur la carte. La montagne située sur la rive opposée de la rivière devait se mettre à fondre si l’on en croit les lignes d’altitudes, cependant, elle reste massive et hautainement belle face au ruban de nos pas.

Je commence à douter de l’exactitude de ma carte chinée sur le net, et bien sûr, je n’ai pas chargé la carte de ma « world map » sur mon GPS de marche.

Le chemin se resserre dans le relief, et les tourbières humides tellement appréciées du randonneur commencent à  apparaître.

Des mauvais souvenirs de la Laponie me reviennent en tête. Tout commence par des semelles qui suintent dans de la sphaigne à fleur de peau, puis la marche se finit en une lutte digne de la chasse à l’homme au Viêt-Cong, embourbé jusqu’à l’entrejambe.

Pas cette fois ci. Je ne sais pas si c’est ma bonne étoile qui a voulu qu’une sécheresse s’abatte sur l’Islande, mais toute ces foutues tourbières sont à sec, et à aucun moment, nous ne craignons un embourbement, avec nos 100 kilos de chair et de bagages entrelacés.

Ces chemins doivent être impraticables lorsqu’ils sont gorgés d’eau. On ne le saura jamais.

La marche me laisse le temps de composer un proverbe : « Les chemins de la liberté sont pavés de bonnes intentions ».

Nos repères sur la carte sont envolés, et je commence à être sûr qu’on m’a refilé une carte de qualité médiocre.  La seule chose qui parait sûre, c’est que si on avance assez longtemps, on  devrait tomber sur le lac dont la rivière émerge.

Alors on marche. Mais cinq heures de marche, ça commence à être long. On y croit à ce foutu lac, qui n’apparaîtra qu’au bout de six heures de marche dans une brume doublée d’une bruine qui nous glace les os.

Nous sommes exténués trempés, et lessivés, mais nous avons atteint notre cible. Nos esprits sont rassurés, car la pêche commencera demain matin.

Le premier lac est bien là, au loin. Nous sommes rassurés, car il représente le début des connexions dans le tissu des lacs, qui sonne le prélude de nos heures de gloire.

Difficile de trouver un terrain plat pour planter nos tentes qui ne ressemble pas à une éponge, pour planter notre tente « ultralight 3 », que j’ai rebaptisée « ultratight pour 3 ».

La nuit est silence, elle régénère nos corps meurtris par ces heures de marche. La nuit spirituelle nous recharge  en électrons libres, mais la nuit arctique n’existe pas. Nos corps gardent le rythme gravé par nos habitudes de citadins et le soleil refuse d’éteindre le canon à photons.

L’été arctique est court mais intense. Le soleil ne disparaît jamais, il feint de se cacher derrière les montagnes, puis fleurit à nouveau, comme une corolle qui s’épanouit délicatement.

Tout le microcosme de la toundra profite de ce trop-plein  de lumière pour accomplir le cycle de la vie. Les lagopèdes se cherchent et paradent dans les buissons bas.

Les bibio marci éclosent en nuages portés par le vent, et retombent sur les lacs pour être picorés par les ombles, qui ont eux aussi revêtu  leur plus belle parure nuptiale.

Le temps est compté pour la faune et la flore, c’est l’époque des rencontres et des amours. L’atmosphère porte ce parfum fécond, que les grèbes s’entrelacent dans une danse suave sur le miroir des lacs.

Et nous sommes les seuls témoins de ces scènes si secrètes.

Quelle sensation étrange de passer derrière le rideau intime d’un été polaire, et d’évoluer à pas doux dans ce théâtre, sans nuire et en ne touchant qu’avec les yeux ce que l’homme n’a pas encore détruit.

Mais nous devons tout de même garder une part de réel dans  ce paysage lunaire, et  nous cadrer dans un rythme d’heures, car le soleil ne nous attendra pas.

Sur les coups des 8 heures, nous sommes prêts à affronter le lac.

A vos marques, prêts… Strippez !

Lignes méticuleusement montées, boites à mouches triées, les poissons n’ont qu’à bien se tenir !

Comme dans mes rêves, l’eau est cristalline. Le liquide de vie repose sur des fonds de limons et d’éboulis glaciaires. Il ne manque qu’une truite naviguant dans ce décor pour mettre la touche finale à ce tableau de rêve.

L’approche au bord d’un lac d’huile vous fais palpiter le cœur, en imaginant les truites qui furètent en bordure…

Mais pas  de monstre en vue pour le moment.

Nos prenons nos marques sur le lac, comme un chien renifle son territoire. On identifie les hauts fonds, on ignore les plages boueuses, on cherche à tout prix une arrivée d’eau.

Tous nos sens sont en éveil.

Et dans l’espace d’une fraction de seconde, un poisson se trahit. Le péché capital de la gourmandise l’a poussé à briser la surface si lisse du lac.

Le pauvre, ne soupçonne même pas qu’il vient de nous révéler un indice de taille en venant de gober : il se nourrit en surface. D’un geste mécanique, je relie une jolie Red Tag à mon nylon, et dessine mes premières arabesques sur le lac, vierge de tout « salmomaniaque ». Je soupçonne un arctic charr, car j’ai vu un petit aileron tourner à la surface avant que la mouche ne se fasse engloutir.

Mon imitation bien fournie en cul de canard est séchée et bien hydrophobe, elle se pose comme un délicat parachute.

C’est la première fois que je pêche en lac. Je viens de me rendre compte qu’il n’y a pas de dérive. J’attends, Rien ne se passe. Je donne un léger tressaillement dans la soie, qui la communique à la mouche ;

La réponse est directe, le gobage intervient. Le poisson et pendu, et mes doutes sont confirmés, je reconnais la défense de mon ami Salvelinus Alpinus

Nos premiers Arctic Charrs sont de taille modeste, mais se battent comme des diables

Ce poisson que j’ai connu à l’état domestiqué au Canada, à la pisciculture Icy Waters. Je le retrouve maintenant à l’état sauvage dans les eaux pures de ces lacs glaciaires.

Je remarque à nouveau que les charrs de petite taille ne sont pas de très beaux poissons. Ils ont une gueule assez difforme. Etrangement, leur aspect esthétique devient harmonieux quand  ils dépassent les quarante centimètres. Les mâles commencent alors à développer un joli bec, et leur robe bicolore est nettement séparée entre l’orange abricot et le vert olive par une ligne latérale saupoudrée de jolis points effacés.

Ces petits bolides d’eau douce restent néanmoins extrêmement combattifs, et c’est un plaisir que de les berner sur une mouche sèche.

J’enchaîne les prises tranquillement alors que les bibio marci tombent comme des flocons sur cette anse du lac abritée du vent.

Je me demande si mes camarades ont autant de succès que moi….

Nous nous entrecroisons sur les lacs, et cherchons le challenge, « à qui prendra la plus grosse, ou la plus belle ! »

Un article de Stanislas Freyheit  Alias Mrmouches Artisan Monteur de mouches de pêche  professionnel.

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