J’ai encore le pressentiment qu’il va nous sortir un beau poisson….

Partie 3 /4 : Lacs en ébullition

Je retourne sur mes pas pour essayer de retrouver Marco. Je distingue une silhouette au loin juchée sur une presqu’île. J’ai encore le pressentiment qu’il va nous sortir un beau poisson. En m’avançant, je me rends compte que sa canne est bien pliée, il a l’air attelé à un beau poisson…

les cannes ont été mises à rude épreuve pendant ce séjour….

J’arrive au moment ou il échoue un beau bécard de 49cm.

Le genre de poisson que je voyais par flash dans mes rêves. Une truite à la robe 100% atlantique, indemne de toute pollution génétique.

Un poisson aux proportions de rêve, sublimé par le talent de photographe de Marco.

Enfin un poisson de sang pur, dont le génome est intact depuis la nuit des temps.

A l’inverse de nos truites françaises dont on a bafoué l’intégrité génétique, à trop vouloir jouer aux apprentis sorciers.

Le premier poisson en pays inconnu et souvent celui qui apporte le plus de sensations…

J’ai toujours dit qu’il faut laisser la nature se débrouiller toute seule, et foutre la paix à la rivière pour qu’elle s’épanouisse par elle-même.

Ce poisson n’a sûrement jamais vu une mouche de sa vie. Au vu des reflets argentés de ses joues, on pourrait penser que c’est une truite de mer bien avancée dans la maturation

A l’inverse des ombres qui dodelinent en bordure quand on les relâche, les truites repartent souvent dans les ténèbres du lac, en vous saluant d’un coup de queue rageur.

Nous laissons l’heure de la montre nous forcer à nous endormir, car le soleil ne partira pas, toujours rayonnant derrière son voile blanc opaque.

Le soleil est il à moitié couché ou à moitié levé ?

Ce matin, nous décidons d’aller explorer avec Marco une rivière qui se jette dans le lac.

Les premiers pools ne paraissent pas assez profonds pour abriter de beaux poissons.

Les confluences, qui irriguent les pourtours du lac, sont des hauts lieu de rencontres salmonicoles

Mais la rivière creuse la tourbe et commence à offrir des dimensions confortables pour un poisson trophée.

C’est à ce moment qu’une ombre furtive se détache du fond dans un nuage de fumée benthique. Je regarde Marco…

  • Elle faisait un bon 60 celle là.

On ne la reverra plus.

Les rivières au niveau très bas n’ont pas été aussi généreuses que les lacs…

 

Nous commençons finalement à attaquer la pêche au streamer sur le grand lac car le vent a cloué le bec des charrs gobeurs.

Pas de résultats au streamer dans ce lac , qui paraît pourtant si poissonneux.

Certains lacs, aussi beaux qu’ils soient, sont vides de poissons.

Dommage, l’aventure avait bien commencé…

Le lendemain, nous décidons d’aller explorer un autre lac, beaucoup plus petit d‘ailleurs.

La taille n’affecte jamais la productivité d’un lac. Nous avons trouvé de grands lac vides, et de minuscules lacs bourrés de grosses truites !

Je traine un peu des savates pour aller pêcher, car je n’aime pas vraiment pêcher au streamer. Bananer, puis stripper dans mes doigts ensanglantés… Mais je reste persuadé que c’est la seule solution pour sortir des gros poissons ici.

J’ai passé 3 heures à faire ce sempiternel mouvement dans le grand lac hier pour ne rien récolter.
Donc je répète mes gestes dans ce nouveau lac, sans trop y croire.

Soudain, ma ligne se bloque, en une force inverse commence à me dévider le moulinet ! Je tiens ma première belle truite au streamer !

Une châtaigne dans la canne… et c’est pendu !

C’est un poisson de taille modeste pour l’Islande, environ 42 centimètres que je vois venir danser dans l’eau cristalline. Encore une robe splendide, comme sortie d’une aquarelle de Victor Nowakowski.

Je viens d’initier le mouvement. Ludo cartonne en léchant la berge creuse d’en face avec un streamer assez lourd, et Marco est lui aussi attelé à la queue du lac. Atmosphère électrique, triplés de truites, on se félicite mutuellement de la découverte de ce lac fabuleux !

