Trip pêche dans le Nord Ouest américain, par Gurvan

Nous sommes nombreux à rêver de cette opportunité trop belle pour être vraie, un mois sans employeur, une compagne compréhensive, le calendrier qui colle pas trop mal, et vous voilà sans même y avoir trop réfléchi dans la poussière du wilderness ouest américain... Gurvan n'a pas hésité, et nous raconte ce trip plein de sueur, de passion et de grosses truites. Ours et rednecks sont au rendez-vous !

4088

Profitant de changer d’employeur, je négocie avec ma boss d’écourter mon préavis et avec ma chérie d’aller pêcher tout seul dans le nord-ouest américain pendant un mois de fin mai à fin juin. Cette transition étant assez précipitée, je booke, un billet Paris – Seattle avec dans l’idée de me faire un tour des parcs locaux (Olympic, Mont Rainier, Glacier, Yellowstone, Grand Téton). Idée qui ne prend pas en compte l’immensité de ce bout des US et les distances faramineuses qui conditionneront un peu la suite du voyage….

Je pars donc le 29/05, arrivée à l’aéroport de Seattle-Tacoma en fin de matinée, le temps de passer la douane, récupérer une voiture et hop j’arrive downtown Seattle. Rapide visite du centre-ville, super ambiance au milieu de quelques crackheads, ca donne envie de rester mais je ne suis pas là pour ça, donc je reprends la route en direction de l’ouest et l’Olympic Park. En chemin, je m’arrête au premier magasin de sport venu pour choper 2 sacs de couchage (il fait froid la nuit), une tente et 3 ou 4 bricoles supplémentaires pour mon camping (je ferai deux nuits de motel)… Je continue de filer sur les highways et commence à me rendre compte que le trajet que j’avais estimé à 2 bonnes heures va durer beaucoup plus longtemps…. Vers 22h, j’arrive proche de Port Angeles, où je dégotte un camping avec DOUCHE (ce détail est de taille car je prendrai 4 douche en un mois….).

Lendemain matin, le jet lag me lève à l’aube, je fais mes affaires et file vers Port Angeles. La voiture m’indique un pneu à plat (je n’ai pas pris cette assurance fortement recommandée par le loueur, damned), le garagiste du coin me dit pas de souci le pneu est juste un peu dégonflé, rien de grave. Il est encore tôt, je fais le tour de la ville en attendant l’ouverture des magasins, le temps d’observer 2 indiens se faire arrêter de façon musclée par la police (yes on est aux US !) et plus bucoliquement mes premiers phoques et pygargues ! Il est 10h tapante, le fly shop local me tend les bras. Quel plaisir de découvrir une boutique comme celle là, basique mais top niveau ! Je demande le permis de pêche pour la Elwha river qui est selon mon livre-guide la seule rivière ouverte à cette saison. Je m’entends finalement dire qu’elle est fermée toute l’année du fait des travaux de démantèlement d’un barrage et que les autres rivières de l’état ouvrent au 01/06 ! Seule solution, aller pêcher un peu plus loin sur la Sol Duc qui est la seule et unique rivière ouverte de la région. Je me retrouve en plein territoire indien là où se déroule la série de films « twilight », dans une nature magnifique où la forêt de conifères rejoint l’océan pacifique. Ca tombe bien j’ai emmené un « gallmeister » – Wilderness qui raconte exactement ce que je vis ! Je passerai 2 jours à observer la faune et tenter de prendre quelques poissons mais sans succès, pas d’activité rien, juste quelques petites cutthroats au streamer…. 1 Je rencontre 1 pêcheur et 2 pêcheuses à la mouche, des jeunes super sympa qui me diront, c’est pas le bon moment, les eaux sont hautes et froides, plus loin la Yakima est impêchable et encore moins en wading, à ta place je filerai dans l’Idaho pêcher sur la St Joe (ils me font un vague croquis de l’endroit, mais c’est suffisant pour situer sur une carte !).

Qu’à cela ne tienne, de bon matin le 1/06, je prends mon véhicule direction la St Joe ! Après 12h de route, j’arrive à cœur d’Alène (région d’anciens pionniers français). Cette traversée de l’état de Washington m’aura fait passer de la forêt de conifère, à la montagne, puis au désert et enfin à de la plaine, vraiment terrible !

Je passerai 4 jours autour de cœur d’Alène à pêcher la St Joe (très haute pour le wading tout de même) et surtout la North Folk cœur d’alène ! Je prendrai alors mes premières vraies cutthroats, commencerai à découvrir les plaisirs de voir des poissons bodybuildés sortir de nulle part pour attraper ma sèche avec violence en s’appuyant sur le courant pour tenter de rejoindre leur cachette.

2

Les poissons sont bons joueurs et les passages bien réalisés sont quasi systématiquement sanctionnés par un gobage. C’est le week end de Memorial day, il y a foule sur l’eau et il faut donc chercher des accès un peu plus compliqués pour être vraiment seul. En même temps, le pêcheur américain est suffisamment fair-play pour que tout se passe bien, ça change des olibrius de nos contrées.

Cela me vaudra de rencontrer mon premier ours noir au détour d’un virage ! Il déambule tranquillement sur la route et je suis derrière lui à moins de 5 mètres sans que cela ne le dérange jusqu’à ce qu’il entreprenne d’escalader le talus, enfin la montagne sur ma gauche, se retrouver bloqué, redescendre en catastrophe au pied de ma portière… et reprendre son périple au pas de course sur le macadam.

3

La région autour de cœur d’Alène est magnifique et me permettra de voir beaucoup d’animaux, mes premiers Elk (wapitis), des deers (cerf de virginie), des orignaux, balbuzards pêcheurs, cincles plongeurs locaux (intégralement gris/noir)… La pêche variera sensiblement en fonction des heures et de la météo. Je me retrouverai ainsi à affronter mon premier orage ultra violent, éclairs et tonnerre m’invitant à délaisser ma canne quelques minutes alors même qu’un superbe poisson gobe devant moi. L’orage a continué sa course, je balance ma petite sèche, ni une ni deux, gobage et hop une jolie cuttrhoat de 40+ finit dans mon épuisette. Le coup du soir arrive et je me retrouve sur un magnifique plat en forme de grosse bassine, ou je prends plusieurs poissons coup sur coup. Il fait maintenant très sombre, j’allume ma frontale pour changer de mouche. Levant la tête, ma frontale éclaire l’autre rive, 2 yeux scintillant m’observent juste en face. Je n’arrive pas à distinguer ce que c’est et puis finalement il y a 4 yeux…. Instinctivement, je me tourne vers ma rive au cas où. Bref, ca sonnera la fin de ma partie de pêche car maintenant il fait bien nuit, il faut rentrer à la voiture et j’ai un peu de marche au milieu de cette forêt habitée. Je passerai ma première nuit à entendre les animaux déambuler à côté de ma tente, douce berceuse !

4

Un autre jour, devant aller à Cœur d’Alène pour choper du wifi et appeler ma chérie, je spotte une rivière « french creek » située sur le chemin en me disant que je pourrais y passer 2 ou 3 heures. Route en terre, je me stoppe près d’un pont, commence à m’équiper, arrive un chien suivi de son maitre. 75 ans chemise de bucheron à carreau bien délavé par le temps, salopette en jean élimée, casquette de pompiste, comme une sorte de caricature ! Discussion, qui êtes-vous, que faites-vous là. Réponse d’usage, je suis français et pêche à la mouche, « French creek » ca inspire… Cataracte et déperdition auditive pour lui, anglais approximatif pour moi ne facilitent pas la communication et à créer la confiance… Il sort son couteau de sa salopette comme un avertissement à l’étranger que je suis. Au bout de quelques minutes, il m’annonce qu’il n’a jamais vu personne pêcher là, qu’il n’y a rien mais que si j’en prends une belle il veut bien la manger !!!! Je ne prendrais rien d’autre que la poussière des camions de sylvicultures… le vieux avait raison et je le lui confirmerai de retour à mon véhicule !

Un peu lassé de prendre des cutthroats, je décide de continuer ma route, abandonner l’Idaho et filer dans le Montana, direction Glacier national Park. C’est reparti pour une demi-douzaine d’heures de route.

Arrivé à destination, c’est haut, il fait froid et je constate que le hot spot du parc, la Logan pass, est fermé car la neige est toujours bien présente.