Nos bas de ligne sont « câblés » en 25 centièmes, mais les combats durent bien souvent de longues minutes avec ces tigresses……

Ces poissons qui mesurent entre 40 et 50cm sont de vrais tigres, beaucoup plus agressifs que nos souches françaises. Elles sont le diable au corps, et ne se rendent jamais.

Marco monte dans les records, et nous sort une 52 cm. Difficile à battre !

Ces poissons ont une étrange ressemblance avec les truites des Gaves….. Atlantic rules !

Ce sera le PGP (Plus Gros Poisson) du jour.

Notre soif de pêche a été bien assouvie grâce au lac aux merveilles !

Sur le chemin du retour, nous remarquons en fait, que nous sommes entourés de lacs.

Dédale de lacs et prodigalité de rêves pour le moucheur en Islande….

Il suffit de quelques kilomètres pour rallier les uns aux autres. Fascinant, un parcours initiatique salmonicole parfait !

Les discussions vont bon train sur les projets d’exploration du lendemain, nous ne savons même pas quel lac choisir !

Au réveil, notre choix se porte sur un lac en forme de langue, coupé en sa longitude par une énorme presqu’ile.

Nos corps sont transformés, nos jambes ont d’abord connu le bitume de la ville, le gravier des chemins abandonnés, puis l’herbe molle des tourbières.

Ces tourbières ne sont cependant pas les mêmes que celles que j’ai rencontré en Laponie.

Dans cette partie du nord ouest de l’Islande, le sol est constitué d’immenses champs de pierre, que les lichens ont recouvert au fil des millénaires.

La progression est usante sur ce terrain irrégulier, battu par le froid, et tanné par le vent.

Même le randonneur chevronné a du mal à y retrouver ses marques. La coordination entre les muscles et la vision doit être ajustée constamment pour avancer d’un pas efficace ;

Les heures de marche dans ces dunes spongieuses cousues de lichen et de sphaignes ont fait de nous de véritables coureurs de la toundra. Nous gambadons dans ce dédale de pierriers de velours avec l’habilité d’un homo erectus.

Armés de notre fleuret, nous flânons de lac en lac.

Notre seule motivation : bouffer l’horizon pour dégotter de nouveaux lacs vierges à pêcher, et vérifier que les poissons y sont aussi beaux que combattifs.

Nouveau matin. Nouveau lac. Nouveaux espoirs. On a tous capturé de magnifiques spécimens de salmo trutta fario, lacustres ou de mer, nous ne le saurons jamais.

Poissons de rêve pour des moucheurs au summum de leur joie.

Le prochain challenge serait de capturer un gros spécimen de Salvelinus Alpinus ; En d’autres termes, on aimerait bien pendre un gros charr !

 

Ma bonne étoile a du m’entendre une fois de plus, car je me prends une grosse « cartouche » dans le poignet, et je me retrouve à en découdre avec la créature dont je rêvais.

J’ai eu mon joli charr… Mais Marco fera mieux…

Voila un poisson décent. Pas très mature, mais avec de jolies proportions. N’oubliez pas amis lecteurs, que nous sommes des esthètes, et que nous décortiquons l’harmonie des formes et des couleurs de chaque poisson dans ses moindres détails.

Je tiens dans les mains une vraie ogive hydrodynamique à souhait. Mon rêve repart dans les ténèbres du lac en me saluant d’un coup de caudale rageur qui fait gicler quelques gouttes sur les lèvres tordues de joie de mon sourire.

Autre courant artistique des peintres anonymes de la nature : la robe des ombles chevaliers

Voila le trio en place sur le lac… les soies sifflent au vent, le stripping va bon train. Les prises s’enchainent à un rythme endiablé. On entre dans le domaine du « porn fish ». trop de poissons sur tue la joie de la capture. C’est le paradoxe de l’esthète qui n’a pas l’habitude que sa quête du Graal se transforme en pêche miraculeuse où les formes plus belles les unes que les autres défilent devant ses yeux, dans une explosion de sensations. C’est trop facile. 10 lancers pour 8 poissons.