Je décide de monter au Avalanche lake, en chemin je tombe sur 2 rangers qui me conseillent de faire bien attention (d’autant que je n’ai pas de bombe au poivre – ce qui a l’air de choquer tout le monde) car en haut au lac, il y a un gros mâle grizzly qui remonte vers le nord mais qui peut revenir sur ses pas vers l’exutoire du lac. J’accélère un max le pas et arrive en haut pour y observer ce gros ours, toujours bien là juste de l’autre côté de la queue du lac. Mes jumelles permettent de vraiment bien le voir, changement de dimension en comparaison du black bear observé sur les bords de la St Joe, l’animal est vraiment impressionnant. Je continue mon chemin jusqu’à l’autre extrémité du lac, là où le flanc des montagnes alimente le lac, zone qui semble propice à la pêche. Finalement, le manque d’activité, la fin de l’après-midi et l’arrivée du grizzly qui a fait le même chemin que moi sur l’autre rive, décident de me faire rentrer.

5

Je passerais trois jours dans le parc sans pouvoir pêcher (apparemment il y a des possibilités dans le secteur pour le musky mais je n’ai pas pris les streamers adaptés…), à randonner au milieu de la neige en observant une nature grandiose, entre aigles royaux, chèvre de montagne et une mère grizzly accompagnée de ses trois petits, dingue !

6

Il est alors temps de traverser le Montana du nord au sud pour rejoindre Yellowstone National Park afin d’y passer une semaine entre pêche, observation des animaux et découverte des geysers… La traversée du montana est magnifique, des plaines d’altitude avec les montagnes au loin, rencontre avec un coyote au détour de la route… Je suis en plein trip des livres d’Olivier Gallmeister.

7

Niveau pêche, on est encore tôt en saison d’autant que l’hiver fut extrêmement riche en neige dans le nord des US ce qui signifie des rivières en crues et seules quelques-unes sont pêchables. Dans le YNP, seuls Madison et ses deux affluents Firehole et Gibbon sont en ordre.

Après avoir acheté un peu de matos à west yellowstone, rempli les formalités d’usage, je m’installe au camping (toujours pas de douche, je sens définitivement le fauve – conseil des locaux « jump into the creek » que je ne suivrai pas) et pars pêcher sur la Gibbon… L’environnement de pêche est tout simplement exceptionnel, fouetter sous l’œil des bisons, voir son imitation happée par une « brown », sentir la nature quasi intacte, croiser des empreintes de loup ou puma grosses comme mon danielsson…. Cette première session de pêche dans le parc est inoubliable, une bonne météo, des farios joueuses (pas très grosses mais que c’est bon de retrouver des farios après les cutthroats), un rêve de pêcheur….

8

Les journées de pêches seront très variables, le vent dictant la dynamique des éclosions et de l’activité de surface.

Je découvrirais un jolie lisse sur la Madison où j’irai pêcher plusieurs fois avec pas mal de réussite en sortant des farios d’une quarantaine de centimètres. Les gobages sont assez rares, il faut attendre, être patient, repérer un poisson actif, lui envoyer la sèche pile sur sa veine d’eau… et si c’est bien fait, il y aura combat, des poissons en forme, prêt à en découdre.

Un après-midi, sur le lisse, j’arpente lentement la berge mais je ne vois rien. Arrivé au bout sans même avoir trempé ma soie, je me décide à faire une session streamer (je n’y connais rien !). Je lance et relance, tachant de m’appliquer et mettre en pratique ce que j’ai pu glaner comme info sur cette pêche. Je sais que le poisson est là dans la masse d’eau qui roule, ca donne confiance. Je repère un petit remou, je lance, le streamer passe, la soie se tend, un poisson est là au bout de la ligne, je descends l’eau à sa rencontre, finis, épuisette ! Heureux de ma réussite, je me fume une clope, ma seule compagnie avec les délicieuses IPA durant ce mois seul dans la nature. Je continue, une pierre affleure l’eau, le stream tombe pile un mètre à gauche, dérive dessus et se fait attaquer sauvagement…. Je prendrais 5 jolies farios de cette façon durant cette session, satisfaction de l’apprentissage.

Toujours sur ce lisse, je croiserai trois fois de suite, 2 américains avec qui je sympathiserai et qui me conseilleront d’aller sur la Henry’s Fork. Conseil réitéré par le boss du west yellowstone flyshop qui me dit, « samedi prochain c’est l’ouverture du ranch sur la henry’s fork, vas-y tu vas t’écater. Il y a beaucoup de gros poissons, c’est très technique, pas facile à prendre mais vous les européens vous vous en sortez souvent très bien dans ce type de pêche ».