Les grosses prises s’enchaînent, c’est l’euphorie !

Mais je ne vais pas cracher sur ces moments précieux, et je reste humble, car nous pauvres Français, connaissons bien la bredouille au pays de Molière.

Et cette euphorie passagère nous servira de leçon. Le lac que l’on visite le lendemain matin est bien vide de poissons.

Un lac vide de poissons, ça remet en place !

C’est la loi de la nature : en toutes les entités qu’elle crée, il y en a des plus ou moins prospères, des plus ou moins belles. Mais le raisonnement scientifique indissociable de la pêche à la mouche nous pousse à nous remettre en question.

Pourquoi ce lac est il vide ? Pas de rivières connectées ? Problèmes de gaz dissous liés au volcanisme ? Les oiseaux friands de poissons sont ils passés avant nous ?

Les plongeons arctiques aiment à pêcher nos spots favoris, dans de joyeux pépiements ….

Nous ne le saurons jamais, et c’est ce qui fait le charme d’une vraie aventure, il y a toujours une part de mystère, des questions sans réponses.

Retour au campement, les lacs paraissent très profonds, mais dépassent rarement le mètre sur les anses annexes !

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, surtout au niveau de la météo.

Ce matin, pluie lourde, nuage au ras du sol, et température caniculaire pour un mois de juillet de 6°C.

Nous sommes cloués dans la tente. Un conseil de jeune roublard du voyage ami lecteurs. Toujours emmener un livre en voyage. La lecture apporte son lot de nourriture spirituelle lors des périodes ou l’esprit viendrait à être tourmenté. J’ai fait des bonnes provisions, car j’ai en ma possession 2 ouvrages de Sylvain Tesson : « L’axe du loup »  et « Eloge de l’énergie vagabonde », que je dévore en une journée.

 

La pluie a décidé de s’installer toute la journée, et ne nous laisse pas mettre un pied dehors. C’est une journée « off » pendant laquelle on se repasse nos photos, et on se projette dans l’expédition lacustre du lendemain, tout en se charriant mutuellement pour parier qui prendre le plus gros poisson.

Difficile de trouver un endroit à la fois sec et horizontal pour passer nos nuits.

Comme tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, le lendemain est une journée ensoleillée.

Et nos amis sont toujours là. Il est vrai que je ne vous ai pas parlé de nos autres amis, les plongeons arctiques.

Depuis le premier jour de pêche ces drôles d’oiseaux marins à la robe anthracite nous suivent de lacs en lacs. Comme nous, ils pêchent sans relâche. Eux mangent leurs prises pour survivre, nous on les admire et on les relâche, également pour survivre.

Nous connaissons maintenant leur technique par cœur. Ils plongent la tête sous l’eau pour repérer les bancs de poissons à la manière d’un périscope inversé. Une fois la cible repérée, c’est le début du festin pour eux, et la fin de la partie de pêche pour nous !

Nous errons depuis quelques jours entre plusieurs lacs. Pour les repérer, nous leurs avons donné des noms très sophistiqués comme « le gros lac », « le lac à truite », ou encore « le lac à charr » !

Le choix du bon lac… Un peu de chance, et beaucoup d’instinct !

Mais c’est le lac a truite que l’on convoite, car il abrite la plus belle population de poissons à la robe de panthère, qui sont maculées de points noirs jusqu’au museau.

Une constellation de points noirs sur un fond d’or….

Ce lac est d’autant plus très plaisant à pêcher car il est d’une taille modeste, et nous pouvons nous voir l’un l’autre en action de pêche, ce qui pousse au challenge de la plus grosse prise…

Mais Marco et Ludo sont de largement meilleurs lanceurs que moi, qui n’ai jamais pêché au streamer.

Ludo « envoie du lourd », on ne mégote pas en Islande !

Cependant, j’arrive tout de mettre à battre honteusement le record du plus gros poisson avec un petit coup de pouce du destin…

Après de nombreux lancers, je rembobine ma ligne, pour changer méthodiquement de poste. Au moment de soulever ma mouche de l’eau, je sens une résistance. Je comprends bien que j’ai alors accroché un poisson. Cette grosse truite vient comme une planche de bois. Elle accuse 54cm, ça restera le record du séjour ; pas très glorieux, mais record quand même !