Une journée dans le parc, le vent déchaîné, je m’engouffre dans le canyon de la firehole en espérant que le vent n’en a pas fait autant pour sortir ma XLS 9’ #6 et mes imitations de giant salmon flies nouvellement achetées ! Sceptique sur le leurre, je lance et me casse les dents…. Un peu plus loin dans le canyon, la rivière s’élargit formant plusieurs bras, je me risque à traverser le premier et me retrouve sur une micro ile nez à nez avec un Elk qui s’habitue progressivement à moi, jusqu’à s’asseoir par terre à une dizaine de mètre.

9

J’enchainerai alors les prises dans une pêche hyper ludique : une mouche sèche de la taille de mon pouce qui dévale une rivière en mode torrent avec des rainbows et browns hyper opportunistes promptes à lui sauter dessus avec violence… excellent !

10

Soudain, j’entends un petit cri répété, le Elk qui m’observait pêcher se lève et commence à s’agiter. Je me retrouve à cet instant entre la femelle wapiti et ses deux petits qui l’appellent tant et plus. Je m’écarte doucement pour laisser libre champ à la mère de retrouver ses petits sur l’autre berge de la rivière. La scène est complétement géante, je pêche tout en observant la mère traverser tant bien que mal la rivière pour rejoindre sa progéniture et lui donner à manger…..

11

J’essaierai sur la fin de mon séjour au parc d’observer des loups à la tombée de la nuit et tôt le matin dans la vallée de la Lamar mais je ferais chou-blanc alors même qu’une carcasse fraîche de jeune bison concentre les « observateurs professionnels ». Ceux-ci équipés de lunettes astronomique ou presque, attendent patiemment de pouvoir spotter un animal. Un vague murmure envahit la 40 aine de personnes présentes. Que se passe t’il : un grizzly ! Ok mais où : la bas… impossible à voir à la jumelle, avec la lunette de mon voisin c’est plus simple. Quelle distance ? environ 3 miles ! Un peu plus tard, à nouveau un vague murmure, que se passe t’il ? Ma voisine me répond « un badger, c’est très rare, je n’en avais encore jamais vu » ! Il est tard, la nuit est tombée, les loups ne viendront pas, seulement ce blaireau au milieu de milliers de bisons, grues, coyotes et pronghorns!

Dernière après midi au YNP, direction les meadows de la gibbon (parait il que les plus grosses brownies du parc sont là sous les berges prêtes à sauter sur un streamer bien présenté), je traverse une grande prairie pour aller assez loin, croisant carcasse de elk et traces sauvages tout en rêvant de croiser un puma… Il fait froid, le vent est bien présent, l’activité est nulle, j’arriverai à prendre 3 jolies brownies coup sur coup dans un beau courant le long de la berge opposée, fin du Yellowstone !

12

Ce parc est dingue (plus grande zone intacte de l’hémisphère nord – 100km sur 100), il mériterait d’y passer beaucoup, beaucoup, beaucoup plus de temps pour pouvoir en profiter à plein, observer ses habitants les plus rares, loups et pumas mais il est temps pour moi d’écouter les conseils et de me diriger vers les grosses truites de la Henry’ fork !

3 heures de route plus tard, arrivée à Ashton, passage au fly shop local, achat de green drake selon les recommandations de la vendeuse et hop à l’eau ! La Henry’s fork débite ses eaux lisses et puissantes, je suis cerné entre des dizaines de pêcheurs qui se servent des ponts comme lieu de mise à l’eau privilégié ! Je découvre une nouvelle dimension de la pêche aux US, la descente de rivière en bateau en pêchant l’eau à la nymphe à l’indicateur, parfois en arrêtant le bateau pour pêcher un poisson bien spécifique…

Les poissons gobent, les pêcheurs s’observent pêcher… Je repère un gobage régulier, j’envoie ma green drake parachute, passage, gobage, combat, changement de catégorie, les poissons sont plus gros ! C’est une rainbow de combat qui arrive à l’épuisette, je suis aux anges ! Un orage vient droit sur nous, les éclairs proches décident tout le monde à s’abriter sur le bord…. La suite de l’après-midi sera plus compliquée avec des poissons tatillons. Un vieux pêcheur façon « joe l’indien » me rejoint dans l’eau, ouvre sa boîte en aluminium géante à 6 plateaux et me dit « tiens pêche avec ça ». Je noue sa mouche et l’envoie sur le gobage sur lequel je me cassais les dents depuis 15mn. Premier passage, gobage massif, ferrage, pendu, clin d’œil de Joe l’indien ! Une nouvelle rainbow accepte le filet de mon épuisette ! Les poissons ont une pêche d’enfer, profitant parfaitement du courant puissant de la rivière pour livrer un combat homérique remporté au mérite par le pêcheur ou le poisson…. Je continuerai à prendre quelques poissons dont un mountain whitefish au coup du soir sur une green drake ! Je sors de l’eau vers 20 heures transis, retrouve 3 ricains sur le parking avec qui je discute un peu tout en goûtant leur bourbon. Ils me convient à venir passer la soirée au fly shop un peu plus loin qui organise une fête pour l’ouverture du « ranch » le lendemain matin, je leur donne plutôt rdv sur l’eau !

Arrivé de bonne heure le lendemain au ranch, je m’acquitte du droit de pêche et commence à observer l’eau, rien, juste 2 gobages intempestifs. Je vais à l’eau et rate les deux poissons coup sur coup puis plus rien…. Je sortirais mon épingle du jeu en nouant un streamer qui me déclenchera pas mal d’attaque dont une jolie rainbow de 50+.

La journée sera globalement pas terrible et les pêcheurs locaux déserteront rapidement les lieux.

13

Lendemain, passage au fly shop, discussion avec un des vendeurs sympas, je lui demande où je peux prendre des farios, il me répond d’aller plus bas sur la rivière, après le barrage de Chester, là tu trouveras des brownies de jolies tailles ! Me voila donc à l’aval du petit ouvrage d’art, y trouve un coin qui semble prometteur, et réussit tant bien que mal à me frayer un chemin jusqu’à l’onde. De l’eau jusqu’à mi-cuisse, un courant vraiment violent, je dois me battre ! Sous le regard apeuré de deux jeunes orignaux, je m’escrime à pêcher la bordure sans résultat quand j’aperçois un petit gobage en plein courant. J’attaque alors les courants en pêchant l’eau, ce qui me vaudra de prendre plusieurs truites ultra combattives me faisant redescendre, comme un yo-yo, les quelques dizaines de mètres de rivière remontées à la sueur de mon front !

Les conditions sont dures et j’en profite pour aller encore un peu plus en aval voir le pont indiqué sur ma carte. Je découvre une superbe rivière élargie avec de multiples bras et îles. Des pêcheurs sont là installés et je pousse un peu plus loin pour prendre quelques poissons avec ma fidèle green drake parachute. Il est maintenant 19h, les poissons sont toujours actifs mais absolument plus intéressés par ma mouche. J’en change de multiples fois sans trouver la solution. Je décide d’enfiler une petite ODL parachute neuve, je fais le nœud, tire dessus, ma main gauche glacée lâche l’hameçon qui entre instantanément dans ma lèvre, pendu !

14

Nouvelle mouche, ardillon toujours présent, impossible à retirer. Direction voiture, opération au couteau suisse à l’envers face au miroir central… Je réussirai tant bien que mal à faire ressortir l’hameçon de l’autre côté de la lèvre, écraser ce putain d’ardillon et retirer tout en délicatesse le reste de la mouche (toujours écraser l’ardillon AVANT de faire le nœud)….

15

L’aventure marque la fin de ma journée et me laisse un gout d’inachevé ! Place à une petite bière locale pour désinfecter !

16

10h le lendemain j’arrive au pont de la veille, je suis seul, il fait gris et froid, le vent toujours bien installé, j’entre dans 1.5m d’eau pour rejoindre une petite ile. Debout en tête de l’île avec seulement 20 cm à mes pieds, je fume une cigarette observant l’eau patiemment. Un joli gobage juste devant moi à une dizaine de mètres. Je sais qu’à droite et à gauche de l’île, l’eau est vraiment profonde et puissante, si le poisson descend, je suis perdu…. J’envoie ma mouche à l’endroit estimé, le poisson crève la surface, je ferre, le combat s’engage et je comprends à cet instant qu’il s’agit d’une superbe fario. Je la bride comme une brute avec mon 18/100 pour l’empêcher de gagner le courant profond, j’arrive à la garder dans le calme devant moi et la mets dans l’épuisette de façon hyper autoritaire assez rapidement ! C’est une fario de 55+ que je découvre avec l’hameçon de la mouche grand ouvert dans la gueule, cette fois c’est mon jour de chance….