Mon record islandais : 54cm. Merci Yannick de m’avoir prêté l’Orvis…

Il faut préciser que nous avons tout de même pris une centaine de poissons étonnement tous calibrés entre 45 et 55cm. Nous n’avons pris quasiment aucune truite en dessous de 45cm dans les lacs. Des résultats à faire tourner la tête sur des rivières françaises…

Ma truite record à été prise de façon pitoyable, mais c’est un poisson splendide. Elle est encore plus mouchetée que ses congénères, une vraie panthère !

Retour au campement pour une nouvelle nuit dans le silence arctique.

Je dois tout de même avouer que l’Islande reste le pays le plus « safe » que j’ai visité ;

Il n’y a vraiment rien à craindre sur l’île de glace, même pas un ours ou un insecte dérangeant.

Cependant, un local nous a soutenu que des ours polaires nagent depuis le Groenland jusqu’en Islande, mais qu’ils ne survivent pas, car ils ne trouvent pas la nourriture qui leur convient en Islande. Mythe ou réalité ?

La diversité des oiseaux observés est remarquable : sterne arctique, courlis, plongeon arctique, eider à duvet, lagopède, huitrier pie, mouette rieuse, puffin, macareux… pour n’en citer que quelques uns !

Marco et Ludo me surprennent de jour en jour par leurs connaissances ornithologiques. Voilà des vrais pêcheurs qui n’ont pas les yeux que dans l’eau.

Je rêverais que les ornithologistes extrémistes zen connaissent autant des poissons et qu’ils baissent parfois les yeux sur le monde aquatique, puisqu’il est en symbiose avec le milieu aérien.

A l’inverse de cette effervescence ornithologique, la vie entomologique semble morne dans les lacs.

Les lacs sont riches en poissons, mais pauvres en insectes…. Drôle d’énigme !

Les insectes classiques (éphémères, plécoptères et trichoptères) brillent par leur absence sur les jolies bordures.

Pourtant les truites sont si grasses.

Mais au vu des bancs d’épinoches qui vacillent sur les bordures, on peut facilement comprendre l’organisation du réseau trophique des lacs islandais.

D’après nos déductions, la chaîne alimentaire dans ces lacs est donc la suivante :

Le phytoplancton et le zooplancton sont ingérés par les épinoches, qui sont ensuite mangées par les truites.

Les nombreuses connections entre les lacs et le transfert constant de salmonidés « en forte densité » doit également mener a un cannibalisme certain.

Des truites bien grasses, qui régurgitaient souvent des épinoches dans l’épuisette…

Il ne faut pas oublier que ces lacs sont pendants plus de la moitié de l’année sous la glace, et que les poissons n’ont que quelques mois pour se nourrir. Dans ces conditions, dévorer un de ces congénères devient une habitude.

 

Nous nous sommes souvent demandé si les truites que nous avions entre nos mains étaient des truites de mer ou des truites lacustres. Chacun y allait des ses arguments : points en croix ou en rond, robe argentée, forme de la caudale, intestins développés ou pas lors du sacrifice…. Nous avons bien été incapables de fonder nos certitudes.

Ce qui est sûr, c’est que plus on se rapprochait de la mer, plus les truites prenaient une livrée argentée. Logique imparable ? Toutes ces considérations nous menaient souvent à de passionnants débats enflammés !

Truite de mer ou truite de lac ?

Il nous reste 3 jours de pêche. Nous décidons de rapprocher le campement de la mer, qui se situe à une dizaine de kilomètres.

Aujourd’hui, nous pêchons un lac que l’on sait directement relié à la mer.

Nous rêvons forcement de prendre une énorme truite de mer argentée, et cet immense lac est notre meilleur espoir…

Qui dit grand lac, dit grosse truite…

Un article de Stanislas Freyheit  Alias Mrmouches Artisan Monteur de mouches de pêche  professionnel.

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