17

Je reprendrai 2 ou 3 autres poissons de taille plus modeste mais le temps est vraiment compliqué pour la sèche. J’observe un autre pêcheur sur la rive opposée qui lui n’arrête pas d’enchaîner les prises (j’en croiserai 2 comme lui durant le séjour qui cartonneront en nymphe sous mes yeux….).

Déjeuner, le temps de croiser mes 2 potes ricains du lisse sur la Madison au YNP, de plaisanter et de les remercier pour le conseil avisé et retour à l’eau au même endroit que la veille pour pêcher les berges sous les frondaisons. Jolie petit calme entre deux arbres, j’envoie ma sèche juste nickel, je vois une masse bouger, sortir une tête énorme de l’eau pour avaler ma green drake, le palpitant monte en flèche, ferrage, gros coups de tête puis démarrage, je suis en plein courant obligé de dévaler la rivière derrière le poisson qui contrairement à ce matin à vraiment décider de me fausser compagnie ! Un bateau de pêcheur s’arrête pour m’observer, j’arrive quasiment à leur hauteur en me disant qu’ils vont l’épuiser, et finalement au deuxième coup de raquette, jeu, set et match, elle est au fond sous les applaudissements et autre « yeah man » des trois pêcheurs en barque – le pêcheur américain est d’un fair-play vraiment impressionnant ! C’est une jolie brownie de 60+ qui se cache dans les mailles du filet ! Jour de chance on te dit !

18

Dernier jour sur la Henry’s fork, consacré à pêcher un défilé d’îles et de méandres très très prometteurs. C’est seulement vers 16h, que le temps s’améliore et l’éclosion de green drake tant attendue commence animant poissons et oiseaux (martinets, hirondelles et mouettes qui sont un excellent indicateur pour la pêche en sèche – un peu comme les fous pour repérer les chasses de bars). J’aperçois juste à la tête d’une île, un poisson qui gobe régulièrement sous une branche dans 30 cm d’eau. J’envoie ma mouche un mètre devant l’ile, passage sous les feuilles, gobage, ferrage, une fario à la robe cuivrée magnifique arrive dans l’épuisette !

19

Je vivrai une dernière après-midi sur la Henry’s Fork mémorable avec beaucoup de rainbows et brownies aux alentours de 45/50 cm.

Le lendemain, je quitte cette rivière démente, direction Twin Bridges, le berceau de Winston, pour prospecter big hole et beaver head. La route m’emmène au travers du montana, villages reconstitués et territoire sauvage !

20

21

Les eaux seront beaucoup trop hautes voire impêchables, le tout accompagné de hordes de moustiques sanguinaires, je finirai par arriver le soir à Missoula pour y prendre un motel et… une DOUCHE !!!!!!!!!

Propre et gaillard, je trace le lendemain matin au « grizzly hackle » pour m’enquérir de la situation des rivières du coin, verdict sans appel : impêchable sauf la « rock creek » qui recèle beaucoup de truites de 10 à 12 inches (soit 25 à 30cm)…. J’explique au vendeur que j’arrive tout droit de la HENRY’S FORK et ses truites géantes et que je cherche le même type de délire. Il me conseille alors de rouler en direction de Craig sur la Missouri river ! J’en profite pour lui prendre quelques mouches, il me conseille des « purple haze » car les truites voient extrêmement bien la longueur d’onde bleu, je vais peut être devoir délaisser ma veste de pêche… Je lui explique que chez nous en Europe, purple haze c’est plutôt un type de weed, ce à quoi il me répond « chez nous aussi » (après tout le Colorado et l’état de Washington ne sont pas très loin).

Après deux bonnes heures de route, entre train géant parfaite illustration du village d’Anaconda et passage dans des gorges superbes, j’arrive alors dans un petit village totalement orienté pêche, une sorte de ghetto de pêcheurs à la mouche, très agréable à découvrir après trois semaines de camping en rase campagne ! Ici, il y a un bar avec du wi-fi qui retransmet la coupe du monde de foot, sert des plats chauds accompagnés d’IPA pression, comme une sorte de retour à la civilisation, mais toujours pas de douche, après tout la dernière n’est pas loin. Rencontre avec un groupe de pêcheurs français guidés par Alain Barthélémy, histoire d’échanger un peu et de partager les mêmes impressions sur la qualité de la pêche, le décor grandiose, les techniques de brutes des américains…

22

Je passerai mes 4/5 derniers jours sur le bord de la Missouri, dans un contexte météo bien différent, ici c’est soleil et chaleur mais toujours ce satané vent qui a tout de même la décence de ne se lever que l’après-midi. Arpentant la rivière, je découvre un tombant de falaise dont les 4 / 5 premiers mètres sont sous 60 cm d’eau tout le long de la falaise puis nouvelle rupture du fond qui plonge alors à + de 2 mètres de profondeur.

23

Une troupe de truite venue du profond est à table juste devant moi dans les 60 cm d’ eau le tout sous les nids d’hirondelles qui occupent la falaise. J’envoie ma PMD sans succès, sans parler des green drake qui n’ont absolument pas lieu d’être ici… je change et rechange de mouche jusqu’à repenser à cette purple haze, qui ne m’inspire pas grand-chose…. Bingo, premier passage, pendu, j’en prendrais 2 ou 3 autres poissons de la sorte mais je vois bien que ce n’est pas la panacée. Je tente alors un spent de PMD qui se révélera très, très efficace à ce moment là !

Rencontre avec une petite tortue !

24

Les journées suivantes seront assez similaires avec des périodes de calme absolu notamment quand le vent se lève et d’intenses activités où le choix de la bonne mouche se révélera vraiment primordial, la dérive devant également être soignée.

Arrivant le dernier jour sur un jolie lisse, je constate qu’il est en parfait ébullition avec des poissons gobant un peu partout, n’importe comment, vadrouillant à droite puis à gauche, devant, derrière, à devenir fou…. Je m’approche au maximum de la troupe de poissons qui remonte progressivement la rivière afin de poser mon spent de PMD immédiatement après un gobage au plus proche, technique qui me permettra d’en capturer pas mal dont une jolie fario de 55+. Il me manquait un drone pour observer le comportement de ces poissons, vraiment très curieux.

25

Bref, il est l’heure de reprendre ma voiture retraverser une partie du Montana, de l’état de Washington pour rallier Seattle puis la France. Un mois de voyage seul en pleine nature, à pêcher, trip finalement très introspectif, la solitude devant certainement aider…

Avec un peu de recul, si c’était à refaire dans des conditions totalement libres, je pencherais pour mi-juin à mi-juillet en arrivant directement à Boise, Bozeman ou Helena afin de maximiser les temps de pêche. Sur un mois, je considère avoir perdu environ 4 jours à conduire même si cela m’a fait traverser des paysages inouïs dont je me souviendrai encore très longtemps.

L’option bateau doit être intéressante à deux pour accéder à certains postes où le wading est impossible, en particulier sur la Missouri.

Si il ne fallait en retenir qu’une : Henry’s Fork of the Snake River – Mythic River !

En quelques points :

  • Des fly shops de très bons conseils avec du super matos et un euro avantageux.
  • Des pêcheurs américains super sympas et généreux.
  • Des techniques locales de bourrins en général mais quelques très bons pêcheurs.
  • Des milliers d’anecdotes et d’images en tête.
  • Des combats vraiment sport avec des poissons qui utilisent très bien le courant notamment pour ouvrir les hameçons (pas mal de poissons perdus ainsi sur la Missouri avec les imitations de PMD montés sur des hameçons un peu faiblard).
  • Un environnement dingue, des animaux bien visibles et peu craintifs, le top !
  • Une densité de poissons impressionnante, permettant de tenter de nouvelles techniques et d’apprendre énormément très vite.
  • Une météo peu clémente en général avec beaucoup, beaucoup mais vraiment beaucoup de vent !

Matériels emportés (sac en soute de 21kg + sac en cabine de 8 kg):

  • 1 St Croix Legend Elite 9’ #4 => pas utilisée
  • 1 St Croix Legend Elite 9’ #5 => utilisée la très grande majorité du temps (canne que j’adore)
  • 1 XLS 9’ #6 => utilisée pour streamer et salmon flies (canne très puissante, parfaite pour l’usage)
  • 1 Redington predator 9’ #9 => pas utilisée
  • 1 danielsson FW 4/7 + bobines en 5/8 (nickel)
  • 1 danielsson Midge (pas utilisé)
  • 1 vision XLA 8/9 (pas utilisé)
  • 1 épuisette “au bois pêchant” (indispensable et superbe outil)
  • Waders field & fish (nickel de A à Z)
  • 1 gilet guide Simms (parfait)

Gurvan